‹ Souvenirs de Mme Louise-Elisabeth Vigée-Le BrunChapitre 41 sur 84 · LE COMTE DE YAUDREUIL · texte numérisé non relu

LE COMTE DE YAUDREUIL

Peinture de Madame Le Brun (1784) (Appartient à M. Sortais)

Souvenirs de Madame Vigée-Le Brun

ignorer que son refus était son arrêt de mort, et c'est alors qu'il fit ce beau dithyrambe sur l'immortalité de l'âme; il le lut à Chaumette, et, quand il en fut à ces vers :

Oui, vous qui, de l'Olympe usurpant le tonnerre, Des éternelles lois renversez les autels ;

Lâches oppresseurs de la terre.

Tremblez, vous êtes immortels !

II s'arrêta, regarda le tribun, et répéta d'une voix forte et assurée : « Vous aussi, tremblez, vous êtes immortel. » Chaumette, quoique fort interdit, murmura quelques menaces. « Je suis tout prêt, répondit Delille, je viens de vous lire mon testament. » Pour cette fois, le courage de l'honnête homme eut un heureux succès, car Chaumette le quitta pour aller dire à ses amis qu'il n'était pas encore temps de faire mourir Delille que depuis il ne cessa de protéger. Le poète n'en crut pas moins qu'il était prudent d'émigrer ; il passa en Angleterre, où il se vit accueilli et recherché par tout ce qu'on y trouvait de personnes distinguées et recommandables.

Sa muse garda toujours son feu sacré pour ses rois légitimes. Sous le règne de l'usurpateur qui faisait trembler le monde entier, il fit paraître son poème de la Pitié, et, rentré en France, il eut le courage, plus rare peut-être, de résister aux feintes caresses d'un pouvoir absolu. 11 ne craignit pas de s'exposer à la disgrâce pour conserver sa propre estime, l'estime de ses amis et l'admiration générale dont il a joui jusqu'à son dernier jour.

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