Bizet, les Pêcheurs de perles
)>. Id., ibid.
SANCTUAIUES MUSICAUX 97
sonore que nous connaissions à peine avant lui. Par lui fut honoré, j'allais écrire adoré, l'on sait avec quelle foi, quel amour, le double idéal de la musique purement reli- {fieusc, la monodie grégorienne et la polyphonie alla Palestrina. De plus, apôtre deux fois, à l'égal de l'Eglise, il aîïïïa le peuple, le servit et ne dédaigna point ses chants. Je me souviens de l'une de nos premières rencontres. C'était par un triste matin d'hiver, dans une pauvre salle, ou plutôt une mansarde attenante et comme ap[)liquée à la umraille du sanctuaire et qui servait de « psallette > aux Chanteurs de Suint-Gervais. Là, sans autre secours que sa voix, laquelle était chétive, et qu'un harmonium encore plus misérahle, mon ami me lit entendre deux sublimes pages de Schiitz : le Dialogue de Pâques (entre le Christ et Madeleine) et ce Venite ad me, omnes qui laboratis, où la musique, miséricordieuse et vraiment divine, appelle tous ceux (|ui souffrent et leur promet de les consoler. Je lisais alors la Philosophie de lu musique, de Mazzini. J'y avais appris que la devise du politique, Dio e il popolo, fut celle aussi du musicien. Le plus grave reproche que Mazzini adresse à la musique, et qui contient tous les autres, c'est d'avoir trahi sa vocation religieuse et populaire, d'avoir oublié l'amour divin et l'amour du peuple. L'un et l'autre animait les deux chefs-d'œuvre du vieux maître que Hordes me révélait, et de l'un ot de l'autre je sentis ce jour-là (pie l'àme vraiment chrétienne du jeune interprète était également possédée.
Autant il avait le sentiment, ou le « génie du chrislia-
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gS SOUVENIRS DE MUSIQUE
nisme «, autant Bordes en pratiquait les vertus. Sincèrement humble, pauvre avec délices, mais avec ma^rnificence, oublieux et désapproprié de lui-même, sa foi souleva des montagnes et la fermeté de son espérance n'eut d'égale que l'ardeur de sa charité. Le jour de ses funérailles, nous suivions en esprit l'Oraison dominiiale que le prêtre, tout bas, récitait à son intention. Et nous songions que d'abord il a vraiment sanctifié le nom du Père qui est aux deux. Dans le domaine, ou dans l'ordre esthétique, il a tout fait pour que Son règne arrive. Parce qu'il ne demandait au Seigneur que son pain quotidien, celui-ci du moins ne lui manqua jamais. Comme il pardonnait à ceux qui l'avaient offensé. Dieu lui pardonnera ses offenses et par lui, pour lui, tous les vœux du Pater seront accomplis.
Après Saint-Gervais, comment pourrais-je oublier un autre sanctuaire, asile peut-être plus vénérable encore de la prière et de la beauté ! Par une injuste loi, toutes les deux en ont été iiannies. Solesmes est désert aujourd'hui. Ses voûtes sont muettes, ses parterres délleuiis, « et de Jérusalem l'herbe cache les murs » . Il y a vingt-trois ans, sur la foi d'une vieille lettre de Louis Veuillot à l'un de ses amis, j'allai passer quelques jours à l'abbaye. Veuillot ne mentait pas : ils m'ont valu " des mois d'études ». J'ai été « reçu chrétiennement, c'est tout dire i> On m'a logé dans Il une des chambres qui donnent sur la campagne et sur la rivière » ; « d'un côté j'ai entendu chanter les oiseaux, de l'autre, les moines. » J'ai joui ' de la beauté des olfices. La science ici est douce et généreuse; le savant ne garde pas