MACAO
Dans la ville, les ruines abondent; ce sont de sinistres souvenirs du typhon dévastateur qui détruisit en 1874 une partie de Macao et des quartiers entiers de Canton. A Macao on trouve en particulier des traces de son passage dans les débris des grands monuments, tels que l'église de Saint-Paul, dont il ne reste que les portiques de façade, trônant à demi écroulés sur le haut d'un majestueux escalier de cent marches.
Le sieur Hinki, propriétaire du petit hôtel fort convenable de Macao, nous indiqua la meilleure des maisons de jeux, dans la rue spéciale où elles sont toutes réunies et facilement reconnaissables aux lampions qui les décorent. Au-dessus de la porte d'entrée, un transparent porte l'enseigne suivante : a X. and C°, Gamblîng House »; on monte au premier étage dans une petite pièce, où siège un grave banquier devant une table carrée. A Pun des côtés est assis le compteur; c'est la main de ce dernier qui décide du sort des joueurs.
Ne croyez pas qu'on se serve de cartes. Voici comment se passent les choses : Au milieu de la table se trouve une petite plaque de métal de 20 centimètres carrés. Les enjeux se mettent sur les côtés 1, 2, 3, 4 de cette plaque, ou bien aussi en face de ses angles. Tandis que se font les mises, le compteur puise au hasard, dans un amoncellement de petites rondelles de cuivre percées d'un trou central, une grosse poignée qu'il place devant lui et qu'il recouvre d'une soucoupe de métal. Quand il lève la soucoupe, les enjeux doivent être terminés. 11 saisit alors une baguette, et de sa longue main effilée, étroite et osseuse comme celles de tous ses compatriotes, et d'un air impassible, il se met à ramener sur le côté les petites rondelles, quatre par quatre à la fois, jusqu'à épuisement de la poignée. Au bout de ce travail de simple arithmétique, il reste soit quatre, soit trois, soit deux, soit une de ces rondelles, et leur nombre décide du côté gagnant de la plaque centrale.