SOUVENIRS ])E MUSIQUE
d'un coui) : « Attendez, je vais les rajeunir. Accompagnezmoi seulement ». Et d'une voix pure, plus éclatante (jue jamais, toute la soirée, elle chanta. Nous étions réconciliés. Peu de jours après, nous chevauchions côte à côte dans la montagne. Un groupe de promeneurs la reconnut au passage. <i C'est la Nilsson », fit l'un d'eux. En riant, elle se retourna sur sa selle. Une fusée de notes etincelaales jaillit de ses lèvres, et iièrement elle reprit : h Oui, c'est la Mlsson 1 ■■
Pour désigner une chanteuse de théâtre, les Italiens disent cominunénienl une «' prima donna ». Ce beau nom, trop beau pour la plupart, une Gabrielle Krauss entre toutes mérita de le porter. Aux Italiens, à l'Opéra, jus- (ju'au terme de sa longue carrière, elle exerça vraiment sur la scène lyrirpie une sorle de primauté féminine. Mieux que nulle autre elle connut et révéla le secret des plus nobles douleurs. Alceste et Norma, Selika, Aida, Sapho, surtout Sapho, la Krauss fut. avec une tendresse magnanime, chacime de ces héroupies mourantes. El son deuil lilial égalait au moins ses deuils d'amour. A genoux devant le cadavie du Commandeur, ce n'est pas à la tragique orpheline (|ue l'on eût pu dire, comme (it Garât naguère h certaine Donna Anna médiocrement émue : > Eh ! cpioi, Madame, si froidement ! (Juand le corps est là ! » Belle de jiassion, de désespoir ou de colère, elle savait l'être aussi, pput-èlre davantage, de tenue ou de retenue. Apollon, plutôt que Dionysos était son dieu. Parlant d'une artiste (]ui venait de chanter l'Invocation à Vesla, de Polycucle,
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Gounod déplorait qu'il lui manquât « ce cachet définitif de grande autorité que le (jénie du dessin peut seul donner. C'est le grand écueil des chanteurs : ils n'ont pas reçu d'éducatiuii esthétique. La puissance de la sérénité leur est inconnue et la faussse chaleur de l'agitation leur cache la chaleur vraie de la tran([uillité ». Prenez le contre pied de ce jugement et vous aurez défini le principal caractère et comme la vertu maîtresse du talent de la Krauss. Au concert encore plus qu'au théâtre, elle était admirable d'autorité, de dignité de calme et souveraine grandeur. Son chant, sa physionomie, son attitude, tout en elle exprimait et répandait autour d'elle je ne sais quelle paix auguste. Elle s'étonnait un peu de m'entendre souvent lui répéter : « Ce que j'aime en vous par-dessus tout, c'est que vous êtes tranquille. » Mais l'éloge ne lui paraissait plus aussi mince quand j'y ajoutais les paroles d'Eschyle : « Une âme sereine comme le calme des mers, »
Ukli.aigue. — Souvmii.s.