CHICAGO
Niasnra-Falls, a t février.
Quarante-huit heures dans la grande ville que baigne le lac Michigan, c'est plus qu'il n'en faut pour lavoir. Après cinq jours et cinq nuits de vie fatigante et désœuvrée en chemin de fer, on apprécie sans doute un hôtel bien monté et le mouvement d'une grande cité; mais quand ce mouvement est aussi prosaïquement affairé qu'à Chicago, on s'en lasse vite.
L'hôtel où nous sommes descendus, le Grcat Pacific, est un immense block déjà noirci par l'atmosphère enfumée de la ville; son vaste hall du rez-de-chaussée ressemble à une salle de Bourse, tant par sa construction que par la foule masculine qui y circule toute la journée, pour y fumer, pour y lire journaux et télégrammes, pour y discuter entreprises et nouvelles. Le personnel nègre, les ascenseurs et les longs couloirs, tout réédite l'hôtel de Frisco, mais avec plus de bruit encore. Dans chaque chambre on trouve une bible sur la commode, et un firc escape accroché près de la croisée. C'est un instrument de sauvetage dû aux mesures perfectionnées prises ici à la suite du terrible incendie qui détruisit les trois quarts de la ville. Réduit en cendres, Chicago s'est vu renaître comme le phénix, avec une rapidité si merveilleuse que les anciens résidents eux-mêmes en restent stupéfaits.
Aussi le tracé de ses grandes artères immensément longues et majestueusement larges, que dominent de hautes et massives constructions à six et sept étages, est-il superbe. Mais dans ce luxe de l'espace on déplore l'uniformité sombre des murs de briques rouges ou déjà noircis, des grands magasins aux fenêtres à guillotine, aux inscriptions à grosses lettres, devant lesquels s'échelonnent à perte de vue des mâts télégraphiques aux nom-