SANCTUAIRES MUSICAUX
fidèle, et mes nclions de grâces pour tous les biens que j'ai reçus d'eux naguère, alors qu'ils habitaient parmi nous.
J'ai souhaité souvent un livre, un beau Hvre, sous ce titre et sur ce sujet : Rome et la musique. « A Rome, à Rome ! « s'écrie Tannhâuser. Cri d un pénitent, qui devrait être plus souvent celui des musiciens. On prétend aujourd'hui (jue Rome n'a rien à leur dire. iMieux vaudrait leur apprendre à l'écouter. Pour moi, je ne me suis jamais lassé de I entendre Les souvenirs ou les échos de ses voix sans nombre sont de plus d'une sorte : il en est de profanes et de sacrés, les uns lointains et les autres d'hier. Dans le jardin de la délicieuse villa Mattei, sur un banc de pierre, on lit ces mots : « Voici la place où saint Philippe aimait à s'entretenir avec ses disciples des choses de Dieu. » Ils parlaient, pri ient et sans doute chantaient ensemble devant un horizon lui-même divin El ego. . Par les beaux soirs de printemps, assis à la place où le créateur de l'oratorio se reposa, j'ai songé que le Cœlius, où l'étais, vit naître saint Grégoire et [)orle son église encore. A gauche, en me penchant un peu, j entrevoyais les montagnes de Sabine, qui furent la pairie de Paleslrina En face de moi bleuissaient les collines albaines, d où (larissimi descendit à son tour. C est peut être assez de grandes mémoires pour la rêverie d un nmsicien et pour son étude, pour ([u il reconnaisse et qu il honore dans Rome, autour
I02 SOUVEMUS DK MUSIQUE
de Rome, plus d une origine et plus d'un sommet de son art.
Quelque endroit où toujours Soient les nuits très sereines Et lumineux les jours.
Un jardin, de l'espace
Calme, la douce odeur des pins sur la terrasse.
C'est une mélodie de Raoul Laparra. Elle chante la villa Médicis, " la Villa ", comme on dit là-bas, entre Français de Rome ou Romains de France. Là j'ai connu jadis, et tout de suite reconnu pour un musicien dramaticpie, le musicien, très jeune alors, do la Habanera.
Je le rencontrai d'abord cbez un de ses camarades. On dînait gaîment dans l'atelier aux murs blancs de cbaux, tendus çà et là de ces tapis de laine rude ([ue lissent les paysans de la Sabine. Des bougies, des lanternes de papier éclairaient le repas. On parla de tout, même de musique. Le musicien venait de passer ^élé dans une des îles de l'Archipel. Etait-ce Naxos, ou Délos. je ne sais plus. .Mais j'entends encore de j)oéliques récils : le premier abord de ces rives fameuses et l'accueil d'un vieillard saluant le jeime étranger par ces mois homcri(pies : « Que t'ont les rois ! Et y a-t-il encore des guerres '? » Puis c'était le travail parmi les ruines éclalantes, et l'écriloire, le papier à musique posé sur le tambour écroulé d'une colonne de marbre. Je me souviens aussi d'une [inrlie de chasse, en mer, et