ORIGINES DU PEUPLE ABYSSINIEN
Les Abyssiniens conservent une tradition dont Torigine, disent-ils, se perd dans la nuit des temps et qui est également consacrée parmi les Juifs : c'est que, peu de temps après le déluge. Chus, petit-fllsde Noé, passa avec sa famille par la basse Egypte, alors inhabitée, traversa l'Atbara, et vint jusqu'aux terres élevées de TAbyssinie.
La même tradition rapporte que Chus et sa famille, épouvantés par Tévénement terrible du déluge, toujours présent à leur mémoire, aimèrent mieux habiter des cavernes dans le flanc des montagnes que de s'établir dans les plaines.
Cette race d'hommes se creusa, avec une industrie
surprenante, des demeures commodes dans des montagnes de marbre et de granit, demeures qui se sont conservées en grand nombre jusqu'à ce jour.
Les Abyssiniens disent encore que les enfants de Clius bâtirent la ville d'Axoum, quelque temps avant la naissance d'Abraliam. Bientôt après, ils établirent des colonies jusqu'à TAtbara, où nous savons, d'après le témoignage d'Hérodote (livre II, ch. xxix), qu'ils cultivaient les sciences. Josèphe {Antiquit. jud.) les appelle Meroëtes, ou habitants de Meroo (Atbara), île située entre le cours de l'Astaboras et le cours du NiL
Les fragments des statues colossales de la constellation du Chien, que l'on voit encore à Axoum, prouvent que ce peuple avait déjà des connaissances astronomiques. Seïr, dans le langage des Chussites ou Troglodytes et dans celui du pays de Meroë, signifie chien, ce qui nous explique pourquoi cette province a porté le nom de Siré, et le grand fleuve qui la borde celui de Siris.
Dans la plaine entre le Fazoglou et le Sennaar, le fleuve s'appelle Nil^ c'est-à-dire bleu. Les anciens le connaissaient aussi sous ce nom et sous celui d'Égyptus ; mais ils le désignaient plus souvent sous celui de
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Siris. Pline dit qu'il portait ce nom avant de se réunir à Vautre branche, celle du Nil blanc ; sic quoque etiamnunc Siris, ut antè nominatiLS per aliquot millia et in Homcro Egyptus.
Le nom d'Égyptus, qu*Homère donne au fleuve, était connu en Ethiopie bien avant le chantre d'A chille. L'Egypte, en éthiopien, est appelée Y Gypt, et un Égyptien s'appelle Gypt ; or, Y Gypt signifie le pays des fossés ou des canaux.
Thèbes fut bâtie par une colonie d'Éthiopiens qui sortaient de Siré, la ville de Seïr, ou delà Canicule et de Meroë. Diodore de Sicile dit que les Grecs, en mettant un O devant Siris, avaient rendu ce mot inintelligible. Siris était donc Osiris ; mais il n'était ni le soleil, ni un personnage réel. C'était l'étoile • Sirius ou de la Canicule, désignée sous la figure d'un chien à cause de l'avertissement qu'il donnait à Atbara, où furent faites les premières obsei-vations de son lever héliaque, ou de son dégagement des rayons du soleil qui le rendait facilement perceptible à l'oeil nu. C'était l'aboyant Anubis, parce que Ton comparait son premier aspect au jappement d'un chien et qu'il ' avertissait de se préparer à la prochaine inondation.
La théorie de la constellation du Chien fut particubèrement étudiée à Thèbes, à cause de ses rapports avec l'année rurale des Égyptiens.
Ptolémée a consigné une ascension héliaque de Sirius, observée le quatrième jour après le solstice d'été, qui répond à Tan 2250 avant Jésus-Christ, et il y a de très fortes raisons de croire que, longtemps avant cette époque, les Thébains étaient déjà de bons astronomes. Cette observation donne certainement à Thèbes une plus haute antiquité que ne lui en attribue la chronique d'Axoum.
Cette ville n'est point désignée dans .l'Écriture sainte par le nom qui nous a été transmis. Avant Moïse, elle fut détruite par Salotis, prince des Agaazi ou pasteurs éthiopiens. Dans l'ancien langage, cette ville s'appelait Ammon-No. Le nom de Thèbes, à cause de la forme de ses temples, vient, dit-on, de Théba, mot qui, en hébreu, signifie l'arche que Noé eut l'ordre de bâtir : « Tu construiras une arche (thebà) de bois poli. » {Genèse^ chap. vi, vers. 14.)
Tandis que les descendants de Chus étendaient ' leurs progrès dans le centre et au nord de leur territoire, leurs frères s'avançaient dans les montagnes
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qui se prolongent parallèlement au golfe d'Arabie. Ce pays fut, dans tous les temps, appelé Saba ou Azabo ; chacun de ces mots signifie le sud. Il portait ce nom parce qu'il était sur la côte méridionale du golfe d'Arabie, et que, en venant d'Arabie et d'Egypte, c'était lafinontière sud du continent africain.
Des populations aux cheveux longs, aux traits fins et réguliers, à la peau d'un brun foncé, vivant au sein des plaines, dans des habitations mobiles, gardant de nombreux troupeaux et errant au gré de leurs besoins, se rapprochèrent des Chussites et leur servirent de messagers pour le transport de leurs marchandises. Ces hommes étaient appelés, en hébreu, Phut, et dans toutes les autres langues, pasteurs. Ils ort toujours la même occupation, et jamais ils n'en connurent d'autre. On les désignait sous différents noms, comme Balous, Bagla, BelsLvéy Berberi, Barabra, ZilU et Souah^ qui tous signifient pasteur. Le pays qu'ils habitent fut appelé Barbarie par les Grecs et par les Romains, d'après le mot Berber^ qui signifiait originairement pasteur.
C'est par la longue lisière de terre qui s'étend sur les bords de l'océan Indien et de la mer Rouge, que
les pasteurs transportaient les marchandises dans les ports de ces mers, jusqu'aux plaines de Tisthme de Suez, qui tire probablement son nom de Souah, pasteurs.
Dans la Bible, une de ces plaines porte le nom de Gessen^ c'est-à-dire terre des pâturages, et les Arabes rappellent encore aujourd'hui Beled-el-Guéche, pays des pâturages.
Le principal siège de la résidence des pasteurs était cette partie basse et unie de TAfrique qui se trouve entre le tropique du Cancer et les montagnes de l'Abyssinie.
Mais les plus nobles, les plus belliqueux de tous les pasteurs sont, sans contredit, ceux qui habitaient jadis et qui habitent encore les montagnes d'Habad, dont la chaîne s'étend depuis les environs de Massouah jusqu'à Souakim.
Dans l'ancienne langue de ce pays, so signifie pasteur ; souah est le pluriel.
Les montagnes habitées par les Agaazi s'appellent Habah, nom dont ils ont tiré le leur, ifaba/i, dans leur langage, comme en arabe, signifie un serpent. De là vient la fable historique qu'on trouve dans le
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livre d'Axoum, où il est dit qu un serpent conquit la province du Tigré et y régna.
Suivant la chronique d*Axoum, le plus ancien recueil du pays^ livre dont Tautorité est la plus respectable après celle de TÉcriture sainte, entre la création du monde et la naissance de Jésus-Christ, il s'écoula 5,500 ans. L'Abyssinie ne fut peuplée que 1808 ans avant le Christ; et, environ 1400 ans avant Jésus-Christ, un grand nombre d'hommes, (jui parlaient différentes langues, vinrent s*y réfugier. Ils furent bien accueillis par les Agaazi, pasteurs habitant les hautes contrées du Tigré, et chacun occupa la terre qui lui convint le mieux. Cet établissement est appelé dans la chronique d'Axoum Angoba^ c'est-à-dire l'entrée des nations.
La tradition dit encore que ce peuple venait de la Palestine, vers l'époque où une inondation fit de grands ravages. Pausanias rapporte en effet qu'il y eut une inondation en Ethiopie, pendant le règne de Cécrops en (irèce, 1490 ans avant Jésus-Christ, A cette époque, les Israélites, quittant l'Arabie, entrèrent dans la Terre promise, sous Caleb et sous Josué. Nous ne devons pas être étonnés de Timpres-
sion terrible que fit cette invasion sur l'esprit des habitants de la Palestine. Aussi, quand Josué eut passé le Jourdain et fait tomber les murailles de Jéricho, une terreur panique s'empara de tous les peuples de la Syrie et de la Palestine. Ils tuèrent tout ce qui s y rencontra (à Jéricho), depuis les hommes jusqu'aux vieillards. Ils firent passer aussi au fil de Vépée les bœufs, les brebis et les ânes, (Josué, chap. vi, v. 21.)
Les différents peuples de la côte de Syrie et de Palestine, qui parlaient chacun un langage différent, apprenant que le conquérant, suivi d'une nombreuse armée et déjà en possession d'une partie du pays, faisait périr les vaincus sous des scies et des herses de fer, ne purent se déterminer à attendre un ennemi si redoutable, et cherchèrent leur sûreté dans une prompte fuite. C'est chez les pasteurs de rAbyssinie et d*Atbara que ces malheureux: devaient le plus naturellement se réfugier.
Procope fait mention de deux colonnes qui, de son temps, étaient encore debout sur la côte de Mauritanie, vis-à-vis de Gibraltar, et sur lesquelles on lisait en langue phénicienne : Nou& sommes Phéniciens et fuyons devant la face du fils de Nun (Josué)
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Ainsi, parmi les divers habitants de TAbyssinie, depuis les limites méridionales jusqu'aux frontières de rÉgypte, il y avait d'abord les descendants de Chus, peuple policé et demeurant dans des villes, après avoir été troglodytes et avoir vécu dans des cavernes ; puis les pasteurs. Après ceux-ci venaient enfin les nations sorties de la Palestine, les Amhara, les Agow de Damot, les Agow de Tohué, les Gafat.
^voyage de la reine de saba a jérusalem auprès de salomon, et conversion de l'abyssinie au judaïsme
^^^ri ne doit point être étonné si le trafic continuel
1 '' importance des affaires que les Tyriens et les
^^^f:^ faisaient avec les Chussites et les pasteurs de la
^^^-^ d'Afrique, avaient établi des relations intimes
^^^ï^^ eux. On comprend dès lors que la reine de
°^l>^ (nous rappelons que Saba veut dire Sud), sou-
^^irçtiiie de ces contrées, ait conçu le désir de voir par
elle-même ce que devenaient les trésors qu'on exportait de chez elle depuis tant d'années, et de connaître le grand prince qui les employait avec tant de magnificence. Il ne peut y avoir aucun doute sur son voyage. Tous les peuples de l'Orient l'attestent et en parlent dans les mêmes termes que l'Écriture. Les annales abyssiniennes disent que la reine vivait à Saba ou Azab, pays de l'encens et de la myrrhe, situé non loin de la mer Rouge. Ils ajoutent qu'elle alla à Jérusalem, sous les auspices d'Hiram, roi de Tyr, dont la fille l'accompagnait, ainsi qu'il est dit au psaume 45 ; qu'elle ne fit point le voyage par mer et ne traversa pas l'Arabie, de peur des Ismaélites ; mais qu'elle se rendit d'Azab en Palestine et en revint en faisant le tour de Massouah et de Souakim, escortée par ses propres sujets, les pasteurs ; qu'enfin elle se servit du chameau ou dromadaire, et que celui qu'elle montait était blanc, d'une grandeur prodigieuse et d'une extrême beauté. ^^
Plusieurs auteurs anciens ont cru cette reine arabe. Mais Saba était un royaume particulier qu'on ne peut pas confondre avec une petite ville d'Arabie appelée aussi Saba, parce qu'elle était au sud de la
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Mecque. L'histoire nous apprend que les Sabéens avaient coutume d'être gouvernés par une reine plutôt que par un roi, tandis que les Homérites ou Sabéens arabes, qui habitaient la côte d'Arabie opposée au rivage d'Azab, étaient gouvernés par des rois- Les rois homérites ne pouvaient jamais sortir de leur pays ni même de leur résidence, et dès qu'ils paraissaient en public, on avait le droit de les lapider.
Assurément, un peuple qui traitait ainsi ses souverains n'aurait pas souffert que sa reine entreprit un voyage, si un hasard contraire à leurs usages les avait rendus sujets d'une reine. Les Arabes prétendent que le nom de la reine de Saba qui vint à Jérusalem, était Belkis. Les Abyssiniens la nomment Maquéda. Le Nouveau Testament l'appelle la reine du Midi : La reine du Midi.., vint des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon ; elle contempla celui qui est plus grand que Salomon. (Saint Mathieu, chap. ?rn, v. 42.)
Les annales d'Abyssinie sont remplies de détails sur le voyage de la reine de Saba. Elles disent que cette reine, païenne à son départ d'Azab, remplie d'admiration à la vue des ouvi^ages de Salomon, se
convertit au judaïsme à Jérusalem, et eut du roi des Hébreux un fils à qui elle donna le nom de Ménilek. La reine s*en retourna à Saba avec son fils Ménilek, qu'elle garda quelques années et renvoya ensuite à son père pour le faire instruire. Salomon ne négligea rien pour l'éducation de cet enfant. Ménilek fut oint et couronné roi d'Ethiopie, dans le temple de Jérusalem, et prit le nom du père de Salomon, Daond (David). Ensuite il revint à Azab, où il conduisit une colonie de Juifs, et, parmi eux, des docteurs de la loi de Moïse, particulièrement un de chaque tribu. 11 établit ces docteurs juges dans son royaume, et c'est d'eux que descendent les umbares actuels, juges suprêmes, dont trois accompagnent toujours le roi. Avec Ménilek était Azarias, fils du grand-prêtre Sadok, portant une copie de la loi confiée à sa garde. Azariàs reçut aussi le titre de Nebrit ou de grandprêtre, et quoique le livre de la loi ait été brûlé dans l'église d'Axoum, pendant que les Arabes dévalisaient la province d'Adel, la charge d' Azarias fut conservée, à ce qu'on assure, dans sa famille, dont les descendants sont aujourd'hui nébrits ou prêtres de l'église d'Axoum.
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Toute l'Abyssinie fut donc convertie au judaïsme. Le gouvernement de rÉf^liso et celui de l'État furent entièrement modeb^s sur (^elui de Jérusalem. Le dernier usage que la reine de Saba fit de son pouvoir, fut d'ordonner qu'aucune femme ne pourrait, à l'avenir, être déclarée reine, et qu'on déférerait la couronne à l'héritier mâle, quehjue éloigné qu'il fût, à l'exclusion absolue des femmes. On remarque plus tard, dans l'histoire d'Abyssinie, qiie, s'il n'y a plus eu de femme portant la couronne, des reines régentes ont du moins illustré leur gouvernement. Ce furent même, en général, des époques de prospérité pendant lesquelles les guerres civiles s'apaisèrent. La reine de Saba, après un régne de quarante ans, mourut 986 ^ns avant Jèsus-Christ. Son fils Ménilek lui succéda. Il était constaté au temps de Bruce, c'est-à-dire en 1770, que les descendants de Ménilek occupaient encore le trône.