AMÉRIQUE
A bord dt VOceanic, 4 février.
Nous voici de nouveau en pleine mer, après avoir abordé à Honolulu. Des le matin du 26 nous côtoyions à droite une des îles hawaïennes, et à midi nous avions à notre gauche Owahu, notre but, dominant l'horizon comme une pyramide de rochers rosâtres, dont la crête disparaissait dans les nuages.
Un pilote, bon type de vieillard américain à boucles blanches, vint à notre rencontre pour nous guider, à travers les récifs de corail, jusqu'à l'endroit, assez éloigné de la côte, où Ton devait jeter l'ancre, YOceanic ne pouvant entrer dans le port à cause de son tonnage trop considérable. Ceux qui avaient espéré aller immédiatement à terre furent bien déçus, car on répandit vite la nouvelle contrariante que la comission sanitaire mettait le bateau en quarantaine et défendait à tout le monde, hormis au capitaine et au commissaire, de débarquer. Et cela à cause de nos Chinois suspects, capables de communiquer la petite vérole ou toute autre maladie contagieuse, à la population hawaïenne, dont le nombre va toujours diminuant, même sans le concours des épidémies.
Le capitaine nous quitta en nous laissant l'espoir d'arranger les choses à la satisfaction générale; mais nous n'en restâmes pas
.%o HONOU'LU.
moins réduits pour quelques heures à regarder Honolulu à distance, tout en nous demandant si nous ne serions pas obligés d repartir sans aborder. A la vue du palais, dont les tourelles émergeaient de bouquets de verdure, on parla naturellement du roi, Kalakaua Lr, le souverain actuel. Fils d'un bottier, il était employé aux postes des îles Sandwich avant son élection, qui eut lieu en 1N74 et qui fut accomplie par les menées du parti américain tout -puissant, représenté par les grands propriétaires planteurs de cannes à sucre.
Quand le capitaine revint à la fin de la journée, il nous annonça que nous pouvions aller à terre jusqu'au lendemain à midi, et que nos quatre cents Chinois allaient débarquer sur un îlot voisin pour y subir la quarantaine prescrite pour eux. Sans perdre une minute, on monta en canot, et vite on entra au port. Sur le quai attendaient quelques voitures, espèces de phaétons à capote fixe, attelés de grands chevaux américains, et conduits par des cochers blancs ou indigènes. Traversant de larges rues bordées de grandes boutiques et de wine and billard saloons où la clientèle ne manquait pas, nous nous dirigeâmes vers le Haivatati Hôtel. C'est une grande maison bien agencée, à chambres hautes, confortablement meublées et munies des perfectionnements les plus modernes, y compris les sonnettes électriques et les téléphones. Le génie inventif de l'Amérique perce partout. Les boys chinois sont à moitié déchinoisés eux-mêmes, avec leurs vêtements européens, leur crâne non rasé et leur tresse enroulée autour de la tète.
Une des curiosités de Honolulu est l'ancienne danse nationale du hula-hula. Pour en avoir une idée, nous nous sommes fait conduire dans un local ad hoc, par un fringant Hawaïen aux doigts chargés de bagues, à grand faux-col, veston prétentieux, et porteur d'une guitare. Là. trois grâces hawaïennes, bien plus grasses que gracieuses, vêtues de grands peignoirs blancs, les
HOXOLULU. .%i
pieds nus, une grosse ceinture faite de longues herbes autour de la taille, se mirent à tournoyer au son de deux banjos. Rien de joli vraiment! Cadre, personnages, musique étaient d'une vulgarité qui dispense d'en dire davantage. Autrefois, en plein air, dans un joli paysage, au milieu d'un cercle de spectateurs en costume national primitif, la hula-hula avait sans doute du caractère, mais actuellement quel vilain spectacle !
Au jour, Honolulu nous plut assez. En dehors des rues d'affaires, tout est spacieux dans la ville; on voit de grands enclos et de vastes jardins, beaucoup de verdure grimpante entremêlée de teintes violettes, rouges, orange, qui rappellent les Indes et Ceylan. L'excursion en vogue est la visite au Pali. On y va en voiture dans l'espace d'une heure et demie, en suivant d'abord une belle avenue, puis une très mauvaise route qui passe dans une vallée dépourvue d'ombrage. On croise chemin faisant beaucoup de Chinois et quelques indigènes en partie de famille; les femmes sont assises à cheval, à la manière des hommes, malgré leur peignoir!
Insensiblement on s'élève à une grande hauteur, d'où l'œil embrasse un immense panorama. 11 s'étend au delà de plaines vertes jusqu'à la ligne d'horizon où se confondent la mer et le ciel. Les rochers, coupés verticalement, se dressent au-dessus d'un abime effrayant, et, de chaque côté, des pans de montagnes rocheuses, également à pic, encadrent le précipice. Cet endroit, plus sauvagement romantique que beau, a son histoire dans les annales hawaïennes: c'est ici qu'au commencement du siècle L* fameux roi Kaméhaméha I'r, conquérant de toutes les îles Sandwich, et triomphant des dernières résistances, précipi:a dans l'abîme les guerriers refoulés d'Owahu.
A deux pas de là on retrouve les descendants de ces héros engagés en pleine civilisation moderne. On voit leurs monuments nouveaux : la maison de l'ex-rcinc Emma, le Government House,
belle construction à colonnes, la statue de bronze de Kaméhaméha I'r, érigée sur un piédestal de marbre blanc. Parmi les habitants de Honolulu, les hommes rappellent par leur costume les types ouvriers ou bourgeois de tous les pays. Quant aux femmes, généralement grandes, fortes, quelquefois plantureuses, elles circulent attifées d'une simple robe de chambre boutonnée dans le dos et ornée d'un volant dans le bas ; elles vont pieds nus, et portent sur la tête un large chapeau de paille garni de fleurs à profusion. Les petites filles sont costumées de la même façon. Mais comment dire l'air débraillé de ces insulaires, leur démarche traînante et quasi provocante? Comment décrire les intérieurs des cases demi-europeanisées, taudis malpropres où l'on voit des lits en désordre, des vêtements jetés pêle-mêle, et partout le même laisser-aller, la même négligence. Malgré les efforts des missionnaires et les enseignements des écoles, cette population a conservé sa naïveté, son indolence et sa paresse primitives; et le progrès américain, greffé sur des natures à la fois douces et barbares, n'a eu, hélas, pour principal résultat, que d'inaugurer dans ces îles le règne des liqueurs fortes.
Honolulu est un port de relâche pour le trajet des grands steamers allant d'Australie à San Francisco. C'est pourquoi beaucoup de personnes s'empressèrent de s'embarquer sur VOceam'c. Prêtes en quelques heures, elles montèrent à bord avec nous, doublant ainsi le nombre des passagers. Plusieurs jours après notre descente vers l'équateur, la chaleur resta intense*, maintenant les costumes d'hiver ont remplacé les vêtements légers, rendus nécessaires pendant plus d'une semaine....
7 février.
Nous allons arriver dans peu de temps à San Francisco. Depuis une heure, cet après-midi, nous sommes en vue de la
côte. Tout le monde est enchanté de toucher au terme du voyage, en particulier les passagers venant de la Chine et du Japon, qui sont bien las de cette interminable traversée.
On calcule les chances d'aborder tout de suite, de retirer ses bagages, et pour abréger les minutes on admire le paysage. Voici la célèbre Golden Gâte, détroit resserré qui nous conduit dans la grande baie de San Francisco. Les côtes sont rocheuses et pourtant gazonnées; à droite s'étend la jeune capitale californienne, amas grisâtre de maisons échelonnées sur des collines ; à gauche, dans le lointain, apparaissent les maisons d'Oakland, sur la rive opposée. C'est là qu'on monte en chemin de fer pour traverser le Nouveau Monde....
San Francisco, t; février.
Voici donc l'Amérique! Avant de jeter l'ancre, nous subissons déjà les effets du sans-gêne national. Une quantité d'employés de la douane, coiffés de grands chapeaux, envahissent le pont et « ordonnent » à tous les passagers de se réunir dans le salon. Pourquoi? on se le demande....
A ce commandement impératif notre troupeau s'empresse toutefois d'obéir et, se parquant autour des tables, écoute silencieusement le seigneur douanier qui fait l'appel nominatif, tout comme au régiment. Il distribue ensuite de grandes feuilles administratives, et nous voilà tous, le nez sur le papier; chacun est requis de signer un formidable serment, attestant qu'il déclare tous les objets frappés de droits. Quels sont-ils? On ne nous
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le dit pas. Ohî ces douanes américaines! elles peuvent compter pour les plus consciencieuses du monde et les plus vexatoircs aussi. Heureusement que leur réputation les précède!
Avant de pouvoir débarquer, il fallut nous laisser tàtcr sur toutes les coutures, et assister au bouleversement complet de nos nécessaires de voyage. La « tragédie » des gros bagages n'eut lieu que le lendemain matin dimanche. Pour ma part, ma torture dura trois quarts d'heure, montre en main. Malles, caisses à photographies, boîte à chapeaux, tout fut ouvert, fouillé, retourné de fond en comble par un bourreau inexorable, qui ajoutait à toutes ses audaces celle de plaisanter familièrement. Tandis que ce farceur tranchait du prud'homme, parlant de son devoir, etc.. j'avais envie de l'étrangler sur place. Il ne respecta même pas ma correspondance. « Qu'ave/.-vous là: — Des lettres. — Laissezmoi voir! » Et le voilà qui fouille encore, à la recherche de quelque chiffon de soie : « Qu'est cela? — Un encrier. » L'objet en question est aussitôt retourné; car malgré son aspect innocent il pourrait renfermer une collection de diamants dans quelque double fond. Knlin, tout ayant été impitoyablement scruté, bouleversé, un visa définitif me délivra sans anicroche. J'avais affaire à un homme relativement facile; qui s'en douterait?
D'autres voyageurs furent certainement plus chicanés, tel entre autre, au sujet de quatre douzaines de serviettes de toilette, dont une douzaine était neuve. Objets éminemment suspects! Un monsieur en route pour un voyage d'un an et demi peut-il avoir besoin de quatre douzaines de serviettes? Aussitôt des écritures et trois dollars de droits d'entrée! Tel autre avait un petit coussin de soie brodée, un souvenir. .Malheureusement ce souvenir n était pas encore usé jusqu'à la corde (il avait même l'air neuf et aurait pu être revendu)-, son possesseur eut beau jurer que c'était un cadeau, rien n'y fît; le coussin fut évalué à trois dollars, c'est-à-dire soixante cents de droits.
Un mot encore sur notre douanier. Avant de nous quitter (nous étions alors à diner à bord) il se posta majestueusement s jus la porte, son large chapeau sur la tète, et d'une voix tonnante nous cria comme un tyran à ses esclaves : « AH understood thare? » (Tous compris là-bas?) C'était adorable! Et dire que nous avions encore la naïveté de tenir aux formes. 11 est vrai que nous venions du Japon.
Le débarcadère de la P. M. Company permet aux voitures d'approcher jusqu'au pied de la passerelle du steamer. Nous montions donc, au sortir même de VOceanic, dans un immense carrosse jaune, véhicule tellement suspendu qu'il fallait une échelle pour y grimper. Deux lords-maires y auraient tenu avec leurs shériffs et aldermen. Comme nous n'avions jamais trôné dans une machine aussi majestueuse, force nous fut de trouver la course bon marché : un dollar, pour dix minutes prix de faveur! Nous quittâmes notre carrosse moyen âge dans la cour somptueuse du Palace Hôtel, pour comparaître devant le tribunal de M. Smith et de son état-major, dans le grand hall d'attente, où se coudoient tous les arrivants, résidents ou partants de cette ruche cosmopolite. On nous numérota, et nous montâmes en elevator (lise/, ascenseur) vers nos chambres du quatrième, en compagnie d'un gentleman moricaud, à chevelure frisée, vêtements prétentieux et chaîne d'or. Il nous quitta aussitôt en nous abandonnant à notre initiative dans nos appartements respectifs.
Ceux-ci du reste sont les plus complets et les plus commodes qu'il soit possible de désirer. Chaque pièce a son cabinet de toilette, approvisionné de robinets à eau chaude et à eau froide, une salle de bain avec aménagement semblable, etc. Le tout est confortable et soigné, et l'appartement a un caractère d'indépendance qui peut le faire comparer à un petit domaine particulier où chacun est chez soi. Tous les étages (il y en a six) ouvrent par des galeries circulaires sur la cour couverte. Les sept à huit cents
chambres qui composent l'hôtel sont toutes conçues d'une manière uniforme. Le prix le plus élevé n'excède pas cinq dollars par jour, repas compris. Ceux-ci se servent dans de grandes salles du rezde-chaussée, d'une décoration fort simple, mais ils sont désagréablement présentés sur une foule de petits plats encombrants que des waiters nègres, mulâtres et créoles empilent à plaisir devant le dîneur qui a eu la malencontreuse idée de commander du même coup tout son repas. C'est là une coutume bien américaine.
Ces waiters, avec leur tête et leurs mains noires tranchant sur le plastron blanc de leur costume moderne, font assez l'effet de minstrels en rupture de contrat, et on leur demanderait plus volontiers un solo de banjo qu'une tranche de rosbif. Mais en citoyens émancipés de la libre Amérique, dont l'anglais est devenu la langue usuelle, ils ont une fort haute opinion d'euxmêmes, et il faut bien se garder de les appeler « boys », comme sont tentés de le faire tous ceux qui, venant d'Orient, ont encore dans les oreilles les patois divers de cette classe de serviteurs. Les waiters forment une partie assez utile de l'élément domestique; impossible d'en dire autant du reste du personnel. Les messieurs noirs préposés à chaque étage se moquent, la plupart du temps, des coups de sonnette qu'on leur adresse, et quand ils y répondent, c'est dans une attitude de dignité étonnée tout à fait réjouissante. 11 faut leur faire soi-même toutes les avances, en paroles comme en monnaie, pour les décider à brosser un vêtement. Quant aux chaussures, ils ne s'en occupent pas et vous renvoient aux boot-blacks d'en bas, chez lesquels on descend après toilette terminée, pour se faire cirer.
Ici donc, dans un des hôtels les plus somptueux de l'Amérique, il n'y a, à vrai dire, aucun service, et l'on pourrait rester plusieurs jours de suite enfermé chez soi sans que personne s'en inquiétât, à l'exception peut-être de la femme de chambre chargée de faire l'appartement.
Le vaste block1 formé par le Palace Hôtel se trouve au centre le plus remuant de San Francisco, ou Frisco en langage familier. Le nouveau débarqué du Pacifique se voit donc jeté tout de suite dans le tourbillon de la grande ville moderne aux constructions luxueuses, aux ancres encombrées de voitures, de tramways, de chariots et d'omnibus; d'hommes pressés et de femmes pimpantes, tous plus ou moins agités par le souffle fiévreux des affaires et des plaisirs. Il en ressent même une impression tout à fait ahurissante, habitué qu'il est à l'allure si différente des populations asiatiques, dont le mouvement, même dans les grandes capitales, ne produit jamais de fatigue. On trouve à San Francisco l'agitation de Paris et de Londres, augmentée encore de la surexcitation particulière à la jeune Amérique, qui frappe surtout dans cette cité à peine vieille de trente ans.
Dans cette ville florissante de 3oo 000 âmes, mise à sept jours de portée du littoral Est, et devenue le centre commercial d'une riche contrée, où la fouille de l'or a cédé le pas à l'agriculture et à toutes ses promesses de fécond avenir, le développement a été si rapide qu'on n'a pas eu le temps de le prévoir. Aussi le terrain a-t-il conservé ses ondulations naturelles. Certaines rues montent et descendent de la façon la plus inattendue et donnent de singulières perspectives avec les sillonnements du tracé des cablecars. Partout le pavé est tellement mauvais qu'une simple course en voiture devient une fatigue et que les meilleurs remèdes contre les cahotements, la foule et les tramways sont ces tramways euxmêmes. Il faut penser que l'édilité ne se préoccupe pas de tous les détails de sa charge. Croirait-on, par exemple, qu'une grande ville comme San Francisco est entièrement dépourvue d'éclairage? Tel est cependant le cas en ce moment. Pas un seul bec de gaz n'est allumé la nuit, et la cité serait plongée dans une obscu-
1. Ici le mot block désigne l'ensemble des maisons comprises entre deux rues aussi, au lieu de • tant de rues à gauche -, dit-on • tant de tlocks à gauche •.
rite complète sans les foyers électriques qui éclairent certaines maisons et certains magasins, aux frais de leurs propriétaires. Pourquoi en est-il ainsi? Parce que le Ga^-i'und est épuisé pour le quart d'heure, et que, tant qu'il restera sans ressources, Frisco continuera à être éclairé partiellement par la bonne volonté de quelques citoyens, et restera partout ailleurs enveloppé de ténèbres!!...
Le quartier chinois, qui est incorporé dans la ville, compte parmi les curiosités principales. Tous ceux qui n'ont pas vu la Chine le visitent même avec un vif intérêt et en parlent ensuite comme s'ils y avaient trouvé toutes les nouveautés d'une ville du Céleste- Empire. Il n'y a cependant de vraiment chinois, dans ces rues étroites à maisons modernes, que la malpropreté traditionnelle des Célestiaux, leurs personnes mêmes ayant perdu quelque chose de la physionomie qui leur est propre, grâce à certains détails de leur costume que jamais on ne vit ainsi sur les bords du Fleuve Bleu.
Les Chinois ne recueillent pas en général grande sympathie, mais la façon malveillante dont on agit à leur égard dépasse ici tout ce qu'on peut imaginer. Ils sont la bête noire de la Californie, et on leur réserve les qualifications les plus méprisantes et les traitements les plus insultants. Question de dollars ! parce que les Chinois se contentent d'un gain minime et font ainsi une concurrence formidable aux nouveaux venus qui désirent gagner plus qu'eux, tout en travaillant moins. L'animosité sans cesse augmentant et qui s'est souvent manifestée par de lâches agressions a triomphé enfin par la loi restrictive que chacun connaît et qui peut compter pour lVeuvrc la plus arbitraire d'un pays réputé ouvert à tous. On prétend que cette loi est absolument nécessaire pour assurer l'avenir des Californiens, et qu'elle n'aura d'ailleurs d'ellet que pendant dix ans. Soit! Mais qu'on ne parie plus alors de tolérance ni de liberté absolues.
SAN FRANClSl/O. :>lv
Une chose à voir près de Frisco est Clijf Honse, restaurant placé au bord de la mer, en face de quelques rochers où des phoques nombreux ont élu domicile. Dans l'après-midi du dimanche, en particulier, beaucoup de personnes en font le but de leur promenade. Quittant les rues poussiéreuses de la ville, on se rend dans cet endroit écarte soit à pied, soit en voiture traînée par des trotteurs extraordinaires. Rien de bizarre comme le contraste que présentent ces rocs à l'aspect sauvage, où les amphibies viennent se chauffer au soleil en hurlant, et cette multitude endimanchée qui encombre la terrasse du café, allant et venant aux sons de l'orchestre. Dans la foule de Cliff Housc les hommes ne se font pas remarquer par l'élégance de leurs tournures -, on voit beaucoup de diamants montés en épingles qui jurent passablement avec des ongles noirs. Quant aux femmes, elles ont toutes le goût du luxe et du clinquant; et leur coquetterie se révèle dans une mise des plus recherchées, sinon extravagante.
San Francisco nous a offert, pour la première fois depuis notre départ d'Kuropc, des représentations théâtrales vraiment bonnes, et je puis noter comme une jouissance d'autant plus vive qu'elle était presque oubliée, l'audition d'un bon orchestre accompagnant de jolies voix.
Nous allons maintenant franchir d'un bond la distance qui nous sépare de l'Est, nous arrêtant seulement à Chicago et aux chutes du Niagara. Nous prendrons à cet etïet la route centrale, la première établie des trois grandes voies ferrées qui vont dorénavant fonctionner concurremment. La voie sud a été ouverte il y a quelques années; c'est elle qui descend jusqu'aux confins du Mexique, passe par Santa-Fé, la ville la plus ancienne du Nouveau Monde, et par Kansas-City, l'un des centres les plus rapidement développés des États-Unis. La voie nord, dont le tracé