‹ Souvenirs de Mme Louise-Elisabeth Vigée-Le BrunChapitre 18 sur 84 · DU ROI. LA PRINCESSE DE LAMBALLE · texte numérisé non relu

DU ROI. LA PRINCESSE DE LAMBALLE

C'est en l'année 1779, nia chère amie, que j'ai fait pour la première fois le portrait de la reine, alors dans tout l'éclat de sa jeunesse et de sa beauté. Marie- Antoinette était grande, admirablement bien faite, assez grasse sans l'être trop. Ses bras étaient superbes, ses mains petites, parfaites de forme, et ses pieds charmants. Elle était la femme de France qui marchait le mieux ; portant la tète fort élevée, avec une majesté qui faisait reconnaître la souveraine au milieu de toute sa Cour, sans pourtant que cette majesté nuisît en rien à tout ce que son aspect avait de doux et d.e bienveillant. Enfin il est très difficile de donner, à qui n'a pas vu la Reine, une idée de tant de grâces et de tant de noblesse réunies. Ses traits n'étaient point réguliers ; elle tenait de sa famille cet ovale long et étroit particulier à la nation autrichienne. Elle n'avait point de grands yeux; leur couleur était presque bleue; son regard était spirituel et doux, son nez fin et joli et sa bouche pas trop grande, quoique les lèvres fussent un peu fortes. Mais ce qu'il y avait de plus remarquable dans son visage, c'était l'éclat de son teint.

Je n'en ai jamais vu d'aussi brillant, et brillant est le mot; car sa peau était si transparente qu'elle ne prenait point d'ombre. Aussi ne pouvais-je en rendre l'effet à mon gré : les couleurs me manquaient

Souvenirs de Madame Vigée-Le Brun

pour peindre cette fraîcheur, ces tons si la reine m'intimida d'abord prodigieusefins qui n'appartenaient qu'à cette char- ment; mais Sa Majesté me parla avec tant

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