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L'ile de Java se compose do 22 provinces

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des parties plus pittoresques, au milieu de bois touffus, sont cachées de jolies cases indigènes, dont les parois sont en bambou et recouvertes de nattes tressées. De tous côtés apparaissent devant les habitations ou sur les chaussées des koulis chargés du balancier qui supporte à chaque extrémité de lourds fardeaux très adroitement superposés. Ce sont tantôt de gigantesques bottes d'herbe fraîche maintenues dans des triangles de bambou, tantôt des corbeilles rondes remplies de volailles remuantes, ou bien encore des charges de ces fruits savoureux, tant vantés à tout nouvel arrivant, tels que les manggistans, doerians, ananas, pisangs, fruits excellents sans doute, mais qui n'égalent pas la finesse et le parfum de la plupart de nos fruits d'Europe.

Hier matin, à six heures et demie, nous galopions en voiture à quatre chevaux vers Katta-Batoe, une source renommée des environs, aménagée en piscine; la taxe d'entrée y est prélevée par un caissier chinois. La campagne nous apparut charmante, avec ses rizières coupées de petits bois et ses lointains de montagnes. Sur la route, il y avait un va-et-vient considérable, peu de chariots, mais grand nombre de ces porteurs trottinant avec leurs charges Beaucoup d'entre eux semblaient les trouver bien lourdes. Quand nous passions, ils se prosternaient tous sur le bord du chemin, laissant leurs fardeaux toucher terre et abaissant leurs grands chapeaux jaunes ou rouges en forme de boucliers.

Nous croyions tout d'abord qu'ils s'accroupissaient ainsi pour se reposer, mais comme ces prosternations se répétaient continuellement, nous avons compris qu'elles s'adressaient bien à nous Européens, et qu'elles étaient dues à notre fringant équipage. Pour la première et sans doute la dernière fois de notre vie, nous passions comme des souverains devant une population respectueusement inclinée ! . . .

Mais rassurez-vous, notre modestie ne sera plus mise à pa-

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reille épreuve ; car, information prise, nous savons à quoi nous en tenir sur ce semblant d'antique humilité javanaise qu'on ne rencontre qu'ici. Elle est entretenue par le Hollandais sur les plantations duquel nous passions, et qui exige des indigènes, paraît-il, le culte des anciennes traditions. Ailleurs, un souffle d'esprit moderne a déjà vaincu des coutumes surannées.

Munis d'une carte du gouverneur pour le docteur B..., nous avons visité aussi le nouvel établissement d'aliénés aménagé d'après les derniers perfectionnements européens pour recevoir plus de 5oo malades des deux sexes.

Puis nous avons parcouru, à côté, le jardin et la ménagerie du docteur Tyscman. L'ancien directeur du jardin botanique a organisé autour de sa retraite un véritable parc d'acclimatation des plus intéressants. En dehors du contingent habituel de cerfs, faisans, coqs des bois, pintades, pécaris, perroquets et colombes que l'on voit ici chez tant de particuliers amateurs d'animaux, M. Tyscman possède une remarquable collection de singes. Les plus beaux sont trois orangs-outangs et deux singes à nez. L'air grotesque de ces derniers me paraît difficile à décrire, à moins de faire des comparaisons par trop blessantes pour l'espèce humaine en général, et certains individus en particulier. Ah! quels nez ! des nez gros et longs comme de grosses poires, ajustés audessous de petits yeux vifs et clignotants.

En contemplant ces spécimens de la race quadrumane, il était difficile de ne point établir de rapprochements entre eux et les orangs malais {orang signifie homme) qui peuplent l'ouest de Java. Ce sont les mêmes tailles très longues, les mêmes jambes courtes, les mêmes membres extraordinairement vigoureux et musclés. Quelle ressemblance aussi dans ces têt^s larges, ces pommettes saillantes, ces nez épatés, ces yeux brillants et tout petits! Darwin, assurément, aurait trouvé ici un vaste champ d'études à exploiter

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A bord du General Pech i" mai.

Le jour où je terminais ma dernière épitrc, nous dînions au Palais. A notre entrée dans le grand salon blanc, simplement garni de rideaux de mousseline, le lieutenant de service et le lieutenant-colonel aide de camp nous présentèrent tout de suite aux convives, une quinzaine environ. Quand parut le gouverneur, il fit très gracieusement le tour de l'assemblée, adressant un mot aimable à chacun.

Le dîner eut lieu dans la grande salle des fêtes, à colonnes et dôme, brillamment éclairée et résonnant des sons d'une musique militaire. Il fut servi par desspadas coiffés de turbans-mouchoirs d'un brun-jaune; ils avaient des gants blancs et marchaient nupieds. Parmi les dames se trouvait une jeune personne d'une vingtaine d'années, tout récemment encore institutrice dans la famille du résident de Buitenzorg, et à ce moment fiancée de ce même résident, père d'une grande jeune fille qui se trouvait un peu plus loin. La dame d'honneur, ma voisine de table, ne manqua pas de me faire remarquer la similitude d'âge de la jeune fille et de sa future belle-mère, et elle ajouta, en souriant malicieusement, que les institutrices font toujours « prime » aux colonies.

Même dans ce milieu officiel, les bouffées de cigare, suivant l'habitude généralement admise, étaient tolérées sur la terrasse et dans le salon, en présence des dames et du gouverneur. Ce dernier se retira à dix heures et demie, et nous nous éclipsions ensuite, fort satisfaits de l'accueil très bienvdllant qui nous avait été fait.

Le lendemain, nous nous mettions en route pour notre pre-

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mière expédition, une tournée aux alentours des volcans; elle nous conduisit en quatre jours aux étapes de Soekaboemi, Tjandjoer et Sindanglaya. Jusqu'à Soekaboemi (prononcez ou tous les oe) la ligne de chemin de fer est terminée. Au delà, elle reste en construction ; elle doit traverser un jour l'île dans toute sa longueur et couper horizontalement les lignes verticales qui fonctionnent déjà depuis longtemps, en partant de Samarang et de Soerabaya.

Entre Buitcnzorg et Soekaboemi, on passe par la belle vallée qui sépare le Salak du (iedeh; au delà il faut continuer en karren, véhicules fort incommodes, attelés de trois chevaux et où l'on ne tient que deux. Sur tout le parcours, la route est tout à fait jolie, gaie et animée; elle traverse cette belle province du Préanger, la plus fertile de Java. Ce ne sont que plaines verdoyantes et riches cultures, bien diflérentes des rizières restreintes de Ceylan; elles ressemblent plutôt à de vastes pâturages normands et s'étendent jusqu'au pied des montagnes vertes et boisées qui bornent l'horizon. Des cotonniers jalonnés à distances égales servent de poteaux télégraphiques. De loin en loin surgissent des hangars couvrant la route en travers; sous leurs toits pointus recouverts de tuiles rouges, et supportés par des piliers peints en blanc, les porteurs fatigués et de petits marchands de victuailles trouvent un abri momentané. Assis là au repos, ou avançant sur la route au pas accéléré, les nombreux colporteurs indigènes et chinois sont chargés de mille menus objets modernes, et vendent en particulier des allumettes suédoises, très appréciées par les Javanais.

Les hameaux et les villages se suivent de près, avec leurs huttes de bambou uniformément brunes, clôturées de haies au milieu desquelles s élèvent de petites arches d'entrée. Les toits sont de chaume, et les façades généralement ouvertes. Elles semblent autant d'étalages où le passant achète à bon marché des

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provisions de bouche, des fruits et des légumes. De tous les coins sortent des enfants nus, espiègles et craintifs à la fois, fuyant à l'approche des étrangers, pour se cramponner au sarong maternel. A les voir si jolis de membres et de visage, on ne soupçonne guère qu'un jour ils seront laids comme leurs père et mère.

Le nombre de femmes chargées de nourrissons est incroyable ; elles les portent sur la cuisse en les soutenant par une écharpe solidement attachée, qui sert en même temps de vêtement à ces petits paquets vivants. Il arrive fréquemment que des enfants paraissant avoir de deux à trois ans et qui courent gaiement sur la chaussée, se réfugient dans l'écharpc vide et réclament avec insistance un rafraîchissement qui n'est plus de leur âge. Les mois de nourrice comptent double ici ! Mais quelle mine ont les malheureuses mères! elles sont hideuses dès le premier rejeton. Tout le monde mâche du bétel et fume sans relâche, hommes, femmes et même certains bambins. Combien de mères n'avons-nous pas déjà vues nonchalamment adossées à leurs cabanes et aspirant une cigarette du bout de leurs lèvres noircies, tout en allaitant leur dernier-né !

A Tjandjoer, à 1 800 pieds au-dessus du niveau de la mer, il y a une assez bonne case-auberge, préférable à celle de Soekaboemi et tenue par un Hollandais qui parle un peu allemand. Sindanglaya est situe à 3ooo pieds-, c'est le sanitarium des provinces occidentales; on y envoie les gens convalescents, les anémiques, les fiévreux. Il y a là un grand hôtel-établissement qui comprend une spacieuse maison à balcons de bois, puis de petits chalets détachés dans un jardin où des familles peuvent s'installer pour toute une saison. Le gouvernement subventionne l'établissement pour les militaires qu'il y envoie. Les sous-oftkicrs et soldats occupent de grands bâtiments-casernes adjacents, et peuvent y trouver place jusqu'à concurrence de deux cents environ. Nous en avons rencontré plusieurs le soir, sur la route, le long des

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cabanes indigènes, vêtus de longues capotes et coiffés de hauts képis. Ils saluaient tous fort poliment, mais que leurs mines pâles, émaciées, faisaient peine à voir !

A cette époque de l'année, défavorable au séjour de Sindanglaya, l'hôtel était presque vide. Le temps, peu engageant, demeurait couvert, brumeux ou pluvieux. Toutefois, nous sommes restés là-haut une journée et demie, l'hôtelier nous ayant promis des merveilles d'une chasse aux paons et aux sangliers; cette expédition finalement n'aboutit à rien, par la faute des rabatteurs, aussi peu intelligents que maladroits...

Le 39, nous rentrions tout d'une traite à Buitenzorg en quatre heures de voiture. Ce fut le trajet le plus attrayant de cette excursion; une montée très ardue nous mena à 45oo pieds d'élévation, au passage d'un col de montagne. Là nous avons joui d'une vue magnifique sur les plaines du Préanger, que nous venions de traverser pendant trois jours, et sur le sommet du Gedeh, dont nous apercevions à droite le cratère. De là une merveilleuse forêt tropicale nous tint compagnie pendant la descente; des fougères arborescentes émergeaient de tous côtés au-dessus des broussailles et sous les dômes d'arbres vigoureux.

Après un rapide déjeuner, nous reprenions le train pour Batavia, afin d'y coucher et de nous embarquer le lendemain dimanche, à la première heure, sur le steamer le General Peel, à destination de Samarang.

Quelle bizarre compagnie que celle qui prit la mer avec nous ! Des Hollandaises endimanchées, des Hollandais avec l'éternel cigare à la bouche, des soldats d'infanterie en déplacement, déménageant chacun avec sa « brune illégitime » et un mobilier compliqué de menus objets, quel singulier mélange de supérieurs et d'inférieurs, d'Européens et d'Asiatiques, unis les uns aux autres par les liens de cette bonhomie spéciale aux gens du Nord !

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