MADAME VIGÉE-LE BRUN, PEINTE A ROME PAR ELLE-MÊME
(Gravure de J . Folo)
lui sembla si flatteuse qu'elle se mit à ce travail dès son arrivée à Rome.
Elle est fêtée, à Rome, par les artistes français et italiens. Son ancien ami Mènageot, devenu directeur de l'Académie de France, et les jeunes pensionnaires du roi rivalisent d'attention pour elle avec le cardinal de Bernis, ambassadeur de Louis XVI .
Elle voit toute une élégante société étrangère, où elle retrouve de nombreux compatriotes qui attendent comme elle en voyageant la fin des troubles de France. Elle visite Rome et ses environs avec un enthousiasme infatigable, va faire à Naples un séjour non moinsdélicieux et y exécute le portrait de la reine Marie-Caroli ne, sœur de Marie - Antoinette, et celui de ses enfants. Elle peint aussi à Naples le portrait du musicien Paisiello, qui est aujourd'hui au Louvre après avoir été envoyé à Paris pour le Salon de 1 791 , et la célèbre lady Hamilton en sibylle. Cette dernière toile accompagnera désormais l'artiste dans ses voyages et son premier soin, partout où elle fixera son séjour, sera de dérouler la Sibylle fameuse et de l'exposer dans son atelier pour montrer ce qu'elle est capablede peindre. Elle ne vit déjà plus que par ses pinceaux, car ses ressources ont été vite épuisées; mais elle ne manque point de commandes, toutes les femmes à la mode voulant être représentées et enjolivées à la parisienne par le peintre de la reine de France.
M""' Vigée-Le Brun quitta Rome en avril 1792, avec la pensée de rentrer en France après avoir achevé son tour d'Italie. Mesdames Adélaïde et Victoire, qu'elle avait eu la joie de rencontrer, ne doutaient
Introduction
pas qu'elles ne pussent retourner prochainement à Versailles, après le châtiment des sujets rebelles du roi leur neveu.
Mais la Révolution se précipitait.
Après avoir passé par Venise et par Vérone, l'artiste arriva à Turin pour assistera l'émouvant exode des fuyards chassés de France par les violences qui suivirent, dans les provinces, la journée du lo août. Elle participa à l'organisation des secours pour ces malheureux qui apportaient de terrifiantes nouvelles. Parmi les victimes des massa cres de Paris, elle entendait nommer des personnes de sa connaissance, apprenait la dispersion de ses amis ; les uns, comms David, Chamfort et Gi nguené, étaient devenus de fougueux révolutionnaires ; les autres étaient obligés de se cacher, et plusieurs allaient, l'année suivante, être emprisonnés ou guillotinés.
L'i noffensi ve M"' Le Brun, malgré les protestations de son mari, opportunément rallié à la cause de la Nation, passait pour un agent des princes et pour une conspiratrice dangereuse. Elle dut changer tous ses projets et se rendit à Vienne plus de deux années.
Elle retrouva des amis très chers et une société qui lui était familière, le comte de Vaudreuil, la famille de Polignac et beaucoup d'émigrés, parmi lesquels les sanglants épisodes de 1793 et de i 794 eurent un retentissement douloureux. Elle vit mourir de chagrin la duchesse de Polignac, quelques semaines après l'exécution de Marie-Antoinette. Cependant la société