HONGKONG
point enchinoisées, que sur les ccritcaux, au-dessous de Rozario Street ou de St Francis Lane, par exemple, on lit en lettres chinoises : f.o-sa-li-Kaï et Shing-fat-làn-s'-Hong. On ne peut que regretter que les Chinois, nés intelligents et ayant par excellence l'esprit d'imitation, soient dans l'impossibilité de s'assimiler davantage la langue anglaise, qui est actuellement la langue la plus répandue dans le monde entier, et que les influences combinées de l'Angleterre et de l'Amérique rendent partout si familière.
Puisque je cite l'Amérique, je ne puis manquer à cette occasion de constater combien à Hongkong son voisinage se fait sentir, dans mille détails insignifiants en apparence, mais qui n'en ont pas moins de l'importance. Le port héberge foule de navires américains; l'arrivée ou le départ de Y American Mail, qui fait d'ici le service direct avec San Francisco par Yokohama, prend une importance égale à l'arrivée ou au départ des malles anglaises ou françaises: sur les tables des hôtels, des clubs, les journaux américains se lisent en aussi grand nombre que les autres. Par le fait, Hongkong se trouve plus près de la grande ville californienne que de Marseille, et à égale distance environ de New- York, de Paris et de Londres. Hongkong est donc relié des deux côtés aux grands foyers de civilisation qui lui envoient directement le rayonnement des idées et des inventions les plus nouvelles. C'est la porte qui se ferme sur l'Est des Indes et qui s'ouvre sur les horizons yankees, en deçà du vaste mais direct trait d'union du Pacifique.
Une autre influence, toute commerciale par exemple, dispute aux autres la préséance à Hongkong : c'est celle des nombreuses et prospères maisons allemandes qui tiennent une grande partie des affaires en leurs mains. Partout largement représenté dans les ports d'Orient, et partout systématiquement séparé de l'élément anglais, le camp allemand de Hongkong semble plus corn-
=oo MACAO.
pact et plus tranché qu'ailleurs. Son accroissement de puissance a amené là une recrudescence de rivalités.
Combien est déchue, au contraire, l'ancienne influence des Portugais de Macao, le premier port chinois ouvert dès le seizième siècle au commerce européen! Après avoir occupé par sa situation au sud de la Chine la position florissante que vient de prendre Hongkong, Macao, fortement atteint par l'établissement du port anglais, a dès lors inauguré une ère de décadence que rien n'a pu enrayer. La colonie se maintient cependant sans coûter à la mère patrie. Sa population de plus de 100 ooo Chinois consomme de l'opium en proportion, et se livre avec frénésie aux jeux de hasard, dont l'affermage constitue un contingent d'impôts considérables pour le budget. Macao vit donc actuellement aux dépens des deux grandes passions populaires de la Chine. C'est le Monaco de l'Extrême-Orient, le Monaco qui attire de tous côtés d'avides Célcstiaux, rapidement dépouillés parfois des gains qu'un travail long et pénible dans de lointains pays leur avait procurés.
Nous avons passé deux jours à Macao. La ville a une situation charmante : elle donne d'un côté sur la mer, de l'autre sur une baie arrondie. Au milieu, des collines couronnées de fortifications surgissent avec de nombreuses tours d'églises. Mais ses rues ont un aspect de morne tranquillité, et elles montent ou descendent sans cesse entre de hautes murailles parcimonieusement percées de fenêtres à épais grillages.
La grande curiosité de Macao est la grotte du Camoê'ns, où le noble Portugais passe pour avoir composé pendant son triste temps d'exil son patriotique poème des Lusiades. Un buste du poète et des dalles couvertes d'inscriptions ornent les rochers qui représentent la grotte en question. Elle est située sur une hauteur, au fond d'un grand jardin assez mal entretenu par le propriétaire de céans, un des commerçants portugais les plus éprouvés par les revers de la colonie.