DE SINGAPOUR A HONGKONG
toutes les habitudes de la vie anglaise, si différentes de celles qui régnent là-bas.
Le 27 à la première heure, Ylraonaddy, autre grand vapeur français, nous a pris à bord. Hendcrson et Andrew sont venus nous faire leurs adieux, car c'est là que nous nous sommes séparés d'eux pour les laisser s'embarquer, quelques jours plus tard, sur un vapeur allant à Calcutta par voie de Rangoun et de Birmanie. Le boy de Charles l'eût volontiers suivi plus loin, mais mon vieux Hindou qui commençait à se trouver, à son âge, bien loin de sa masure et de sa famille, parut enchanté de retourner dans ses foyers. Du rc>te, il n'aurait pu me servir avantageusement dans les centres nouveaux que nous allons traverser.
Ulraouaddy vient de nous déposer à Saïgon pendant vingtquatre heures, et nous longeons à présent les côtes montagneuses de l'Annam, espérant arriver à Hongkong dans deux jours. Notre société à bord n'a rien de bien attrayant, pas plus que notre commandant. Je garderai même longtemps en mémoire l'aménité du commissaire, un monsieur auquel j'apportais cependant tous les meilleurs compliments d'un de ses amis de Singapour. J'entrai en rapport avec lui à l'heure du premier déjeuner, et à l'instant même où j'enjambais le banc pour prendre ma place :
« Monsieur, avez-vous une chemise ? » me dit-il. « Comment, une chemise? » Je ne comprenais pas. .< Parfaitement, monsieur, une chemise! Je ne vois pas la vôtre, et comme le commandant tient absolument à voir les chemises de ses passagers, il faut que vous en mettiez une si vous n'en avez pas, ou que vous me montriez le col et les manchettes de celle que vous portez »
La leçon était assez singulière ; pour la première fois depuis que nous portons nos vestons blancs des Indes, admis jusqu'à
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présent sur les vapeurs des Messageries comme ailleurs, l'un de nous tombait sous l'inculpation de tenue négligée. Ne désirant pas discuter avec des autorités aussi administrativement arbitraires, j'allai me munir du faux-col et des manchettes « d'ordonnance ». Mais j'en laissai là les relations ébauchées avec elles, car j'aurais pu tout au plus leur montrer à l'autre bout de la table certains personnages qui, fidèles à la consigne (et c'était l'essentiel}, paraissaient vouloir garder indéfiniment le même linge, et avaient soin de le laisser voir