LES PALAIS D'ÉTÉ
cause des grottes qui sont creusées dessous et dans le granit desquelles sont taillés des Bouddhas semblables aux Bouddhas indiens. Au pied de la pagode, on voit à rebours le panorama des murailles de Pékin ; à droite et en arrière s'étend la chaîne montagneuse sur laquelle sont éparpillés les vieux temples; en avant sont les parcs des palais détruits, et à l'horizon, perdus dans la brume, les murs et les tours de la capitale.
Wan-Shou-Shan et Yuen-Ming-Yuen sont les domaines qui concentrèrent toutes les gloires artistiques de la Chine et les plus riches trésors d'un grand peuple, saccagés en quelques jours par nos armées « civilisées ... Je sais bien qu'il s'était agi, après une trahison infdme, d'infliger à l'empire la leçon la plus propre à vaincre son orgueil; mais cette leçon, qui ressemble plutôt à un acte de vandalisme, n'a attiré sur les Occidentaux que la haine et le mépris des vaincus, sans rien diminuer de leur arrogance.
Wan-Shou-Shan, c'est la * colline des dix mille siècles! • Couverte de pagodes, elle domine un grand lac envahi par des lotus et entouré d'une massive balustrade de marbre. Une avenue longe cette balustrade et conduit au pied d'une suite de terrasses gigantesques faites en blocs carrés, qui montent par des escaliers à double évolution jusqu'à la dernière pagode, dont la toiture est de tuiles vernissées vertes et jaunes. C'est, avec l'arche de marbre qui la précède, le seul monument à peu près intact au milieu des ruines générales, où le pied ne heurte que débris de pierres et de marbres, socles fendus et monolithes crevassés, pagodes, kiosques et pavillons effondrés.
Mais Yuen-Ming-Yuen offre un spectacle plus triste encore. C'est le « jardin rond et superbe » qui renfermait les célèbres Palais d'été, la « pupille des yeux des empereurs ». Là règne la plus complète désolation 1 C'est un immense champ de ruines, dont la vue est d'autant plus navrante que ces débris sont les vestiges du meilleur art rocaille d'Europe, exécuté en Chine par