‹ Souvenirs de notre tour du monde;Chapitre 64 sur 73 · NIAGARA · texte numérisé non relu

NIAGARA

année ! Une grande partie les deux tiers de ces viandes) est répandue dans l'Est ou expédiée en Angleterre.

Nous inclinant devant la grandeur de ces entreprises colossales, nous quittions Chicago, ses hautes cheminées et ses rues agitées, pour admirer la calme majesté du Niagara. Partis le 21 de Chicago, nous voyagions toute la nuit et débarquions le dimanche matin, à sept heures, à Niagara- Falls, côté américain. Un joli petit hôtel, l'hôtel Kaltembach, très bien tenu, nous rit bonne impression après les caravansérails à six étages et ascenseurs, que nous avions trouvés jusqu'à présent. Le grand hôtel, Cataract Housc, n'est pas encore ouvert, la saison ne commençant pas avant k 1 b mai. Mais les chutes, belles en tout temps, devraient peut-être attirer plus de monde quand elles sont, comme à présent, en partie encombrées de glaçons.

A première vue cependant, les cataractes désillusionnent. On a tellement entendu parler de cette merveille gigantesque que sur place on s'écrie : <c Comment, ce n'est que cela? » Chacun subit cette impression parce qu'au lieu d'être entourées d'un cadre pittoresque les chutes se précipitent à ciel ouvert d'un horizon tout plat dans un lit encaissé. Les cataractes imposent donc plus par leurs détails que par leur ensemble. Il faut les voir et les revoir, et, sans abuser de sites différents, se familiariser avec les plus frappants d'entre eux. Il faut de plus, pour atténuer des vexations inévitables, trouver un cocher relativement honnête qui, pendant la longue visite, consente à vous conduire surtout aux endroits les plus dignes d'intérêt. Il faut enfin se cuirasser contre les exploitations diverses qui se sont établies partout, comme autant de péages : comptoirs féroces prélevant à chaque pas des droits de cinquante cents ou d'un dollar, sempiternelles boutiques de photographies, de coquillages, d'oiseaux empaillés et de produits divers de l'industrie indienne.

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Ne verra-t-oii pas se réaliser l'espoir de la création d'une propriété nationale gratuite, qui mettrait à la portée de tous, du moins sur la rive américaine, la majestueuse splendeur des cataractes ?

Les deux rives américaine et canadienne sont reliées par deux ponts magnifiques, celui du chemin de fer et celui des voitures et des piétons. C'est de ce dernier qu'on embrasse la première vue d'ensemble sur les chutes. Mais ic plus beau panorama général est celui qui s'obtient de la terrasse supérieure du musée anglais, situé sur la rive canadienne. Là on fait face à la chute américaine, à gauche de laquelle s'étend la ville de Niagara- Falls. Les maisons ont Pair de petits joujoux de bois, et le torrent qui coule à leur base semble vouloir les entraîner dans les profondeurs du gouffre écumant...

Il nous a fallu une journée entière pour visiter les points les plus importants. C'est d'abord Table-Rock, sur le côté canadien. Il s'agit là de se costumer en vêtements imperméables et de descendre les quarante marches d'une tour de bois, au bas de laquelle on se trouve sur des glaçons et de la neige, entre des parois de rochers et la cataracte furieuse, qui vous inonde d'une fine pluie. Goat-Jsland, Prospect -Parle et le Whirlpool sont à voir aussi, sur le territoire de New-York State, (ioat- Island est une île presque sauvage émergeant au milieu du fleuve, et à l'extrémité de laquelle celui-ci se précipite avec impétuosité dans le ravin encaissé où il continue à couler paisiblement. De Prospcct-Park on aperçoit d'un côté la nappe unie du Meuve, ]j rebord terrible de la chute, puis en bas un spectacle analogue à celui de Table-Rock, et pour le moins aussi beau. Au Whirlpool enfin, on atteint au moyen d'un ascenseur le lit même du fleuve, à 2 ou 3 kilomètres environ plus loin que les chutes.

C'est entre le Whirlpool et le pont du chemin de fer que Blondin accomplit sa fameuse traversée....

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New- York, .) mars.

De Niagara-Falls à New- York, il y a quatorze heures de chemin de fer. Le meilleur moyen de rendre le voyage plus agréable est de quitter le train à Albany, la capitale de New- York State, et de descendre l'Hudson en bateau à vapeur. Mais à cette époque le service de la rivière n'est pas encore commencé, et il faut se contenter de contempler derrière les glaces du wagon le paysage charmant qui se déroule le long de la voie.

Je ne saurais dire que New- York plaise beaucoup à première vue. Pour des voyageurs de passage tels que nous, la ville semble trop turbulente dans les quartiers d'affaires, et elle a un aspect trop monotone dans les quartiers élégants. Mais l'orientation y est des plus faciles. La cité-presqif ile, comme tirée en longueur entre Jersey et Brooklyn , dont la sépare un bras de THudson, est partagée d'un bout à l'autre en deux quartiers, East et West, par l'interminable Broadway, avec lequel courent parallèlement des avenues que coupent à angles droits des rues numérotées. Dès que ceci est compris et que l'on a fait connaissance avec le chemin de fer aérien, rien n1est difficile à trouver, depuis Wall Street, en pleine cité commerciale, jusqu'à Madison Square, le point central du quartier des grands magasins, des théâtres et des hôtels principaux, ou jusqu'aux contins du Parle, auquel conduit la célèbre Fifth Avenue. Cette longue voie étroite n'est autre que l'avenue des Champs-Elysées de New-York, le rendez-vous des toilettes élégantes, des équipages stylés qui défilent aristocratiquement devant les maisons alignées à l'anglaise, précédées de jardinets grillés, alternant avec

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