‹ Souvenirs de notre tour du monde;Chapitre 50 sur 73 · NARA. 2O · texte numérisé non relu

NARA. 2O

sa haute toiture augmente encore reflet étourdissant de cette masse de bronze. L'idole est assise sur un socle de 70 mètres de circonférence, les jambes croisées, la main droite levée vers l'épaule, et sourit béatement aux nains qui l'admirent ou l'adorent, venant journellement en grand nombre de tous les coins du pays.

Pendant que nous la contemplions, des pèlerins défilaient près de nous, beaucoup d'entre eux tout de blanc vêtus, portant au cou des chapelets et des plaques commémorâmes des dévotions accomplies dans tel ou tel autre sanctuaire. C'étaient des apparitions bien pittoresques que ces fervents, avec leurs guêtres serrées, leurs kimono retroussés dans la ceinture, leurs gourdes et leurs cannes, leurs larges chapeaux en forme de cloche, et les nattes portatives recouvrant leur dos. Suivant les usages habituels du culte, avant de prier ils passaient de l'eau sur leurs mains, la puisant dans une de ces vasques de pierre que l'on voit scellées devant chaque sanctuaire-, ils jetaient ensuite en offrande une petite monnaie dans un large coffre de bois grillagé. Puis, agitant fortement une corde et une cloche dans le but d'attirer l'attention de la divinité, ils murmuraient une courte prière, debout ou agenouillés, en frappant leurs mains l'une contre l'autre avec un bruit retentissant et sec...

Cependant nos coureurs et Ito tournaient autour de la statue tout comme s'ils eussent regardé la « colonne Vendôme ». Chez les uns se manifestait clairement un sentiment de curiosité indifférente, chez les autres une foi aveugle et superstitieuse : deux manières bien tranchées qu'on retrouve partout au Japon en matière religieuse, et que les efforts peu récompensés des missions chrétiennes ne parviendront guère à modifier'. Les classes élevées ne croient pas à grand'chosc, et le gros du peuple reste

i. Seuls les evanpélisatcurs orthodoxes russes obtiennent des résultats de quelque importance.

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