‹ Souvenirs de notre tour du monde;Chapitre 24 sur 73 · SINGAPOUR · texte numérisé non relu

SINGAPOUR

Pour le voyageur qui, comme nous, ne séjourne que peu de semaines, à la meilleure époque, alors que tout y est frais et verdoyant, Java est le type d'un pays admirablement cultivé jusque dans ses moindres recoins. La production y est riche, abondante et rivalise avec la magnificence du paysage. De plus toutes les beautés naturelles de l'île sont mises à la portée de chacun par des voies de communication faciles et par les commodités des hôtels, dont tous les propriétaires comprennent l'anglais, l'allemand ou le français...

Singapour, où se coudoient toutes les populations de l'Orient, nous apparut cette fois dans tout son aspect de caravansérail universel. Après le paisible Java où le fanatisme est mort, où les idées exclusives semblent endormies, où tout revêt une teinte adoucie, on retrouve à Singapour, au croisement de tant de voies maritimes, des contrastes incessants qui culminent dans les oppositions fournies par les éléments indiens et chinois. Les uns, au nombre de 20000, avec leurs coiffures voyantes, leur peau noire et leurs regards voilés, représentent ici tout le vif et pittoresque coloris de THindoustan, tandis que les autres (les plus nombreux puisqu'ils se chiffrent à 90000) donnent Pavant-goût de l'universelle monotonie de leur pays, avec leurs vêtements uniformément disgracieux et les nattes tressées de blanc et de rouge qui pendent derrière leurs malignes et intelligentes physionomies.

S'il nous reste encore à connaître la Chine même, que nous connaissons déjà bien ses industrieux enfants! ces * rongeurs » de l'Orient, répandus et progressant partout où leur présence est tolérée. Satisfaits des moindres bénéfices, vivant parcimonieusement, tous ces Célestiaux qui quittent si facilement leur empire débordant d'habitants, transplantent fidèlement leurs coutumes et leurs traditions à Calcutta comme à Maurice, à

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Saigon comme à Batavia, pour travailler sans rehkne jusqu'au jour tant attendu où leur situation leur permettra d'aller retrouver les pénates abandonnés. Les unions même qu'ils contractent avec les femmes des pays envahis (car les femmes chinoises ne quittent jamais leur patrie) ne les empêchent pas d'instituer à leur foyer le culte vénéré des ancêtres et d'élever leur progéniture tout comme si elle était issue du plus pur sang chinois. A Singapour, par exemple, on voit par milliers de ces bambins aux types mélangés, mais vêtus dès leur première enfance selon la mode de leurs pères, et portant déjà sur leur occiput le rudiment de la tresse future*.

Bon nombre de Célestiaux sont parvenus loin de chez eux à des positions exceptionnelles. Témoin le très connu et richissime Wampoa, dont la demeure et le jardin à Singapour comptent parmi les curiosités principales de la ville. On y trouve quantité d'objets d'an et de luxe, ainsi qu'une collection surprenante d'arbrisseaux, rangés le long de plates-bandes rcctilignes et taillés en toutes sortes de formes de plantes, d'édifices, de vaisseaux, de personnages ou d'animaux.

Pouvant profiter enfin d'un arrêt prolongé dans le grand port, siège gouvernemental des colonies anglaises des Straits Scttlcments, nous avons visité ce jardin et nous avons parcouru la ville en général. Elle s'allonge jusqu'à une distance de plusieurs milles sur la côte de la petite île du même nom. Près de la mer, au sud, est situé le quartier des affaires, au milieu duquel vient d'être construit un club magnifique. Non loin de là se trouvent les administrations gouvernementales, le palais de justice, la cathédrale de Saint-Andrew, etc. Les habitations des résidents européens rayonnent dans un cercle étendu et demicampagnard, où abondent beaux arbres et jardins. Les équipages et les toilettes des Européens qui circulent dans les allées du superbe parc public, viennent transporter à deux pas de Java

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