SANCTUAIRES MUSICAUX
sa trouvaille pour garnir un rapport à l'Académie. Comme c'est A Dieu qu'il a fleniandé la science, il sait qu'il ne l'a reçue que pour la donner et il la donne. Oh ! que ces hommes savent, et savent humblement, et enseignent cordialement ! » Encore plus que leur science, c'est leur art qu'ils m'ont donné. Je leur ai dû la révélation du plain-chant, ou du chant grégorien. Et je ne crois pas avoir éprouvé de ioie, d'émotion plus profonde, en toute ma carrière de musicien.
A Solesmes seulement, beauté et vérité me sont apparues inséparables. Là seulement j'ai trouvé dans la musique, non pas une imitation plus ou moins fidèle, mais en quelque sorte un mode, le mode supérieur, essentiel, de la vie. Et de la(iuelle ! En toute circonstance, à tout moment de cette vie, supérieure elle-même, et surnaturelle, le chant des reUgieux et des moniales de Solesmes n'emprunte, ne simule et n'aflecte rien. Rien n'y est fictif ou figuré. Ces grands artistes véridiques ne représentent jamais : ils vivent encore une fois, ils sont. Leur art ne se distingue pas de leur Ame, il est le fond et la substance de leur être. Oh ! si nous pouvions, si nous savions, ne fût-ce que pendant une semaine, et de loin, de très loin, leur ressenddei', la vérité qu'ils adorent et la beauté qui se confond avec elle nous paraîtrait à nous aussi la seule digne de notre croyance et de notre amour.
A Solesmes, un jour de Saint-Jean, de Saint-Jean d'été, et pendant quelques jours encore, j'ai souhaité, j'ai cherché naguère — humblement — cette ressemblance, et j'ai
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recueilli ces leçons Les fils de saint Benoît avaient fait de moi leur hôte, leur compagnon et leur disciple Gardiens millénaires d'un idéal esthétique et reUjjieux. ils m'en révélaient le mystère par une initiation pleine de douceur. Quelle école était la leur ! Et quelle suprême harmonie la nature environnante ajoutait à la beauté de lenrs enseignements et de leurs exemples ! Je crois toujours les voir et les entendre, dans le paysage familier, grave et charmant comme eux, où se mêlait, à la française, les grâces tempérées de la terre, du ciel et des eaux. Tous ces biens leur ont été ravis. La France elle-même, le suprême bien, n'est plus leur. Sur une autre terre, d'exil mais de liberté, qui les a noblement accueiUis, ils n'ont perdu ni l'espoir ni l'esprit de retour. Contant la vie de saint Grégoire. .Montalembert a rapporté cette légende : une nuit que le pontife donnait. « l'Eglise lui apparut sous la forme d'une muse magnifiquement parée, qui écrivait ses chants et qui en même ten)ps rassemblait tous ses enfants sous les plis de son manteau. Or, sur ce manteau était écrit tout l'art musical, avec toutes les formes des tons, des notes et des neumes, des mètres et des symphonies » Aujourd'hui les enfants de notre patrie se sont vu dépouiller du manteau mélodieux II s'est rencontré des Français pour ne plus permettre qu'avec l'air natal, avec l'air de France, des lèvres françaises, pures entre tuules, forment d'admirables chants Je les ai vus là-bas, au bord des Ilots étrangers. Si je ne dois plus les revoir je veux du moins leur renouveler ici l'hommage de mon respect, de mon admiration