ÉTUDE SUR DON MIME BALMÈS
Un critique espagnol avait accusé Chateaubriand d'avoir créé cet esprit frivole^ cette religion de mode qui ressemble tant à l'impiété ; Balmès lui fit une éloquente réplique qu'il terminait ainsi : « La religion, il est vrai, n*a pas besoin du poète, mais elle accepte ses cantiques comme une offrande agréable, et en écoutant les sublimes accents de la lyre de Chateaubriand ou de la harpe de Lamartine, elle dirige vers eux un regard de bonté, et leur dit : Vous m'avez comprise. »
Les œuvres des auteurs français deviennent, en peu de temps, populaires à l'étranger, mais nous n'accordons pas la même hospitalité aux écrivains des autres pays, et il y a lieu de regretter que le nom et les ouvrages d'un écrivain aussi remarquable que Balmès soient encore peu connus en France. Il ne sera donc pas inutile de faire précéder de quelques détails biographiques la traduction d'un travail où Balmès a consigné, dans les derniers moments de sa vie, les impressions que faisait naître en lui la soudaine apparition de la République française. Ce chapitre de ses écrits posthumes a été mis en ordre, après sa mort, et publié récemment en Espagne, par les soins de son ami
et éditeur, M. Brusi^directeurdu Journal deHarceZone. Jaime (Jacques) Balmès est originaire de VidL, ancienne ville de la Catalogne, située au ncml de Barcelone, dans une belle et riche vallée du versant occidental des Pyrénées. Né en 1810, de parents industriels peu aisés, il montra un talent précoce, manifesta de bonne heure le désir d'embrasser l'état ecclésiastique et obtint, de l'évêque de son diocèse^ uneboiu-se pour entrer au séminaire. Il termina ses études à Tuniversité de Cervera, la Salamanque catalane, où il occupait déjà une chaire de droit canonique, lorsque la guerre civile, qui déchira la Catalogne de 1833 à 1840, l'obligea à se retirer dans sa ville natale. C'est dans Tétude et dans les méditations qu'il puisa l'esprit d'observation qui lui a foit juger, avec tant de netteté, les hommes et les choses
- de tous les pays. Souvent, pendant les longues soirées d'hiver, il restait des heures entières dans l'obscurité, livré à ses réflexions ; il était assez riche de son propre fonds pour n'avoir jamais besoin de rien emprunter aux autres, et il n'émettait au dehors que ce
. que son esprit avait mûri. 11 disait quelquefois à ses amis qu'un écrivain doit répandre seulement ce qui