V6 OH SAN FRANCISCO A CHICAGO
8242 pieds au-dessus du niveau de la mer. Un monument a été érigé là pour marquer ce point culminant. A Cheyenne nous dînons, mais moins bien que partout ailleurs. Cheyenne est cependant une cite de quatre mille habitants, avec de véritables rues, des magasins, dcs.véhiculcs ; elle possède même un club qui a coûté beaucoup d'argent. Clef de ligne ouvrant au sud sur le Colorado, centre le plus proche des mines d or des Black Hills récemment découvertes au nord, centre d'affaires enfin pour les immenses élevages de bestiaux de cette contrée, c'est la plus grande ville entre Salt-Lakc-City et Omaha, où le train doit arriver le lendemain.
A mesure que nous descendons, la neige diminue. Au fumoir on parle de choses et d'autres, et surtout de la question des Indiens insoumis du Sud, ainsi que des luttes qu'ils provoquent dans l'Ari/.ona et de la nécessité de les « exterminer » entièrement. Ou cause aussi des réservations faites aux tribus qui se sont soumises dans d'autres États, et auxquelles le gouvernement a concédé des terrains et donné des secours en vêtements. Fnfin on décrie hautement la mince probité desindian agents, qui passent pour escamoter une forte partie des secours à distribuer!... Nos orateurs américains n'allongent pas trop leurs jambes, mais ils font de plus en plus preuve d'une adresse extraordinaire à 1 égard des petits vases ronds répandus à profusion sur les planchers, et dont ils usent constamment, en dépit de leurs voisins, qui ne 'leur paraissent nullement des obstacles infranchissables.
Le 18 février nous dejeunons à Grand Island, à i85o pieds au-dessus de la mer. En une nuit nous avons parcouru d'immenses territoires, récents théâtres de guerres, de meurtres, de guc;s-apens, de scènes de carnage de toutes sortes; mais on n'évoque pas facilement à présent, au milieu de ces vallées fertiles et de ces belles forêts, le souvenir des luttes acharnées
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que s'y livrèrent les envahisseurs et les premiers occupants du sol. La Plattc- Valley nous amène ensuite vers Omaha et les rives du Missouri. A chaque pas le pays revêt un caractère plus civilisé, plus cultivé. De belles plaines, des hameaux, du bétail nombreux et de jeunes cités animent le paysage.
Knfin à Omaha nous trouvons, après quatre jours de voyage, une ville vraiment digne de ce nom; puis, traversant le large Missouri, qui coule sous un magnifique pont en fer, nous arrivons à la station de Council-BlurVs, but extrême de notre train d'Ogden. Ici le changement est obligatoire pour tout le monde. 11 se fait dans une très belle gare neuve, où cinq nouveaux trains, partant à quelques minutes d'intervalle, attendent les voyageurs, selon leurs préférences pour telle ou telle ligne. Pour Chicago seul, trois trains partent sur trois voies concurrentes.
Nous voilà bien en plein dans le milieu F.ast. Kn franchissant le Missouri, nous avons quitté les régions « sauvages », et nous ne nous en plaignons pas. Comme premier confort nous trouvons dans notre train un palace-dinitig-car, où nous sommes tout surpris de pouvoir dîner tranquillement, vu l'habitude prise pour nos repas si impitoyablement écourtés. Étiquetés d'abord jusqu'à Council-Bluffs, nos bagages ont été à nouveau enregistrés jusqu'à New- York par les soins d'un employé qui a tout simplement parcouru le train avant notre arrivée à Omaha, reprenant nos jetons de cuivre pour nous en donner d'autres.
C'est hier 10 février, à deux heures, que nous arrivions à Chicago à travers une longue suite de faubourgs et munis déjà de billets de 5o cents, valables pour le voyage aller et retour entre les gares et un hôtel quelconque. Ces billets s'achètent dans le train même, pour éviter ensuite toute perte de temps. En Amérique, plus que partout ailleurs, time is money!. .