‹ Souvenirs de notre tour du monde;Chapitre 6 sur 73 · LAHORE · texte numérisé non relu

LAHORE

qu'ici. D'autant plus que Ton vient d'organiser à Lahore une exposition des produits industriels et artistiques de la région.

Le voyage direct depuis Delhi dure vingt heures, par le Scinde Punjab and Delhi Railwqy. Les wagons sont excellents et la ligne paraît bien administrée. Klle passe par la station importante de Mirut, où se trouvent les plus grands cantonnements d'artillerie, de cavalerie et d'infanterie anglaise et indigène. C'est à Mirut qu'éclata la rébellion de 1857.

Vu le manque d'hôtels et de logements en général, le comité de l'exposition a organisé, spécialement pour les visiteurs, un Civil Camp, composé d'une trentaine de tentes de mêmes dimensions et d'une tente centrale servant de salle à manger, de salon et de fumoir. Beaucoup d'Anglais, des officiers surtout, sont venus passer ici les jours de Noël.

Il vous paraîtra certainement bizarre que nous vivions, à cette époque de l'année, sous de légers abris de toile. Mais ici on trouve cela tout naturel, bien qu'il fasse froid, très froid même pendant la nuit. Du reste, ce camp volant ne manque pas d'un certain charme d'impromptu et de sociabilité, car il provoque réunions et conversations faciles entre les douze ou quinze hôtes qui le peuplent.

L'exposition est assez curieuse, mais elle ne vaut pas un déplacement spécial en son honneur. Elle pèche, à notre avis, par une tendance qui s'accentue fort aux Indes et par laquelle on détruira graduellement le goût des artisans de ce pays. Je veux parler de cette manie anglaise qui fait adapter l'ornementation indienne, si originale et distinguée, aux objets d'usage européen ou particulièrement anglais, et qui donne ainsi à l'art national des formes tout à fait contraires à son élégance et à son caractère naturels.

Quant à Lahore, il ne faut pas se le figurer tel que les décors d'opéra peuvent le représenter, et l'on doit bien se dire qu'avant

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de quitter le train qui y conduit, on embrasse d'un premier coup d'oeil un immense réseau de rails, de chantiers et d'ateliers qui rappellent trop nos cités européennes. Le pays étant éternellement plat, on ne sait jamais où chercher la véritable ville indigène, très éloignée non seulement de la gare, mais aussi des quartiers anglais, qui occupent, comme partout ailleurs, des espaces excessivement étendus.

Il faut donc, pour comprendre un peu la situation de Lahore, monter sur la plate-forme du vieux fort, à Tune des extrémités de la ville indigène. Une fois entré par les hautes portes percées dans les murailles d'enceinte, on se trouve dans un labyrinthe de rues et de ruelles tellement resserrées et accidentées qu'il est pour ainsi dire impossible d'y circuler en voiture.

Là il y a vraiment de la couleur locale et de la meilleure : on voit beaucoup de types nouveaux, forts et robustes, au teint plus clair, à l'apparence mâle et vigoureuse. Les grands turbans de calicot blanc roulés très haut sur la tète, les barbes en pointe, et les rares femmes circulant dans les rues, témoignent partout de la prédominance de l'élément mahométan.

Dans un coin spécial de la ville un grand caravansérail sert de marché aux chevaux; là circulent quantité d'Afghans et de Kaboulicns, solides gaillards drapes dans de larges étoffes claires, à longues boucles hirsutes, au profil arqué, de peau presque blanche, mais d'une malpropreté repoussante.

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