LES PALAIS D'ÉTÉ
auberges d'Allemagne. Des corbeilles remplies de prunes, de pêches, d'abricots et de mirabelles sont disposées devant les portes, et le passant y puise moyennant quelque rondelle de cuivre prise dans sa sacoche. De loin des rassemblements se forment pour voir défiler les « diables rouges », mais les femmes se sauvent à notre approche, et les enfants courent à toutes jambes. Relativement propres, — puisqu'ici un sable jaune remplace la poussière noire de Pékin, — ces marmots, souvent jolis de figure, sont bien drôles avec leurs crânes rasés, sur lesquels se dressent en Pair deux toupets liés en petites tresses avec des fils rouges! Ils sont vêtus d'une sorte de bavette qui descend jusqu'aux genoux, en enveloppant leurs jambes, et qui ressemble à une moitié de sac.
J'en aurais bien volontiers photographié quelques-uns, mais il ne fallait pas y songer, car les parents, persuadés que je causerais ainsi la mort de leur progéniture, m'auraient fait quelque mauvais parti.
Le 10 juillet, nous nous rapprochâmes de Pékin en établissant notre quartier général à Haï-Tien, assez gros bourg situé à portée immédiate des palais impériaux. Nous nous sommes logés là au temple de Lou- Pal-Miaou, qui sert à notre ministre pour ses déplacements de chasse. Le bonze gardien nous installa à côté du sanctuaire, dans deux pièces ornées de papiers de tenture qui témoignaient du passage de la légation. Là, à l'ombre d'un grand noyer qui nous abritait à l'heure des repas, nous nous sentions au moins « chez nous •>.
Rayonnant vers les divers monuments détruits par les alliés en r86o, nous sommes allés d'abord à Yu-Shuan-Shan, la « colline de la fontaine de jade ». En haut se trouvent deux pagodes, dont l'une est tout à fait en ruine. Ses vestiges de marbre rappellent encore sa beauté passée; mais elle est surtout curieuse à