‹ Souvenirs de notre tour du monde;Chapitre 8 sur 73 · AGRA · texte numérisé non relu

AGRA

en massives pierres rouges, entouré de superbes fosses et longeant d'un côté la rivière, contient une cité entière de palais, de kiosques et de mosquées. Tandis qu'à Delhi une grande partie de l'ancienne résidence impériale a été détruite ou transformée, on retrouve ici presque intacts les bâtiments somptueux créés par l'empereur Akbar vers 1 566. Pas à pas on peut donc faire revivre devant soi toutes les splendeurs des cours mogoles, au milieu d'une architecture qu'il faudrait des journées entières pour examiner et admirer en détail.

Tout est beau, depuis la salle d'audience, la grande cour en contre-bas, où règne une galerie circulaire ouvrant sur les anciens harems, le jardin, le balcon et le boudoir en mosaïque de la sultane, jusqu'à d'autres salles ouvertes sur colonnes, sculptées et dallées en marbre; jusqu'aux vastes terrasses qui surplomblent le lit du fleuve; jusqu'au palais de verre, le Shtsh Mahal% une suite de pièces et de couloirs souterrains, incrustés de milliers de petites glaces brillantes; jusqu'à la Moti-Musjid enfin, ou Mosquée- Perle, vraie merveille de simplicité, avec ses arcades et ses dômes de marbre blanc, chastement enfermée dans un écrin de murailles sombres.

Comment dépeindre de pareilles beautés ?

Du haut des terrasses apparaissent au loin, au delà des sables de la plaine, les majestueuses coupoles du fameux Taj Mahal (prononcez Tadgc), ce tombeau magnifique qu'a élevé Shah- Jahan en 1648 à la mémoire de sa sultane bien-aiméc, et qui a coûté 40 millions de roupies et vingt-deux années de travaux.

Quelque habitué que puisse être le touriste à ces mausolées colosses qui prennent aux Indes les dimensions de cathédrales renfermées dans des parcs murés, rien ne peut le préparer, même les descriptions les plus enthousiastes, à l'effet empoignant de ce Taj ! Aussi m'est-il impossible de vous communiquer les impressions que nous avons ressenties au moment où, après

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avoir suivi une avenue bordée de colonnades aboutissant à une large cour d entrée, nous avons aperçu par l'ouverture du haut portail flanqué de minarets, tout au bout d'une suite de bassins, d'ifs et de cyprès, de bosquets luxuriants cmaillés de fleurs écarlates, cette masse imposante de marbre blanc, trônant sur des terrasses, et élançant vers le ciel bleu sa coupole et les pointes de ses tours, étincelant au soleil !

Sauf deux mosquées, placées à droite et à gauche du monument, tout ici est en marbre éblouissant de blancheur : escaliers, terrasses et mausolée. A l'extérieur, des mosaïques de couleur à grands dessins courent jusqu'aux bords de la coupole. Quant à l'intérieur, c'est un rêve. Le sarcophage de la sultane repose dans la nef octogonale au centre d'un écran circulaire en parois de marbre blanc, sculpté à jour et criblé de mosaïques en pierres fines aux mille couleurs, qui forment rinceaux, arabesques, feuillages et fleurs d'agate, de jaspe, de jade, de lapis, etc. Ce sont les magnificences des forts de Delhi et d'Agra, mais cent fois plus parfaites encore, et soigneusement entretenues par le gouvernement, qui a concentré là toute sa sollicitude.

La vue du Taj vaudrait décidément à elle seule un voyage aux Indes. Contempler dans le demi-jour du sanctuaire ces finesses merveilleuses du travail humain le plus délicat, et passer quelques instants d'une fin d'après-midi ensoleillée sous l'un de ces berceaux de feuillages qu'entourent des buissons de roses, tout près de ce colossal bijou de marbre : voilà une de ces jouissances indescriptibles qui laissent dans l'àme d'impérissables souvenirs....

Mais comme on retombe vite dans la vulgaire prose lorsque, en quittant ces iieux remplis d'une mélancolique poésie, on se retrouve entre les griffes de marchands cupides qui vous harcèlent sans merci. Logés au dak-bungalow (très petit à Agra, et que

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