LA FAMILLE DANS LE PARC
tiers de tirer jamais parti des souvenirs qu'il doit avoir laissés.
Quand on quittait Morfontaine pour aller à Maupertuis, on ne pouvait s'abstenir de comparer le tenue de ces deux belles maisons; car la différence était frappante. Partout à Maupertuis régnait l'ordre et la magnificence. M. de Montesquiou tenait là véritablement l'état d'un grand seigneur.
Comme il était écuyer de Monsieur (depuis Louis XVI 11), il lui était facile de mettre à nos ordres chevaux, calèches et voitures de toute espèce. Les repas étaient splendides, le château assez vaste pour contenir habituellement trente ou quarante maîtres, tous bien logés, parfaitement soignés ; et cette nombreuse société se renouvelait sans cesse.
La mère et la femme de M. de Montesquiou avaient pour moi mille bontés. Sa belle-fille, qui depuis a été gouvernante du fils de Napoléon, était douce, naturelle, très aimable. Quant à lui, je l'avais vu souvent à Paris, et il m'avait toujours semblé fort spirituel, mais sec et frondeur ; à Maupertuis, il était doux, affable, en un mot, ce n'était plus le même homme. Quand par hasard nous nous trouvions en petit nombre, il nous faisait le soir des lectures et s'en acquittait à merveille. C/est à Maupertuis, étant grosse et souffrante, que j'ai fait son portrait, dont je n'ai jamais été satisfaite.
Je me souviens qu'un soir, en petit comité, le marquis de Montesquiou tira l'horoscope de chacun de nous. 11 me prédit que je vivrais longtemps, et que je serais une aimable vieille, parce que je n'étais pas coquette. Maintenant que j'ai vécu longtemps, suis-je une aimable vieille? J 'en doute ; mais au moins je suis une vieille aimante, car je vous aime tendrement.
D'après Moreau le jeune