‹ Souvenirs de Mme Louise-Elisabeth Vigée-Le BrunChapitre 54 sur 84 · LE MARÉCHAL DE BIRON LE MARÉCHAL DE BRISSAC · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DE BIRON LE MARÉCHAL DE BRISSAC

La figure, la taille, la contenance de ces deux vieux soutiens de la monarchie française sont si bien restées dans ma mémoire, qu'aujourd'hui je pourrais les peindre tous deux de souvenir.

Ayant entendu parler du superbe jardin de l'hôtel de Biron, que l'on disait rempli des fleurs les plus rares, je fis demander au maréchal la permission de m'y promener : il me l'accorda, et je me rendis un matin chez lui avec mon frère. Malgré son grand âge, il avait, je crois, quatre-vingt-quatre ans et ses infirmités, le maréchal de Biron, marchant avec peine, vint au-devant de moi : il descendit son large perron pour me donner la main quand je sortis de ma voiture, puis s'excusa beaucoup de ne pouvoir me faire les honneurs de son jardin. Ma promenade finie, je revins au salon, où le maréchal me retint longtemps ; il causait avec grâce et facilité, parlant du temps passé de manière à m'intéresser beaucoup.

ii8 Souvenirs de Madame Vigée-Le Brun

Quand je retournai à ma voiture, il voulut absolument me donner la main jusqu'au bas de son perron, et le corps droit, la tète nue, il attendit, pour rentrer dans la maison, qu'il m'eût vue partir ; cette galanterie dans un homme plus qu'octogénaire me parut charmante.

Le maréchal de Biron est mort en i 788; il n'eut pas la douleur d'être témoin de la défection des gardes- françaises : il avait établi dans ce corps une discipline extrêmement sévère, que le duc du Châtelet, qui lui succéda, venait de relâcher beaucoup trop quand la Révolution arriva.

Pour le maréchal de Brissac, je ne l'ai vu qu'aux Tuileries, où il se promenait très souvent : il paraissait bien âgé, mais il se tenait fort droit, et marchait encore comme un jeune homme ; son costume le faisait remarquer ; car il portait toujours ses cheveux nattés, qui formaient deux queues tombant derrière la tête, l'habit long, très ample, avec une ceinture au bas de la taille, et des bas à coins bordés en or roulés sur ses genoux. Une toilette aussi antique ne lui donnait rien de grotesque ; il avait l'air extrêmement noble, et l'on croyait voir un courtisan sortant des salons de Louis XIV.

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