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CHAPITRE VIII

Dans les pages qui précèdent, je me suis efforcé, tout en dressant le tableau de ma vie à mon arrivée à Paris, de conduire mon lecteur dans les divers milieux par lesquels j'avais passé. Ce tableau eût manqué de couleur et de lumière si, pour compléter ce que j'avais déjà dit de la politique intérieure de l'Empire, je n'y avais Tait une part à la politique extérieure qui avait, en ces moments, une répercussion bruyante à la cour des Tuileries. Mais cet exposé d'ordre historique, je ne pouvais y procéder qu'en ayant recours aux historiens dont les œuvres sont sous nos yeux et cette partie de mes souvenirs, sans caractère personnel, n'eût été que la reproduction de récits antérieurs. C'est alors que m'est échue cette bonne forcune de pouvoir parler de ces choses sur un mode nouveau, à la faveur des échos d'un salon qui me permettent de les présenter sous une forme à laquelle j'ai dû, je le crois, de rendre le tableau particulièrement révélateur et aussi vivant que si j'étais entré dans ce salon et avais entendu les propos qui s'y tenaient.

C'était celui de la duchesse douairière Decazes. Elle était veuve, commençait à vieillir, et n'allait plus guère dans le monde, mais elle conservait le prestige que lui avaient jadis assuré son mariage sous la Restauration et le grand rôle joué par son mari lorsque, de 1815 à 1820, la confiance de Louis XVIII avait fait de lui le favori du roi. Elle était la fille du comte de Sainte-Aulaire. Tous les jours, quelques fidèles amis venaient chez elle y parler librement des choses d'autrefois et plus volontiers des choses du jour. Ils n'étaient pas les premiers venus.

Parmi eux, je cite au hasard Thiers, Guizot, Piscatory, le roi Jérôme, le baron de Hubner, ambassadeur d'Autriche, le comte de Kisselef, ambassadeur de Russie, Mon, ambassadeur d'Espagne. Quand ils étaient partis, la maîtresse du logis résumait en des notes brèves et sans prétention les propos — j'allais dire les potins — qui l'avaient un moment amusée. Ce procès-verbal n'est p^ut-être pas toujours rigoureusement vrai ; nous sommes dans un salon d'opposition où la malice se donnait libre cours. Il se trouve cependant dans cette prose familière une part, une très grande part de vérité, surtout quand c'est le roi Jérôme qui parle ou le baron de Hubner, alors qu'il se défend contre la malveillance du gouvernement impérial, qui se prépare à attaquer l'Autriche.

C'était quelques mois après l'attentat d'Orsini

et à la veille de la guerre d'Italie. Le prince Napoléon, nommé ministre de l'Algérie, venait d'être associé à la direction du gouvernement et on sait que sa nomination fut bientôt suivie de son mariage avec la princesse Clotilde de Savoie. Lorsque au mois d'octobre 1858, le baron de Hubner se plaint avec vivacité de la façon dont, en sa qualité d'ambassadeur d'Autriche, il est traité à la cour et gémit des changements survenus dans ses rapports avec les Tuileries, c'est à l'influence du prince Napoléon qu'il les attribue. Il écrit à son gouvernement : « Avant une année, le prince sera en guerre avec toute l'Europe et l'empereur entièrement soumis, ou son cousin aura été renvoyé. » Lorsqu'on lui objecte qu'une brouille dans la famille impériale ne pourrait avoir que de fâcheuses conséquences, il déclare que l'empereur se trouvera mieux d'avoir son cousin comme ennemi hors des affaires que comme faux ami dans son conseil.

Le prince Napoléon fut-il un faux ami?,,. Peutêtre serait-il injuste de l'affirmer, mais il n'est pas douteux, pour quiconque observe sa conduite avec impartialité, que, sauf durant la période où il poussait l'empereur à attaquer l'Autriche dans l'intérêt de l'Italie, il ne fut jamais satisfait de la politique impériale et ne perdit aucune occasion de manifester son mécontentement.

Durant la période où il n'a qu'à se féliciter du succès de ses efforts, c'est l'un de ses plus lidèles

amis, Bixio, qui est son agent en Italie et entretient entre le prince et le comte de Cavour les relations d'où sortira la guerre, tandis qu'à Paris le prince en démontre la nécessité dans les journaux qu'il inspire. C'est Bixio qui a eu l'idée du mariage du prince avec la fille du roi Victor- Emmanuel et qui a poussé si rapidement les choses que ce mariage — dont il semble avoir été question pour la première fois dans le courant de janvier 1859 — fut célébré le 30 du même mois.

Il n'était bruit alors que de la phrase adressée par l'empereur à Hubner à la réception du jour de l'An, compliment singulièrement étrange et qui paraît n'avoir été prononcé que pour déchirer tous les voiles : « Je regrette, monsieur l'ambassadeur, que nos relations politiques ne soient plus aussi bonnes que par le passé. Je vous prie de dire à Sa Majesté Impériale que mes sentiments pour elle sont toujours les mêmes. »

Hubner resta stupéfait ; il était si loin de s'attendre à pareille algarade qu'il avait avancé la main, croyant que l'empereur ki lui serrerait comme de coutume. Quand celui-ci eut passé, Hubner se tourna vers Kisselef qui se trouvait à son côté, lui demanda s'il avait bien entendu et, pour s'en assurer, lui répéta la phrase : « Oui, oui, c'est cela, c'est bien cela, » répondit l'ambassadeur russe, avec un rire moqueur.

Ces incidents causaient en France les plus vives

no

alarmes, personne ne comprenait que Napoléon III voulût la guerre, alors qu'il avait promis la paix et qu'il devait à la paix la prospérité de son règne. Il en résultait à l'avance, pour le mariage annoncé, une impopularité qui se trahissait sous diverses formes et notamment par la critique acerbe des mœurs du prince qu'on déclarait incapable d'assurer le bonheur de sa femme.

On connaissait les grandes vertus de celle-ci ; on voyait en elle une victime de la raison d'Etat, mais elle n'inspirait que de la compassion. On racontait qu'au moment de se séparer de sa fille, Victor-Emmanuel, qui ne s'était jamais piqué de fidélité conjugale, avait cru devoir lui dire que son mari était jeune, qu'elle devrait être indulgente et fermer les yeux sur beaucoup de choses : « Oui, je comprends, avait répondu la princesse, je ferai comme ma mère. »

Les sentiments qu'inspirait aux Parisiens ce langage se manifesta sous la forme la plus blessante, lorsque, au mois de février, le prince ramena sa jeune femme dans la capitale. L'accueil fut glacial, on peut même dire qu'il n'y eut pas d'accueil. On n'avait jamais vu semblable chose. Pas un cri, pas un coup de chapeau. C'était de la part des Français un étrange manque de galanterie. Le prince Napoléon se plaignit amèrement à l'empereur de ce qu'il considérait comme un afîront et un véritable guet-apens. Il en imputait la responsabilité au ministre de l'intérieur De-

langle. L'imputation ne se trompait pas d'adresse ; mais l'empereur avait été complice de l'événement. Le ministre avait mis sous ses yeux les rapports des préfets et des commandants de gendarmerie témoignant à 1 unanimité de la terreur que provoquait en province l'imminence de la guerre.

— Peu importe, aurait alors répliqué l'empereur, la France c'est Paris, et Paris veut la guerre.

— Mais il n'en est rien, Sire, se serait écrié le ministre.

A l'appui de ces dires, il avait proposé à l'empereur, pour mettre à l'épreuve les sentiments des Parisiens, de ne pas donner d'ordres pour la réception de la princesse. L'empereur accorda l'autorisation demandée, et ainsi s'expliquait le silence injurieux constaté par le prince Napoléon dans les rues que la princesse et lui avaient traversées. Il resta ulcéré de cette aventure. A quelques jours de là, dans un conseil des ministres tenu sous la présidence de l'empereur, le ministre des affaires étrangères Walewski, ayant parlé en faveur de la paix, en motivant son opinion sur les dispositions des puissances, le prince Napoléon aurait dit : « Il n'y a qu'une bête qui puisse parler ainsi. »

Furieux, Walewski mit la main sur un encrier comme pour le jeter à la tête du prince; arrêté par un de ses collègues, il s'assit en murmurant : « J'ai le plus grand respect pour le prince Napoléon, mais mon collègue de l'Algérie est un in> pertinent. »

Le prince leva les épaules et, par ordre de l'empereur, la délibération continua.

On racontait bien d'autres traits révélateurs de la brutalité du prince, de son scepticisme, de son sans-gêne, de sa mobilité qui faisaient de lui, pour tous ceux qui le connaissaient, un homme dangereux dont il fallait se défier. Il présidait alors eun commission chargée d'améliorer dans les colonies le sort des noirs. La première réunion avait eu lieu au Palais- Royal : il était entré dans la salle en redingote déboutonnée, sans gilet, cravate à la Colin, les pieds dans des pantoufles et, s'asseyant sur le bras d'un fauteuil, il avait ouvert la séance.

On racontait encore que la princesse Cïotilde ayant exprimé le désir d'entendre la messe tous les jours sans quitter ses appartements, son mari avait fait arranger une chapelle dans le Palais- Royal et chargé l'aumônier du roi Jérôme du service religieux. En lui confiant cette mission, il aurait dit : « La princesse désire, monsieur, que vous lui disiez la messe tous les jours. Tous les jours aussi vous déjeunerez avec nous, avant ou après, comme vous voudrez. »

L'aumônier dut expliquer pourquoi ce ne pouvait être qu'après.

Le prince Napoléon, on le voit, ne professait que mépris pour les convenances sociales et l'influence de sa femme sur lui était nulle, encore qu'il lui témoignât les plus grands égards. Il se laissait aller à toutes les violences de ses pensées

et de ses propos. Parlait-il du conseil des ministres: « C'est une farce, déclarait-il. L'empereur le réunit deux fois par semaine, mais on n'y fait rien, absolument rien. Les questions même les plus graves ne sont jamais discutées en commun ; elles sont réservées pour le travail personnel de l'empereur avec le ministre compétent. »

Quand on cherche à s'expliquer pourquoi, tandis qu'il é*ait en faveur au plus haut degré, il manifestait un si vif mécontentement, il faut se reporter à une confidence qu'après l'attentat d'Orsini l'empereur faisait à lord Cowley, l'ambassadeur d'Angleterre :

« Si j'étais mort, disait-il en pariant des ministres, des généraux, des sénateurs, des députés qui s'étaient empressés de lui porter aux Tuileries l'hommage de leur dévouement, tous ces gens-là se seraient empressés de proclamer un d'Orléans. »

C'était aussi l'opinion du prince Napoléon, mais la confidence impériale à lord Cowley nous en dit davantage :

« J'ai compris l'isolement dans lequel se trouverait mon fils si j'étais frappé mortellement et c'est tout ce qui m'a fait me rapprocher de mon cousin et l'associer au gouvernement; mais je m'aperçois aujourd'hui des suites fâcheuses de ce rapprochement. Je suis entraîné beaucoup plus loin que je n'aurais voulu et cru pouvoir l'être. Tout ce qui s'est dit et fait en Italie l'a été par mon cousin en vue de son mariage et à mon insu.

Je dois et je veux apporter un remède à cette situation et je ne le puis faire qu'en me mariant. » Jusqu'à ce jour, le prince Napoléon avait pu se croire l'héritier de la couronne, mais si l'empereur se mariait, il en serait tout autrement ; et de là toute l'irritation dont la conduite du prince nous fournit les preuves. Il ne respecte rien, ne ménage rien. Ainsi, lors de l'ouverture de la session de 1859, il fut très mécontent du message impérial et plus encore d'un discours que prononça Morny au Corps législatif, en montant au fauteuil de la présidence. Le prince adressa à l'empereur les plus vifs reproches, une querelle s'ensuivit à laquelle il coupa court en se retirant, après avoir déclaré qu'il n'irait pas à un bal qui avai+; lieu le même soir aux Tuileries. Il n'y parut pas en effet, et sa femme pas davantage, ce qui sembla bien étrange et fit jaser. On s'était attendu à une sorte de présentation de la princesse, dont on attribuait d'autre part l'absence à la douloureuse impression qu'elle avait ressentie en assistant à une scène des plus violentes survenue ent"e son mari et la princesse Mathilde. Si quelqu'un des membres de la famille de Napoléon Ier se fût permis les algarades que se permettait son neveu, il eût été brutalement rappelé à plus de docilité et de respect et, en une ou deux circonstances, si Napoléon III eût suivi les conseils qui lui étaient donnés, son cousin eût bel et bien couché à Vincennes. Mais il écartait toujours, vis-à-vis de cet

indiscipliné, les solutions violentes. Ils finissaient toujours, et même assez promptement, par se réconcilier.

Quant à l'impératrice, ce n'était un mystère pour personne qu'elle avait moins de patience que son mari, et que tout ce qui la représentait vivant bien avec l'époux de la princesse Clotilde n'était que la résultante de nécessités auxquelles, comme lui, mais non sans révolte, elle se résignait.

Dans le carnet qui me fournit l'occasion de mettre en lumière ces dissensions, déjà vieilles de quarante ans, on en retrouve de nombreuses traces. Le roi Jérôme, qu'une vieille amitié unissait à la duchesse Decazes et qui fréquentait son salon, se faisait volontiers l'écho des sentiments de son fils :

— L'empereur, disait-il, n'est entouré que d'incapables et de traîtres. Le conseil est composé de petits bourgeois orléanistes, et c'est même pour cela que mon fils n'a pas voulu y rester.

— Oh! Sire, des orléanistes, lui objectait-on, même Walewski?...

— Sans doute, celui-là n'est pas vendu, mais par bêtise il découvre l'empereur et laisse peser sur lui toutes les responsabilités.

— Mais ce n'est pas lui qui les conduit.

— Oh ! je sais bien, voulût-il faire croire qu'il les conduit, on ne le croirait pas, sa réputation de bêtise est trop solidement établie. Tout de même, son action est pernicieuse, parce que, je

le répète, il découvre l'empereur. Quant aux autres, sans doute je ne pense pas que personne ait songé à les acheter, mais c'est tout comme. Tenez, Fould, pour ne citer que celui-là, serait le premier à offrir ses services aux d'Orléans s'ils revenaient.

On peut voir par ces traits, et rien n'est plus vrai, que le péril orléaniste hantait la cour impériale et que si le prince Napoléon s'efforçait — quant à l'existence de ce péril — d'ouvrir les yeux de l'empereur, celui-ci, tout en le reconnaissant, s'était résigné à le subir.

On a pu depuis se rendre compte de ce qu'il y avait d'exagéré dans ces craintes. Le péril en question n'était pas, à cette époque, bien redoutable, mais la cour y croyait ou feignait d'y croire, et en tout cas c'est celui que redoutait par-dessus tout Napoléon III. On sait que, des négociations dont le prince Napoléon était l'âme, sortit le projet d'un congrès qui fut considéré à Turin comme une violation de toutes les promesses faites par le prince Napoléon, et sur la foi desquelles la main de la princesse Clotilde lui avait été accordée. Il y eut des protestations de la part du gouvernement piémontais, surtout lorsqu'il sut que l'Autriche ne voulait pas qu'il siégeât dans ce congrès, ni même que ce congrès eût lieu si préalablement le Piémont ne désarmait pas : « Nous ferons la guerre quand même, s'écria Cavour ; j'aime mieux tomber dans une mare de sang que sur du fumier. »

Dans les chancelL ries européennes, on accusait

le prince Napoléon d'exciter en sous-main le Piémont et d'avoir mis le feu à toute l'Italie. Cette situation incendiaire s'aggravait encore des hésitations de 1 empereur, en apparence plus favorable à l'Autriche qu'à l'Italie. A la même époque, son ambassadeur alla à Londres pour faire connaître verbalement aux ministres les dispositions de la France et les solutions qu'elle proposerait au congrès. Mais le voyage de ce diplomate se prolongea, donnant lieu aux rumeurs les plus alarmantes. L'empereur recevait une lettre privée de la reine Victoria qui, tout en lui prodiguant personnellement des témoignages affectueux, lui déclarait tout net qu'en cette affaire elle pensait comme ses ministres.

Le 8 mars 1858. eut lieu un bal aux Tuileries. Le prince Napoléon avait commencé par refuser d'y assister pour n'y pas rencontrer l'ambassadeur autrichien et, en consentant à y revenir, il s'était réservé de dire à ce diplomate, s'il le voyait, ce qu'il pensait de son gouvernement. Il n'exécuta cependant pas cette menace, à laquelle l'ambassadeur averti n'aurait pas manqué de répondre. Il resta longtemps dans une galerie voisine de la salle de bal avec deux ou trois de ses familiers et n'entra dans cette salle que quelques minutes avant le souper. A ce souper, il y avait trois tables d'honneur : l'une présidée par l'impératrice, ayant l'ambassadeur d'Autriche à sa droite et l'ambassadeur d'Espagne à sa gauche ; l'autre présidée

par l'empereur placé entre la duchesse d'Hamilton et Mme Walewska, avec le prince Napoléon en face de lui ; la troisième enfin, présidée par la princesse Clotilde, ayant pour voisins le général Niel et le prince Murât. Grâce à ces arrangements, on évita de mettre à la même table le prince Napoléon et Hubner, ce qu'on ne voulait à aucun prix par crainte d'une algarade.

A Paris, les alarmes étaient vives ; on constatait cependant que le prince Napoléon affectait le plus grand calme et admettait volontiers qu'on pouvait faire la guerre à l'Autriche en ayant l'Angleterre contre soi ; mais des hommes, notoirement connus pour être ses amis, tenaient un langage bien autrement excité et que sous son influence contradictoire l'empereur s'exaspérait. On lui attribuait ces mots significatifs : « On croil que je veux reculer, mais on verra bientôt que je ne recule pas. »

Le 10 avril, la duchesse Decazes écrit sur soi petit carnet :

«Le prince Jérôme est venu me voir. Je l'ai trouve extrêmement changé, d'une maigreur effrayante, le teint très jaune et d'une tristesse morne. Il n< croit pas à la réunion du congrès. Du reste, il es1 très mal informé, dit le pour et le contre. Il assun que l'empereur ne veut pas la guerre et ne fait pas de préparatifs ; puis il ajoute qu'on a fait revenir des divisions de dix mille hommes chacun* et qu'on va établir près de Lyon un camp d<

soixante mille hommes. Évidemment, il se coupe. Est-ce pour cacher la vérité ou qu'il ne la sait pas?... Je n'ai pu deviner qu'une chose, c'est que maintenant il paraît désirer la guerre. Son humeur contre les ministres est toujours extrême ! »

A cette date, il y eut une partie de chasse à Rambouillet ; le prince Napoléon n'y alla pas, se contentant d'alléguer qu'il avait à faire et que, d'ailleurs, il n'aimait pas « ces enfantillages ». Suit la description de la toilette qu'avait revêtue l'impératrice pour aller courre le cerf : chapeau en feutre rond avec une plume de paon, robe noire, relevée de chaque côté sur un jupon à bandes rouges et noires, le jupon court laissant voir un pantalon de drap gris à sous-pieds. Sur les épaules , un petit manteau en caoutchouc. Les dames qui l'accompagnaient portaient, comme les hommes ; le costume ordinaire de la vénerie impériale.

Tout le monde fut frappé par l'énervement de l'empereur, l'altération de ses traits, sa fatigue, son humeur de dogue et on les attribue aux soucis que lui donnaient les affaires d'Italie. Pendant la chasse, les souverains furent presque toujours seuls, allant au petit trot. A un moment, l'empereur héla un employé et lui dit avec vivacité que la chasse était mal conduite, qu'on ne suivait pas la bête : « Ce n'était pas étonnant, ajoutait l'employé en racontant ce détail, l'empereur n'y était plus et ne pouvait plus avancer. » Au lendemain de cette chasse, les souverains se rendent à Ville-

neuve-l'Étang avec le prince impérial pour y rester jusqu'à Pâques; ils annoncent qu'ils y passeront ce temps en retraite. Autour d'eux, on disait malicieusement « qu'ils y prieraient Dieu contre le Saint-Père ». Ils n'avaient emmené avec eux qu'une femme de chambre, deux ou trois domestiques, et personne du service impérial.

Nul n'ignore que la guerre éclata peu après, alors qu'on espérait la conjurer, et que ce fut l'attitude du gouvernement autrichien et sa brusque entrée en campagne, après un foudroyant ultimatum, qui la rendit inévitable ; mais elle l'eût été quand même, les gouvernements français et piémontais étant d'accord pour la vouloir.

Le malheur est qu'on n'y était pas plus préparé qu'on ne devait l'être, onze ans plus tard, alors qu'il s'engageait des combats bien autrement redoutables. On se racontait avec effroi qu'aucun préparatif n'était fait, pas un officier, pas un général, pas un maréchal n'était prêt à entrer en campagne. Les divisions désignées pour partir étaient encore dispersées sur divers points. Tout attestait l'imprévoyance la plus complète. Le général Trochu racontait que le jeudi soir, en rentrant chez lui, il avait trouvé une lettre du ministre de la guerre l'invitant à le venir voir le lendemain de bonne heure ; puis, à minuit, alors qu'il dormait déjà, on vint le quérir d'urgence. Il se rendit à l'ordre du ministre et fut officiellement averti qu'il devait partir dès le matin peur Briançon et passer

le mont Genèvre. Pris au dépourvu, sans équipement, il protesta, demandant un délai, et finalement il ne partit que le soir ; mais dans la première lettre que sa femme reçut de lui, il se plaignait du déplorable état dans lequel il avait trouvé les troupes qu'il devait commander sous les ordres de Bourbaki. En quittant Briançon, pour continuer sa route, il n'avait pu en emmener qu'une petite partie. Aucun général n'était plus prêt que lui. Parmi ceux que le ministre de la guerre appelait pour ainsi les prévenir, plusieurs se plaignaient de n'avoir pas d'argent pour entrer en campagne ; afin de gagner du temps, le ministre leur donnait directement et sur-le-champ, de la main à la main, la somme nécessaire à leurs premières dépenses. Ces menus détails ne laissent pas de révéler beaucoup d'incurie.

,Vers le même temps, le duc d'Aumale s adressait au roi du Piémont pour lui exprimer le désir de la famille d'Orléans de voir le duc de Chartres entrer à l'École militaire de Turin. Le comte de Cavour écrivit à Paris pour pressentir l'effet que produirait le consentement de son souverain à cette proposition. Napoléon III répondit qu'il ne voyait aucun inconvénient à ce que les écoles de Turin fussent ouvertes au prince français exilé. Victor-Emmanuel informa donc 1 duc d'Aumale qu'il serait heureux de voir le duc de Chartres dans son armée. Mais lorsque éclatèrent les bruits de guerre, on se demanda dans les salons de Paris

ce que ferait le duc de Chartres si les hostilités éclataient entre l'Autriche et l'Italie appuyée par la France. On s'étonnait qu'une telle hypothèse n'eût pas été prévue. Il est vrai que le duc d'Aumale ne croyait pas à la guerre, bien que le roi Victor-Emmanuel affirmât qu'il avait la parole de l'empereur.

Pour en revenir au cercle intime où se déroulaient ces entretiens, il est à remarquer qu'on y parlait fréquemment d'autre chose que de la guerre. Le comte de Persigny, qui venait de passer quelque temps à Londres comme ambassadeur de France, quittant volontairement son poste, arrivait à Paris ; il se plaignait de la politique qu'on semblait vouloir adopter envers l'Angleterre et qu'il jugeait de nature à compromettre l'alliance anglaise qui, selon lui, devait être conservée à tout prix. Il ajoutait : « On ne peut la conserver qu'au prix de bassesses que je ne veux pas faire. Envoyez pour cela un maréchal. »

Le gouvernement français présenta trois personnages comme candidats à l'ambassade et, parmi eux, le maréchal Pélissier, duc de Malakoff. C'est celui-ci que choisit la reine Victoria. Guizot, dans le salon de la duchesse Decazes, critiquait vivement ce choix : « Le maréchal, disait-il, sera pendant quelques semaines le lion de la société de Londres ; puis il s'ennuiera mortellement et reviendra, d'autant que les dames anglaises ne supporteront ni son langage ni ses manières. »

Il est certain qu'au point de vue des manières et même des paroles, la réputation du maréchal était détestable. On allait jusqu'à raconter qu'à un déjeuner chez lui, ayant à son côté une belle et jeune femme récemment mariée, il se plaisait à promener les mains sur les genoux de sa voisine qui rougissait et pâlissait tour à tour, ne sachant quelle attitude prendre pour se soustraire à ces manifestations. Mais était-ce bien vrai?

On constate, d'autre part, que, durant son ambassade, le maréchal ne cessa pas d'être extrêmement correct et qu'en Angleterre on n'eut rien à lui reprocher quant à ce défaut d'éducation que j certaines gens lui reprochaient en France. A tout instant, d'ailleurs, dans les conversations dont je rapporte les échos, se faisaient jour les détails les plus piquants et les plus inattendus sur les personnages, princes et autres, mêlés alors aux affaires publiques, et dont quelques-uns passaient pour les plus excentriques du siècle. C'est dans une de ces circonstances que la princesse de Liéven, l'Égérie de Guizot, étant présente, se mit à parler du roi d'Angleterre George IV auprès duquel, pendant vingt ans, son mari avait été ambassadeur de Russie. Elle raconta que ce souverain, à force d'entendre parler de la bataille de Waterloo qui avait eu lieu au début de son règne, avait fini par être convaincu qu'il y assistait et que c'était lui qui l'avait gagnée. Il disait à tout instant : « J'étais là, j'ai fait cela, je donnais tel

ordre. » A cette époque, la duchesse d'Orléans venait de mourir et on s'étonnait que Guizot ne fût pas allé en Angleterre pour assister à son enterrement. Il expliqua alors qu'il ne le pouvait pas ; il eût été contraint de parler au comte de Paris et au duc de Chartres de leur position, de leurs devoirs vis-à-vis du duc de Bordeaux, de la nécessité pour les deux branches de la maison de Bourbon de se réconcilier, toutes choses sur lesquelles ils n'avaient jamais pu se mettre d'accord avec leur mère. Se montrer, à un tel moment, contraire aux idées de celle-ci, c'eût été manquer de respect à ses fils, et garder le silence, c'eût été paraître adhérer à ce qu'il désapprouvait. Il avait préféré s'abstenir.

L'ambassadeur d'Espagne, Mon, apportait aussi dans ce salon son lot de confidences. D'après lui, la reine d'Espagne et l'impératrice Eugénie, quoique appliquées à paraître bien l'une vis-à-vis de l'autre, ne pouvaient se souffrir ; la reine reprochait à l'impératrice de s'être opposée à l'envoi au prince des Asturies du grand cordon de la Légion d'honneur. Du reste, à cette époque (automne de 1858), entre le gouvernement français et le gouvernement espagnol, tout n'allait pas comme sur des roulettes. Mon se plaignait des procédés de la cour impériale à son égard, mais sur ce point il n'y avait que des questions d'étiquette qui furent rapidement réglées. La cause des dillicultés était tout autre. Le comte de Paris était attendu en

Espagne chez sa tante la duchesse de Montpensier, et la reine avait résolu de le recevoir avec de grandes démonstrations d'amitié. Mais elle dut y renoncer, la cour des Tuileries ayant pris ombrage de ce projet et menacé, s'il y était donné suite, de recevoir à Paris, avec de grands honneurs, le fils de don Carlos. Il fut donc décidé que le comte de Paris ne passerait pas par Madrid, et le général qui commandait à Séville, où restait la duchesse de Montpensier, eut l'ordre de veiller à ce qu'aucune réception officielle ne fût faite au prince. Mais la duchesse de Montpensier s'était mis en tête de recevoir royalement son neveu et voici comment elle s'y prit. Gomme infante d'Espagne, elle avait droit, quand elle sortait, à une escorte. Le jour où le comte de Paris était attendu à Séville, le duc de Montpensier partit de bonne heure pour aller au-devant de lui ; quelques instants après, la princesse demandait une escorte pour sa promenade quotidienne ; on ne put la lui refuser et elle se fit accompagner en se portant à la rencontre de son neveu, qu'elle ramena triomphalement dans Séville. Le capitaine général fut destitué, le gouvernement espagnol n'ayant pas voulu refuser cette satisfaction au gouvernement français, mais on fit dire à ce haut fonctionnaire qu'il serait bientôt replacé.

Tels sont les incidents qui défraient alors, dans le monde politique français, la curiosité publique, ou, pour mieux dire, celle des personnages que

leurs fonctions ou leur position sociale tiennent à l'affût de toutes les nouvelles. La critique des actes du gouvernement impérial ne chômait pas, mais personne n'osait dire que la confiance populaire dont il avait joui jusque-là fût ébranlée. C'est à cette occasion que le roi Jérôme, se trouvant seul avec la duchesse Decazes, se demande s'il est besoin de telles craintes pour que l'affection soit perdue : « Qui peut se flatter de la conserver longtemps dans son pays?... demande-t-il. Un gouvernement qui comptera bientôt huit ou dix ans d'existence ne doit-il pas croire que ce qu'il durera au delà n'est dû qu'au hasard?... » Et marchant de long en large dans le salon, il poursuit : « Il est vrai que mon neveu a chance de durer ; il ne se laissera pas tomber ; il ne fera pas comme Louis-Philippe. Pauvre Louis-Philippe !... Quand il est parti, j 'étais sur la terrasse près de l'Orangerie ; je l'ai vu partir, lui et les siens, et j'en avais les larmes aux yeux. Je les estimais, j'étais leur obligé. Le roi avait été très bon pour moi. Pourquoi s'estil abandonné sans résistance?... Il lui était si facile de rester ; la France l'aimait, le pays n'était pas encore bonapartiste. C'est Thiers qui a refait le bonapartisme, mais avant que le prince de Joinville allât chercher à Sainte- Hélène les cendres de mon frère, il n'y avait pas dix mille bonapartistes dans le pays. Il y eut beaucoup d'enthousiasme au retour, mais deux ans après, personne ne pensait plus à nous, et la France, quoi qu'on en dise,

n'est pas plus bonapartiste aujourd'hui qu'alors. Seulement, elle aime l'autorité, l'ordre, et elle sait gré à mon neveu de les lui avoir donnés. N'empêche qu'avec un peu d'énergie, Louis-Philippe aurait conjuré sa chute ; on l'aimait parce qu'il était bon et on respectait la reine, qui méritait bien qu'on la respectât. Leurs fils étaient charmants et avaient su plaire à la nation. »

Le voilà s' arrêtant un moment, puis d'un accent mélancolique il reprend : « Oh ! mon Dieu, c'est si facile quand on est roi de se faire aimer : on n'a qu'à ne pas faire de mal ; on estime les princes dès qu'ils ne font rien pour être méprisés. » Tout cela était dit avec lenteur, comme si, dans cette âme, se fût fait un double travail. Celui qui parlait disait le passé, celle qui l'écoutait semblait prédire l'avenir, mais tout autre devait être l'avenir qu'elle prévoyait.

Je laisse à mes lecteurs le soin de décider ce que valent les propos que je viens de reproduire, mais ils tirent leur principal intérêt de la preuve qui s'y trouve que la révolution de 1848, non moins fatale à la France que celle de 1830, n'avait pas été désirée par le pays. On pourra du reste en dire autant de presque toutes celles qui, depuis plus d'un siècle, l'ont ensanglantée et ont troublé son repos.

Puisque, dans les pages qui précèdent, j'ai parlé de la princesse Clotilde, je voudrais, avant de quitter la famille impériale, dresser la silhouette de

cette noble créature qui, dans les temps pathétiques où nous allons entrer, personnifie le devoir sous sa forme la plus noble et la plus digne d'admiration et de respect.

Elle avait seize ans lorsque son mariage la fit Française. Elle en avait trente quand la révolution qui renversa l'Empire la renvoya à son berceau : elle y a vécu depuis dans une retraite quasi monacale où la mort, en 1911, est allée la chercher. Sur les marches du trône impérial et dans l'exil où elle a terminé sa vie, dans la bonne fortune et dans l'adversité, elle fut toujours semblable à elle-même, pénétrée des grands devoirs que lui commandait sa naissance et passionnément attachée à les remplir. Elle y eut d'autant plus de mérite que sa vie conjugale ne fut pas toujours heureuse, non que son mari ait jamais cessé de lui prodiguer les attentions auxquelles elle avait droit, mais parce que jamais deux êtres unis pour la vie n'ont été au même degré différents de caractère, d'opinions, de sentiments et si peu faits l'un pour l'autre. Leur mariage avait été un mariage politique, un de ces mariages comme il s'en contractait autrefois entre les maisons régnantes. La princesse Clotilde fut un des trophées que valut à la famille impériale la guerro d'Italie ; elle paya de sa personne l'appui que Napoléon III donna à Victor-Emmanuel dans sa lutte contre l'Autriche.

Napoléon JN, pour son propre compte, n'avait

songé en se mariant qu'à se donner une compagne à son goût, et son mariage avait été un mariage d'amour. Son cousin obéit à des mobiles très différents : se considérant comme plus Bonaparte que l'empereur dont il raillait volontiers la sentimentalité, il avait toujours devant les yeux l'exemple de l'illustre fondateur de la dynastie. Il se rappelait que l'oncle s'était allié à la fille des Césars et il voulut lui aussi s'allier à une famille régnante. Son alliance avec la maison de Savoie fut la réalisation de ses rêves ambitieux ; il ne regarda pas à la femme, il l'épousa telle qu'elle était. Eût-elle été différente, il l'eût épousée quand même. Un destin favorable fit asseoir une sainte à son foyer ; mais de tous les privilèges et de tous les mérites qu'il pouvait souhaiter chez la compagne qu'il se donnait, c'est à ce caractère de sainte qu'il devait être le moins sensible. Ardemment catholique, croyante, pieuse, élevée dans les sentiments les plus chrétiens, la princesse Clotilde se trouvait de la sorte unie à un homme qui, sans faire profession d'athéisme, se montrait favorable à toutes les manifestations de la librepensée et ne perdait aucune occasion de témoigner de son hostilité contre l'Église et contre la apauté.

Sans doute, il ne tenta jamais de détourner sa femme des croyances qu'elle professait, mais il ne les partagea pas et cette dissemblance, non moins que de très nombreuses fantaisies de vie privée,

eut pour effet d'entretenir constamment entre les époux un fossé qui ne fut jamais comblé. Un jour où, devant le pape Pie IX, on exprimait le regret que les allures du prince eussent créé cette situation douloureuse :

— Elle méritait mieux, dit quelqu'un, car c'est une sainte.

— Une sainte, oui, s'écria le pape en un français teinté d'italien, mais une sainte ne convenait pas à Jupiter.

Rien de plus vrai, et c'est pour avoir dû épouser Jupiter que la sainte ne connut jamais le bonheur conjugal, même lorsque Jupiter n'affichait pas publiquement ses liaisons. Dans une note en date du mois de novembre 1858, on peut lire ce qui suit : « Le prince Napoléon a loué au Théâtre- Italien la loge d'avant-scène qui fait face à celle de l'empereur. Il s'y montra avec Mlle Anna Deslions, sa maîtresse ; je l'y ai vu avec elle et une autre personne de même catégorie. Ostensiblement, il les a quittées pour aller faire une visite à la princesse Mathilde qui occupait ce soir-là l'avant scène impériale. »

On pourrait rappeler beaucoup d'autres trait analogues, qui témoignent du dédain de Jupite pour les convenances sociales, mais ils n'ajouteraient rien à l'intérêt de mes récits. En ce qui touche la princesse Clotilde, constatons qu'on ne l'entendit jamais se plaindre. C'est par ce qu'on voyait, et non par ce qu'elle disait, que la situa-

tion intime du ménage n'était un secret pour personne. Quant à elle, elle était toute à ses devoirs, devoirs de princesse, devoirs de mère, accomplis les uns et les autres sans préjudice d'une pratique constante de bienfaisance et de charité.

Cette dévotion, dépourvue de bigoterie, ce dévouement au malheur qui la conduisait dans les hôpitaux et dans les orphelinats, ne l'empêchaient pas de porter très haut le noble orgueil de sa race et l'honneur d'avoir dans les veines le sang de cette maison de Savoie qui, de son berceau à son apogée, a semé sa route de tant de gloire. A ce point de vue, elle a été princesse jusqu'au bout des ongles, possédant l'instinct royal dans sa plénitude, et animée de la volonté do ne pas déchoir. On saisit sur le vif ce double sentiment dans l'admirable lettre qu'elle écrivit à son père, le 25 août 1870, et que depuis ont publiée les journaux. Redoutant pour sa fille, restée à Paris, la répercussion que menaçait d'avoir dans la capitale la défaite des armées impériales, Victor-Emmanuel la suppliait de partir et son mari de son côté le lui ordonnait ; mais elle refusa d'obéir, déclarant que sa place était à Paris : « Je ne suis pas pour rien une princesse de la maison de Savoie », disoit-elle à son père, et en fait, elle ne partit qu'après la chute de l'Empire, ouvertement, sans se cacher, après avoir dit adieu à ses ! malades et à ses pauvres, et si grande dans la simplicité de son départ que, jusqu'à la frontière,

elle fut entourée de respect et d'hommages. Soixante-quinze ans avant, Madame Royale, fille de Marie-Antoinette, sortie de captivité et remise à la maison d'Autriche, écrivait à son oncle, Louis XVÎII : « Ma position est bien difficile et délicate, mais j'ai confiance en ce Dieu qui, déjà, m'a secourue et fait sortir de tant de périls. Il ne me fera jamais démentir le sang illustre dont je sors. »

Elle avait quinze ans quand elle parlait ainsi, témoignant de cet instinct royal qui faisait dire en 1870 à la princesse Glotilde qu'elle n'était pas pour rien, fille de la maison de Savoie.

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