‹ Souvenirs de notre tour du monde;Chapitre 11 sur 73 · DIIOLIH K · texte numérisé non relu

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Un pareil mouvement d'hommes et d'animaux n'cst-il pas extraordinaire pour une excursion de huit jours ? Et n'est-il pas étonnant de penser qu'en faisant figurer tous les sahebs à part, et au même rang, on trouve une moyenne de plus de trente serviteurs pour chaque maître? Songe/, un peu ce que cela eût été si la maliarani, suivie de tout son monde, s'était jointe à la caravane, comme elle l'a fait à Noël ! Il est vrai d'ajouter que les serviteurs ne se fatiguent pas plus que de raison. Ainsi les porteurs d'eau chargés de remplir les tubs de la compagnie ne font-ils aucun autre travail que celui-là -, et quand ils ont arrangé ou vidé les bains, ils se reposent de leurs labeurs en dormant !

Conformément au programme établi par le colonel, notre chef à tous, la marche des bateaux, des chasseurs et des caravanes se règle de façon à réunir tout le monde vers la fin de la journée à l'endroit choisi pour le campement. Vers huit heures du matin, les chasseurs, après avoir pris un premier déjeuner sur les sables encore tout couverts de brume, sont déjà partis par groupes, pédestrement ou à cheval, suivant les nécessités, et accompagnés par les chikaris afghans. Peu de temps après, les bateaux se mettent en marche vers le camp suivant. Les koulis, ayant saisi les cordages réunis au mât de chaque embarcation, s'échelonnent sur les rives, et tirent en avant. Au bout d'une heure, tout le petit village Hotte, et sur les sables on voit suivre la cavalerie.

Les chasseurs ne rentrent pas à heure fixe, quelquefois pour tiffin, souvent aussi plus tardivement, quand la poursuite de quelque antilope fait oublier la faim. Tout le pays que nous traversons est très nu, accidenté, et entièrement coupé par des ravines et des trous. De grandes étendues de sables séparent de chaque côté la rivière des collines arides, découpées en pointes bizarres, et jusqu'au sommet desquelles montent les eaux au moment des pluies. Au milieu de ces sables et de ces accidents de terrain, la marche ne tarde pas à devenir assez fatigante, et la

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chasse reste toujours difficile, car le gibier, très sauvage, se lève loin.

Quand nous regagnons nos demeures flottantes, nous trouvons tous les bateaux rangés le long de la rive et réunis aux sables par de petits ponts de planches : en tète le bateau-cuisine, puis le bateau-salon, celui du colonel et les autres. Sur la vaste plage adjacente se groupent les éléments du camp-, au loin, sur la bordure des escarpements, se trouvent les quartiers des chevaux et des éléphants et les tentes de la troupe; plus près et de tous côtés pétillent des feux de branches moites sur lesquels cuisent les popotes indigènes dans des vases de terre; tout autour, des koulis sont accroupis en cercle. Pelotonnés dans des toiles grises, dès que le soleil n'est plus là pour réchauffer leurs membres demi-nus, ils s'asseyent à la manière hindoue, les bras allonges et appuyés sur les genoux, tandis que les pieds seuls reposent à plat sur le sol; et ils restent ainsi à rêver, immobiles, jusqu'au moment où ils s'étendent pour la nuit sur le sable. A six heures, tinte mélancoliquement la cloche qui appelle aux pratiques de dévotion, et bientôt après retentit en sons éclatants le cornet à pistons du rana jouant son air écossais favori...-

Dans le bateau-salon, garnidu porte-fusils et d'une petite bibliothèque cynégétique, les soirées sont gaies, grâce à l'entrain des convives déjà nommés, d'un second ingénieur anglais, M. Gahan, et de sa femme, une infatigable sporting-woman qui nous accompagne partout. Pour la nuit on convertit le grand bateau en dortoir des jeunes, car les petits bateaux sont plutôt destinés à servir de cabinets de toilette. Nos boys étendent matelas et couvertures sur les planches, et nous nous endormons au milieu d'un murmure de conversations hindoues et des ronflements des chillums* les pipes à eau des indigènes....

Le lendemain, le camp se met en mouvement tout doucement, comme il s'est établi, sans désordre et avec la nonchalante

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ardeur caractéristique de ce pays où personne ne se hâte Quand tout ce monde cric et hurle, c'est pour faire croire qu'il se donne beaucoup de mal.

Dholpur, jo janvier.

Notre campement à Bassaï a duré deux jours, rabaissement des eaux nous ayant empêchés d'aller plus loin à cause des rocs qui encombrent la rivière en cet endroit.

Le rana venait pour la première fois dans ces parages; aussi les chefs des villages environnants accouraient-ils lui présenter leurs hommages. Dans la campagne les indigènes voyaient, pour la première fois aussi, des visages européens, et les femmes se voilaient à notre passage en se détournant vivement. Partout cependant on nous accueillait avec de grands égards, et je me souviendrai en particulier de la bonhomie timide d'un brahminc échcvclc et peinturluré qui nous offrit, à l'ombre d'un buisson, quelques bonbons et du lait. Il parut émerveillé de recevoir une roupie en remerciement de ses rafraîchissements.

Les excursions aux alentours de Bassaï ont été particulièrement fructueuses. Édouard personnellement a remporté un grand succès en tuant un magnifique crocodile de douze pieds de long, qui dormait sur les rochers, et qui eut le bon esprit de ne pas plonger dans les eaux à sa première blessure. Une quinzaine de koulis sont allés le chercher. Tout le camp était en émoi à leur retour. Les tanneurs dépecèrent aussitôt l'amphibie, car Édouard tient à emporter la peau et à vous la montrer un jour.

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Mais on ne découvrit dans son estomac ni bagues ni bracelets, ce qui prouverait peut-être qu'il n'avait pas de vie humaine sur la conscience....

Maintenant, hélas ! les bonnes journées de cette vie délicieuse en plein air sont écoulées, et le grand salon embaumé de la rcsidency nous réunit de nouveau en habit et cravate blanche pour dîner. Voici quel a été le résumé de notre chasse : cent cinquante pièces apportées au camp, dont vingt-neuf black-bucks (antilopes et chikari-bucks), des grouses, des brahmini-ducks et des oies sauvages, des lièvres, des perdrix, des cailles, des vautours et des hérons; un peu de tout, comme vous voyez.

Depuis deux jours nous avons parmi nous un hôte de plus, lord Durham, qui nous a rejoints au camp de Chylpura. 11 vient passer l'hiver aux Indes uniquement pour une série de grandes chasses. Son arrivée va provoquer de nouveaux plaisirs pour le rana, qui, aussitôt après notre départ, commencera avec lui une autre expédition dans l'intérieur du pays.

A peine rentré à Dholpur, le rana, toujours bouillant, organisa avec ses sirdars un polo-match et une course d'obstacles sur son petit « Longchamp » particulier. 11 fit atteler son fourin-hand pour les spectateurs et le fit conduire par le fils d'un de ses cochers, un gamin de douze ans, haut comme une botte, qui mène avec un aplomb et un flegme incroyables. Sur le mail trônait à côté de nous un charmant spécimen de la race hindoue. C'était un jeune cousin du rana; il avait une robe bleue à rayures claires, un collier d'or au cou, dans l'oreille droite un anneau avec pendant d'émeraude, et sur ses cheveux noirs un petit turban jaune crânement posé. C'était un ravissant tableau que ce bel enfant dont les yeux superbes, curieux et doux, ombragés de longs cils, éclairaient une figure brune aux traits réguliers et d'un ovale parfait.

Le lendemain il y eut un pig-sticking monstre, auquel prit

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même part Mme Gahan. Apres le rapport des chikaris envoyés à la découverte des sangliers, on partit vers midi avec douze gardes du corps. Arrivés sur le terrain, les cavaliers se postèrent, la longue lance au poing, de façon à surveiller les trois côtés du champ de mate, dans lequel s'avançaient à grand bruit une trentaine de rabatteurs. Après une attente relativement courte, tandis que redoublaient les cris des kouiis et que les chevaux énervés piétinaient d'impatience, l'animal déboucha subitement entre Néhal Singh, Locky et Edouard, et prit en biais sa course par la plaine. Aussitôt tous les cavaliers donnèrent de l'éperon et se lancèrent à fond de train en avant.

A travers les hautes herbes qui s'accrochaient dans les étriers, sur un terrain affreux, rempli de trous et semé de puits taris, à demi cachés par des branches et des feuillages, la chasse était dure et périlleuse. Le rana s'était fort aimablement effacé en faveur de ses hôtes, de sorte que l'intérêt de la poursuite s'engagea entre Locky et Edouard. Ce fut ce dernier, admirablement servi par Blue-Peter, un des meilleurs sauteurs du rana, qui rejoignit la laie, et le premier la toucha à l'épaule, remportant ainsi les honneurs tant désirés du Jirst spear. Grièvement blessée, la bête s'accula, et d'un vigoureux coup de défenses ouvrit la jambe de Bluc-Pcter avant de succomber sous d'autres lances meurtrières.

Le cheval changé, on repartit pour découvrir un autre animal annoncé, que Louis servit cette fois.

Pour clôture brillante de nos impressions indiennes de Dholpur, nous avons vu le rana en grand costume hindou. Il nous fit la surprise d'apparaître au salon après dîner, paré d'une partie des bijoux de son trésor. Il portait son costume de durbar: vêtement étroit de satin saumon à parements bleu de roi et or, écharpe bleu ciel autour des hanches et petit turban clair. Une demi-douzaine de colliers, les uns plus longs que les autres, pen-

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daient sur sa poitrine, la plupart en perles entremêlées de cabochons d'émeraudes, l'un d'eux supportant une émeraude grande comme un œuf de pigeon. Mais le collier le plus précieux était tout en perles, aussi grosses que de belles noisettes, et serré au cou au-dessus de tous les autres.

Comme il n'avait pas mis sur lui la collection complète nécessaire au costume, il nous montra tout simplement le reste à la main. C'étaient de longs pendants d'oreilles en grappes de perles, de rubis et d'émeraudes non taillées, une aigrette en diamants avec un magnifique rubis, une longue chaîne de perles se portant en sautoir, que sais-je encore ? Le tout eût représenté un assortiment de pierres précieuses assez considérable pour remplir toute la vitrine d'un magasin de la rue de la Paix.

Agra, le 28 janvier.

Je termine ici cette lettre au lendemain de notre départ de Dholpur. Le rana et le colonel nous ont tous deux accompagnés à la gare, où les adieux ont été très affectueux. Sans trop nous flatter, je crois pouvoir dire que nos regrets étaient partagés, car l'excellent colonel nous a pris en vraie amitié, ce que nous lui rendons bien du reste, et Néhal Singh a été envers nous de jour en jour plus aimable et bienveillant. Dholpur nous laisse donc des souvenirs qui resteront, sans nul doute, les meilleurs de notre séjour aux Indes....

Go

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