‹ Souvenirs de quarante ans dédiés à mes enfantsChapitre 26 sur 33 · CONVERSION DE L ABYSSINIE AU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

CONVERSION DE L ABYSSINIE AU CHRISTIANISME

Les Abyssiniens adoptent l'Écriture sainte, comme nous l'adoptons, et ils comptent le même nombre de livres que nous.

L'Apocalypse de saint Jean est leur lecture favorite ; ils l'intitulent : la Vision de Jean-Abou-Xalamsis.

Les vieux prêtres abyssiniens lisent avec beaucoup de zèle le cantique de Salomon, mais ils en défendent la lecture aux diacres, aux laïques et aux femmes. Ils croient que Salomon composa ce cantique en l'honneur de la fille de Pharaon.

Après le Nouveau Testament, les Abyssiniens placent les Actes des Apôtres qu'ils appellent Synnodos; ces Synnodos servent de loi écrite dans le pays.

Un autre livre s'appelle Haimanout-Abou. Il contient principalement la collection des ouvrages des Pères grecs, traitant et expliquant certains articles do

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foi qui ont été l'objet des disputes de l'ancienne Église d'Orient. Des traductions des ouvrages de saint Athanase, saint Basile, saint Jean Chrysostome et saint Cyrille existent aussi en Abyssinie.

Un autre livre révéré dans ces contrées est le Synaxar, ou la Fleur des saints.

D'après l'histoire abyssinienne, Bazen, qui fut le vingt-deuxième roi descendant de la reine de Saba, était contemporain d'Auguste ; il régna seize ans. La naissance de Jésus-Christ arriva dans la huitième année de son règne.

La conversion de l'Abyssinio au christianisme eut lieu sous le roi Abréha ou Atzébeba, treizième successeur de Bazen, vers 333 de l'ère chrétienne.

Le premier évéque de l'Abyssinie fut délégué par saint Athanase d'Alexandrie, qui lui-même occupa le siège épiscopal de cette vilhî dès l'an 330.

L'histoire abyssinienne raconte que Frumentius, l'apôtre de l'Abyssinie, vint dans ce royaume, sous le gouvernement d'une femme qui était probablement tutrice du roi mineur.

Le philosophe Méropius, grec de naissance, établi à Tyr et professant la religion chrétienne, s'était em-

barque sur la mer Rouge pour se rendre aux Indes ; il emmenait avec lui Frumontius et Adésius, deux jeunes gens qu'il désirait établir dans le commerce, après leur avoir donné une éducation distinguée. Le vaisseau sur lequel ils avaient pris passage fut brisé sur la côte d'Abyssinie. Méropius périt en se défendant contre les naturels du pays ; les deux jeunes gens furent pris et conduits à Axoum, où la cour résidait alors , ils apprirent promptement la langue des Abyssiniens, et comme dans ce pays l'on a toujours été disposé à admirer les étrangers, ils furent l'objet des attentions de la cour. Adésius fut nommé maître du garde-meuble et de la maison du roi, fonction qui, depuis, a constamment été remplie par un étranger. Quant à Prumentius, la reine régente le jugea digne d'être chargé de l'éducation du roi, qui était en bas âge ; il se dévoua à cette princesse.

En instruisant son élève, Frumentius lui inspira beaucoup de vénération et d'amour pour la religion chrétienne ; ensuite il partit pour Alexandrie, afin de rendre compte à l'évêque Athanase de l'espoir qu'il avait de convertir TAbyssinie au christianisme, si

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Ton y envoyait des hommes capables de répandre r instruction parmi le peuple.

Athanase sacra Frumentius évêque d'Axoum. A son retour, le roi embrassa publiquement le christianisme. La plus grande partie de l'Abyssinie suivit son exemple, et l'Église d'Ethiopie s'est maintenue jusqu'à nos jours.

Il paraît que cette conversion de l'Abyssinie s'effectua paisiblement et sans aucune effusion de sang. C'était la seconde fois que l'empire changeait de religion, de la même manière, avec la même facilité et le même ordre. Nul prêcheur fanatique, nul saint trop emporté ne causèrent de trouble. Ces deux grands événements ne coûtèrent pas la moindre goutte de sang à un(^ nation sage quoique barbare, parce qu'aucune persécution ne fut la suite de la différence de sentiment en fait de religion. Si la guerre a souvent désolé l'Abyssinie, elle n'a eu que des motifs purement temporels.

Vers l'an 1200, tandis que Lalibala régnait en Abyssinie, les chrétiens furent violemment persécutés en Egypte. Amrou, lieutenant du calife Omar, avait alors achevé la conquête de ce royaume. Les maçons

et les tailleurs de pierre furent plus vivement poursuivis que les autres, parce que les Arabes avaient leur métier en abomination. Lalibala, offrant un asile dans ses États à tous ceux qui se dérobaient à la persécution, en recueillit un grand nombre. Il fit creuser plusieurs églises dans le roc solide de la province de Lasta, sa patrie, où elles sont demeurées intactes jusqu'à présent.

Sous le règne de Saïf-Araad (de la descendance de Salomon), de 1342 à 1370, le Soudan d'Egypte avait fait emprisonner Marc, patriarche des Cophtes. Dès que la nouvelle en parvint à Saïf-Araad, il fit arrêter tous les marchands égyptiens et envoyer au delà des frontières des postes de cavalerie pour molester les caravanes et interrompre leur marche. Le Soudan fit bientôt relâcher Tabouna Marc, sous la seule condition qu'il rétablirait la paix entre Saïf-Araad et l'Egypte, ce qui ne tarda pas à avoir lieu,

Zara Jacob, quatrième fils de David II, succéda à son neveu et occupa le trône pendant trente-quatre ans (de 1434 à 1468). Il prit le nom de Constantin ; on le regarda en Abyssinie comme un autre Salomon .

Les Abyssiniens avaient fondé depuis longtemps, à

Jérusalem, un couvent auquel Zara Jacob fît des dons. Il obtint le consentement du pape pour établir à Rome un couvent d'Abyssiniens.

Au nom de ce prince, Nicodème, alors supérieur du couvent de Jérusalem, envoya des prêtres au concile de Florence. Ces prêtres adhérèrent aux sentiments de rÉglise d'Orient sur la procession du Saint- Esprit, objet du schisme entre les Grecs et les Latins. Cependant l'ambassade abyssinienne parut assez importante pour que le souvenir en fût conservé dans un tableau placé au Vatican.

LUTTE DE L ABYSSINIE CONTRE L INVASION DES TRi- BUS MUSULMANES DE l'aRABIE ET DE LA CÔTE d'aFRIQUE. — SES ALLIANCES AVEC LE PORTUGAL. AVANT ET APRÈS LA DÉCOUVERTE DU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE

Le prince Henri, fils de Jean I", roi de Portugal, jaloux de la grandeur de Venise qui devait sa pros-

périté au commerce des Indes, connaissait un autre moyen d'aller chercher des débouchés dans Tlnde : c'était de doubler le cap fameux qu'on nommait alors promontoire des Tempêtes.

Le prince Henri eut àcombattrelespréjugés de toute la nation : mais l'histoire, qu'il étudiait avec soin, lui prouva que le voyage auquel il songeait avait déjà été exécuté, d'abord par les Phéniciens, pendant que Nécos régnait en Egypte, ensuite par Eudoxe, sous Ptolémée Lathyrus. Eudoxe doubla la pointe la plus méridionale de l'Afrique et arriva à Cadix.

Mais il est toujours des hommes qui, incapables de produire eux-mêmes rien de grand, passent leur temps à critiquer les entreprises des autres. Ces hommes affirmaient que l'Océan bouillait continuellement autour des contrées brûlantes ; ils soutenaient encore que ces contrées étaient tellement échauffées par le soleil, que tous les hommes qui les traverseraient deviendraient noirs. De tels raisonnements, propagés en Europe par les Vénitiens, auraient suffi pour renverser les projets du prince Henri, si le roi Edouard, loin de se laisser influencer par les détracteurs de son

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oncle , n'eût favorisé ses projets. Plusieurs voyages furent tentés sous ses auspiccîs.

Des chrétiens de retour de la Palestine avaient rapporté qu*il se trouvait à Jérusalem un couvent de moines sujets d'un prince chrétien résidant au cœur de TAfrique, et dont l'empire s'étendait des bords de la mer Rouge et de l'océan Indien jusqu'au rivage atlantique. On avait ajouté que plusieurs de ces moines venaient fréquemment à Alexandrie, dont le patriarche avait seul le privilège d'envoy(îr un évèque dans leur pays. On appela en Europe ce prince chrétien le prêtre Jean,

En même temps qu'il expédiait des navires chargés de tenter le périple de l'Afrique, le roi de Portugal envoya par TÉgypte deux ambassadeurs au prêtre Jean. Covillan et Païva furent chargés de cette mission ; on leur donna en même temps une carte tracée sous la direction du prince Henri, et on leur recommanda de la corriger, suivant ce qu'ils verraient.

Les voyageurs portugais se rendirent à Alexandrie, au Caire, à Suez etàAden. Là, ils se séparèrent. Covillan se dirigea vers Calicut et Goa ; puis, traversant Tocéan Indien, il alla visiter les mines de

Sofala. A son retour à Aden et au Caire, où il devait rencontrer son compagnon Paiva, il reçut la nouvelle de sa mort.

Il fut rejoint au Caire par deux juifs, Abraham et Joseph, qui lui apportaient des lettres du roi d'Abyssinie.

Covillan se rendit enfin dans les États du roi d'Abyssinie. Ce prince, nommé Alexandre, le reçut avec bonté et le garda à sa cour. L'ambassadeur se maria dans le pays et, conservant sa faveur sous différents princes, parvint aux premiers emplois. Il écrivit fréquemment au roi de Portugal, qui de son côté n'épargna rien pour entretenir avec lui une active correspondance. Dans le journal que Covillan envoya à son souverain, il décrivait avec soin les différents ports de l'Inde qu'il avait vus, la situation et la richesse des mines de Sofala en Afrique, au nord du cap de Bonne-Espérance ; il l'exhortait, en outre, tant en son nom qu'au nom du roi d'Abyssinie, à poursuivre avec vigueur la découverte d'un passage par le sud de l'Afrique, passage qu'il soutenait être sans danger. Il assura que le cap était connu dans l'Inde et en Abyssinie ; enfin il envoya une carte sur la-

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quelle le promontoire était bien tracé, ainsi que toutes les villes qui bordaient la côte voisine,

Muni de ces instructions, le roi de Portugal fit armer trois vaisseaux dont il donna le commandement à Barthélémy Diaz. L*escadre de Diaz atteignit le cap redoutable, objet des désirs et en même temps de l'épouvante de ses marins ; mais lorsque Diaz voulut se rapprocher de la terre, les équipages, effrayés par des vents violents et par une mer furieuse, refusèrent d'aller plus loin.

Les marins, dont les visages étaient hâlés par une longue navigation et par l'ardeur du soleil, craignaient réellement de devenir nègres. Toutes les fables dont on les avait menacés avant leur départ leur apparaissaient comme des réalités. Diaz fut obligé de se contenter de la vue du cap des Tempêtes, et, au lieu de le doubler, il revint en Portugal où, pendant le reste de la vie du roi, on ne cessa de parler des dangers de l'expédition .

Pour détourner la cour de la poursuite de sa généreuse entreprise, beaucoup de gens puissants, et môme des envoyés de souverains étrangers, appuyaient sur des motifs de haute politique leur op-

position au renouvellement de la tentative de Barthélémy Diaz. Ils disaient, absolument comme on Ta dit pour le percement de Tisthme de Suez, que Tentreprise était impossible, et ensuite que sa réussite devant changer les rapports du commerce, les nations en possession exclusive du commerce des Indes se réuniraient pour faire une guerre d'extermination au Portugal.

Le prince Henri n'était plus là pour répondre aux objections contradictoires et aux perfides insinuations: après lui, s'étaitl ralenti en Portugal Tesprit d'entreprises et de découvertes maritimes.

Mais plus tard, le roi don Emmanuel, écartant de vaines terreurs, résolut de suivre le noble projet de ses prédécesseurs- Il jeta les yeux sur Vasco deGama, homme distingué par son courage, par son caractère et par sa présence d'esprit. Il lui remit le journal et la carte de Pedro Covillan, ainsi que des lettres pour les princes indiens et africains dont il avaitentendu parler.

Le 14 juillet 1497, Gama partit de Lisbonne avec une petite flotte, et, le 18 novembre, il découvrit le cap des Tempêtes. Mais les bâtiments étaient tellement battus par la tourmente que les matelots refusaient

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d'aller plus loin. Les impressions du voyage de Diaz étaient plus fortes sur leur esprit que l'obéissance et la résignation qu'ils avaient solennellement promises à la chapelle de la Vierge, où Vasco les avait menés en procession, avant son départ de Lisbonne. Ils se révoltèrent; les pilotes eux-mêmes étaient à la tète des mutins. Mais Vasco, secondé par ses officiers, s'empara des chefs de la révolte et les jeta, chargés de fers, à fond de cale. Il prit lui-même en main la barre du gouvernail, et, s'écartant de terre, gagna la pleine mer, au grand étonnement de ses plus braves compagnons. La tempête dura encore rleux jours; le 20, Tamiral avait eu l'honneur de doubler le cap. Dans ce moment de triomphe, les trompettes et les tambours se firent entendre. Vasco rendit la liberté aux prisonniers, leur permit toutes sortes de réjouissances, et leur persuada que le cap si redouté devait justement être appelé le cap de Bonne-Espérance .

L'amiral débarqua avec Martin Alonso, qui parlait plusieurs langues des nègres, sur la Tierra. de iVataZ, où il fut parfaitement accueilli par le roi et par les indigènes.

Le 15 janvier 1498, après avoir renouvelé sa provision d'eau, que les nègres eux-mêmes aidèrent à mettre à bord, Gama quitta cette nation douce et hospitalière et s'avança jusqu'à un cap qu'il nomma le cap des Courants. Là commence la côte de Natal; celle de Sofala est plus au nord. Gama, en venant du midi au cap des Courants, arriva précisément au même endroit que Covillan, de sorte que ces Portugais avaient fait à eux deux le tour entier de TAfrique.

David III, deuxième successeur d'Alexandre, monta sur le trône en 1508, à Fâge de douze ans. La reine régente, Helena^ et l'évêque Marc (l'abouna), son favori, prirent les rênes du gouvernement de TAbyssinie, qui commençait à être vivement inquiétée par les rois musulmans de la côte orientale d'Afrique et de la côte d'Arabie.

Helena, fille d'un prince maure, fit tous ses efforts pour maintenir la paix entre les Abyssiniens chrétiens et leurs voisins mahométans, en cherchant à les lier par des relations commerciales ; elle y avait déjà réussi, lorsqu'une troisième puissance vint déranger l'équilibre. Les Turcs, qui n'avaient jamais paru dans

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le midi de TAfrique et de TAftie, s'y montrèrent.

Sélim, empereur de Constantinople, qui venait de vaincre le soudan d'Egypte, conquît bientôt la péninsule d'Arabie jusqu'aux bords de Focéan Indien.

Les villes commerçantes de la côte d'Arabie, Djedda, Moka, Souakim et Massouah, placées sur la côte d'Afrique, aux portes de l'Abyssinie, reçurent des garnisons turques de janissaires, qui pressurèrent le commerce au lieu de le protéger. Les marchands arabes s'enfuirent et portèrent leurs richesses sur les côtes du royaume d'Adel, aux limites sud-est de TAbyssinie. Le commerce de l'Inde, échappant aux mêmes entraves, vint également se réfugier à , Adel.

Les Turcs s'emparèrent alors de Zeyla, petite île située sur la côte d'Adel, à l'entrée de l'océan Indien. Us y établirent une douane et soumirent à de dures contributions le commerce que le royaume d'Adel faisait avec l'Inde.

Ce nouvel établissement menaçait à la fois le royaume d'Adel et l'empire d'Abyssinie.

La reine-régente Helena, instruite du passage des Portugais par le cap de Bonne-Espérance et des pro-

grès de leur puissance dans rinde, sentit que le secours de cette nation pouvait seul sauver Adel et TAbyssinie.

Le Portugais Pedro Covillan était toujours à la cour, La reine Tavait comblé de richesses et d'honneurs ; elle s'entendit avec lui pour faire des propositions d'alliance au roi de Portugal. Il y avait alors à la cour d'Abyssinie un marchand arménien nommé Matteo, homme intelligent, honnête et accoutumé depuis longtemps à parcourir les Etats de TOrient pour les besoins du roi et des grands. Il fut choisi par la reine Helena pour être son ambassadeur auprès du roi du Portugal. Il paraît certain que les dépêches dont il était porteur furent rédigées par Pedro Covillan. Il y est dit que ce que la reine demande sera expliqué par M atfeo, son ambassadeur, qualifié du titre de son confident et d'homme instruit de ses plus secrets desseins.

Les ambassadeurs extraordinaires voyageaient plus lentement au xvi* siècle qu'aujourd'hui. Matteo se rendit d'abord aux Indes portugaises; ce fut seulement trois ans après, en 1513, qu'il continua sa route pour le Portugal, où il arriva avec une flotte chargée

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d'épices, expédiée par le gouverneur général portugais, AUniquerque.

Pendant ce temps, Helena conclut d*abordun traité de paix avec le roi d*Adel ; mais les secours attendus du Portugal n'arrivant pas, ce prince, incapable de résister au Turcs, se joignit à eux contre TAbyssinie . Les années combinées des Maures d*Adel et des Turcs envahirent les frontières de Tempire, et, en moins d'un an, réduisirent en captivité ou égorgèrent vingt mille chrétiens, La terreur se répandit dans tout le pays.

Le roi David III n'avait pas encore seize ans. Indigné des incursions de l'ennemi, il prit le parti de rassembler une armée et de la commander en personne. La reine régente, les femmes de la noblesse prodiguèrent leurs trésors, et, pour exciter les guerriers, n'épargnèrent ni les promesses ni les présents.

Le roi pénétra rapidement dans la province de Fatégar et marcha droit à Aoussa, capitale du royaume d'Adel.

Là, il rangea son armée en bataille, en face des confédérés d'Adel. Il était déjà neuf heures, la chaleur commençait à se faire sentir. (Il faut observer que

les Abyssiniens n'ont pas Thabitude de combattre de meilleure heure. Un des chefs des confédérés, Maffudi, envoya au camp de David un trompette porter un défi, par lequel il proposait un combat singulier au premier noble abyssinien qui voudrait se mesurer avec lui, à condition que le vainqueur obtiendrait la victoire pour son parti, et qu'alors les deux armées se retireraient, chacune de son côté, sans qu'il y eût d'autre sang répandu. Le cartel fut accepté.

Un jeune moine abyssinien, nommé Gabriel Andréas, qui, sous le régime précédent, avait eu le bout de la langue coupé pour avoir parlé avec trop de liberté d'une proclamation du roi, s'offrit le premier, priant David de lui confier l'honneur du trône et la fortune de l'armée. Le roi y consentit. Tous les Abyssiniens acclamèrent à Andréas. Il était d'une haute naissance, savant, riche, libéral, affable et connu par la finesse de son esprit. Il était en outre, bon soldat, d'une valeur et d'une adresse éprouvées, et ne le cédait, ni pour la vigueur, ni pour l'agilité, à aucun des guerriers de l'armée.

Les deux champions combattirent avec acharnement. Gabriel Andréas porta à Mafiudi un coup de

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sabre si terrible, entre le cou et l'épaule, qu'il le fendit presque en deux et retendit raîde mort; ensuite, il lui coupa la tête et vint la jeter aux pieds du roi David.

En même temps, les deux armées, qui n'avaient point ratifié la condition du combat singulier, s'ébranlèrent l'une contre l'autre. La fougue des Abyssiniens mit le désordre dans les rangs des Maures, qui se dispersèrent, après avoir laissé dix ou douze mille des leurs sur le champ de bataille. Leur étendard vert fut pris, ainsi que la tente de velours noir brodé d'or de leur général en chef.

Le lendemain, David se rendit avec son armée dans une ville où se trouvait un palais appartenant au roi d'Adel. Voyant que la porte était fermée, il frappa avec sa lance, mais personne ne répondit. Il défendit à ses soldats de rien piller, et se retira, laissant sa lance plantée dans la porte, pour montrer qu'il était venu en ce lieu et qu'il avait été maître d'entrer dans la maison.

Au retour de l'armée en Abyssinie, tout le monde s'empressa autour d'Andréas, jetant sur son passage dés fleurs et des branches vertes. Les femmes couron-

liaient son front de guirlandes, célébraient sa gloire par des chants et élevaient leurs enfants sur son passage. Cette victoire des Abyssiniens fut remportée en juillet 1516; le même jour, une flotte portugaise, sous le commandement de don Lopez Suarez Alberguiera, s'empara de Tile de Zeyla et en brûla les établissements.

L'ambassadeur Matteo, qui avait été traité magnifiquement par le roi don Emmanuel et renvoyé aux Indes, s'embarqua à Goa avec l'amiral de Segueyra et fit voile pour Massouah, où il arriva le 16 avril 1520. De là, il se mit en route pour l'intérieur de l'Abyssinie; mais il ne put résister aux fatigues du voyage et mourut, consumé par la fièvre, avant d'avoir pu rejoindre le roi David. Zaga Zaab, moine abyssinien, fut choisi pour remplacer Matteo comme ambassadeur auprès de la cour de Portugal, où il se rendit en 1525, année de la mort de la reine-mère Helena.

David se préparait alors à recommencer la guerre contre les Adeliens, qui s'étaient ligués avec les pachas et généraux turcs commandant en Arabie. Les Turcs envoyèrent un contingent qui commença par reprendre possession de Zeyla.

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Une caravane avait coutume de partir annuelle; ment deTAbyssinie pour aller à Jérusalem. Les Abyssiniens avaient un traité avec les Arabes ; leur caravane, composée d'un millier de pèlerins, tant prêtres que laïques, prenait son point de départ d'Hamozem, petit territoire qui n*est éloigné que de deux journées de marche de Dobarwa et de Massouah. La caravane était précédée de tambours, déployait ses drapeaux et traversait le désert par la route de Soaakim, sans que personne cherchât à Tinsulter.

L'année qui suivit la conquête de l'Egypte par le sultan Sélim, et qui vit la fin du règne de la dynastie des Mamelouks, Tabbé Azerata-Christos conduisit quinze cents pèlerins à Jérusalem, où ils arrivèrent sans accident ; mais à leur retour, ayant rencontré un corps do troupes envoyé par Sélim, la plupart furent massacrés et les autres dispersés dans le désert, où ils périrent de faim et de soif. En 1525, une autre caravane s'assembla à Hamozem. Elle était composée de trois oent trente-six moines ou prêtres et de quinze religieuses. Le deuxième jour du départ, elle fut attaquée par les Maures du district d'Hamozem. Tous les chrétiens un peu âgés fuient passés au fils de Tépée

et tous les jeunes furent réduits en captivité pour être vendus aux Turcs. Il n'échappa que quinze personnes, dont trois seulement purent arriver en Choa, auprès du roi. Dès ce moment, les Abyssiniens interrompirent toute communication avec l'Egypte par le désert. David entra avec une armée dans la province de Dawaro ; de là, il envoya un corps de troupes pour observer les forces ennemies dans le royaume d'Adel. Ce détachement rencontra les troupes adeliennes préposées à la garde des frontières. On en vint aux mains; les Abyssiniens furent vainqueurs, et ils poursuivirent les Maures. Le roi s'avança alors et livra une grande bataille à Chimbra-Coré. Elle futsanglante; les Abyssiniens la perdirent complètement. La plus grande partie de leur noblesse et quatre mille soldats restèrent sur place.

Mehemet, surnommé Gragné^ c'est-à-dire le Gaucher y gouverneur de Zeyla, copamandait l'armée coalisée des Turcs et des Maures. Après sa victoire, il employa deux années à fortifier la ligue. Il envoya en Arabie comme esclaves tous les prisonniers, et reçut en échange des renforts de troupes d'artillerie. Lorsqu'il fut prêt, il envahit la province de Fatégar

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ainsi que les deux autres provinces voisines, TEfat et le Dawaro, brûlant , ravageant tout ce qu'il trouvait sur son passage et réduisant à l'esclavage les habitants que le sabre épargnait.

Voyant son empire menacé de ruine, le roi David se décida, malgré Tinfériorité de son armée, à marcher contre les ennemis et à les attaquer. La bataille se donna, le !•" mai 1528. Le roi fut de nouveau vaincu, après avoir vu périr autour de lui son général en chef Islam-Suegued et ses principaux officiers ; il se retira dans TAmhara, et campa à Hégis, espérant recruter une nouvelle armée. Mais Gragné, qui était à sa poursuite, ne lui en laissa pas le temps; il entra en Amhara, exterminant tout ce qu'il rencontrait.

Au mois d'avril de l'année suivante, Gragné pilla et brûla Varvar. En 1530, il envahit la province de Tigré. Le roi, qui avait hiverné en Dambéa, gagna le Wogora.

En 1531, le monarque abyssinien traversa le Tsegadé, avant toujours derrière lui Gragné. Enfin le général maure atteignit David, le 6 février, à Dalakas, Sur les bords du Nil et lui offrit la bataille. La fortune Se déclara encore contre le roi d'Abyssinie.

Negadé-Yasous , Açab-Zaat et plusieurs autres chefs de la noblesse périrent en combattant sous les yeux de leur prince.

Le brave moine Andréas, très avancé en âge, chercha et trouva une mort glorieuse au milieu des ennemis, ne voulant pas survivre aux désastres de sa patrie.

Une partie de Tannée de Gragné se détacha pour aller brûler Axoum, Tautre resta à Amhara. Le 7 avril, un général abyssinien, voulant empêcher Tincendie et le pillage des plus riches églises de TAbyssinie, attaqua sans succès Tarmée des Maures ; ses troupes furent taillées en pièces.

En 1536, vingt-huitième année de son règne, David traversa lo Taoazzé et eut plusieurs rencontres désastreuses avec les habitants du Siré et du Serawé.

Le 7 mars, Ammer, un des lieutenants de Gragné, surprit et tua le prince Victor, fils aîné du roi, qui allait rejoindre son père, et dispersa son armée. Trois jours après , le roi combattait en personne Tarmée d' Ammer à Zaat; mais il fut encore vaincu et le plus jeune de ses fils, le prince Menas, fait prisonnier.

Le roi, resté presque seul, alla se réfugier dans les

rochers delà haute montagne de Salem; mais il y fut encore poursuivi et n'échappa à Tcnnemi qu'en traversant à la nage le Tacazzé. Il se retira alors sur le Tabar, montagne de la province de Siré, où il demeura tout rhiver.

La constance admirable de David, qui seul semblait ne pas désespérer de sa cause, étonnait à la fois ses amis et ses ennemis. Aussi tous les braves soldats qui avaient pu échapper aux troupes maures répandues autour de la montagne où était le roi, n'hésitèrentils pas à se rendre auprès de ce prince, et il se trouva bientôt à la tête d'une armée, peu nombreuse il est vrai, mais d'une valeur à toute épreuve.

Un lieutenant d'Ammer, Achmet-Eddin, voulut alors traverser la province de Siré, chargé des dépouilles des églises et des villes qu'il avait pillées. Le roi fondit tout à coup sur lui, du haut de la montagne, le surprit, le tua de sa propre main et le laissa, avec tous les siens, étendu sur le champ de bataille.

La mort d'Ammer donna quelque repos à David. L'abouna Marc, vieux et infirme, n'ayant plus de rapports avec l'Egypte, depuis la conquête des Turcs, était devenu assez indifférent pour l'Eglise du Caire; quel-

que temps avant sa mort, il désigna, à la prière du roi, pour son successeur, un prêtre portugais, nonuné Juan Bermudez.

Juan consentit à accepter le patriarcat d'Abyssinie, à la condition toutefois que le pape l'approuverait, et il partit pour Rome en traversant T Arabie et l'Egypte. Paul III, alors pape, lui confirma non seulement le patriarcat d'Abyssinie, mais lui donna aussi celui d'Alexandrie et le titre de patriarche de la mer. Il y avai t douze ans que Zaga-Zaab était parti pour le Portugal ; on n'entendait plus parler de lui. Juan Bermudez n'avait pas seulement une mission auprès du pape, il était aussi l'ambassadeur de David à la cour de Portugal, chargé de réclamer des secours contre les ennemis menaçant l'Abyssinie d'une ruine prochaine.

Pendant que David se maintenait au nord de l'Abyssinie, une catastrophe terrible ensanglanta le midi.

Le vizir Mudgid surprit dans la montagne de Gessem la famille royale, la fit prisonnière et passa au fil .de l'épée, sans distinction d'âge ni de sexe, tous ses défenseurs. Ce fut en 1540, qu'arriva ce terrible événement. Les malheurs de David étaient alors à leur comble: il mourut la même année.

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La chute de l'empire d'Abyssinie semblait inévitable. La famine et la peste, suite ordinaire en Orient des guerres prolongées, ravageaient le pays et emportaient ceux que le fer avait épargnés.

Claudius, encore très jeune, monta sur le trône de David, son père, dans un temps où l'empire semblait plus que jamais avoir besoin d'une main ferme et expérimentée. Mais Claudius possédait des grâces et une affabilité qui, à première vue, lui gagnaient tous les cœurs. Sa mère, Sabel Venghel, célèbre par sa sagesse et son courage, l'avait élevé elle-même avec le plus grand soin.

Les Maures se félicitèrent de n'avoir plus affaire qu'à un jeune homme à peine sorti de la tutelle des femmes. Tous les chefs musulmans s'empressèrent de former une ligue contre Claudius. Ils levèrent de nouvelles troupes dans toutes les provinces qui leur étaient soumises.

Le jeune roi réunit les débris des armées de son père, marcha contre les confédérés, les battit dans plusieurs rencontres et répandit la terreur parmi eux.

Les succès de Claudius soutinrent le courage des Abyssiniens et leur inspirèrent une confiance allant

jusqu'à Tenthousiasme. Tous ceux qui avaient combattu SOUS son père se hâtèrent de se rendre auprès de lui. Les Agow de Lasta^ surtout) defsoendirenl en foule de leurs montagnes escarpées;

Claudius maTcha de nouveau coïrtre les Maures. Il détruisit un corps d'année commandé par un gén^ rai très expérimenté, nommé Jonathan- Ce général tomba lui-même sous- lé fer* des Abyssinrens.

Le roi était dans le pays de Samen, voisin de la province de Lasta. 11 traversa le Tacaxzé afin de se rapprocher des districts où Tannée des- confédérés était cantonnée,

Une bataille fut livrée, le 24 avril 1541, contre Ammer, général en chef des confédérés- Glaudius s'était mis en embuscade dans un chemin qui devait couper la retraite à Atnmer, dont larmée fut anéantie-

Pendant que les événements changeaient si favorablement en Abyssinie, le patriarche ambassadeur Juan Bermudez arrivait à la cour de Lisbonne, où son prédécesseur Zaga-Zaab se trouTait encore, sans avoir accompli Tobjet de sa mission.

Bermudez fit un tableati si frappant des désastres de rAbyssinie, il intéressa si vivement le roi et \e^

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grands^ qu'il obtint un ordre royal, invitant le Tice* 1

roi des Indes à envoyer quatre cents soldat» portugais

à Maasouah, pour secourir TAbyssinie. *

Don Etienne de (iama, frère de Vasoo, vice-roi des

Indes, résolut de faire débarquer lui-même, sur la

côte d'Abyssinie, Juan Bermudez, avec le secours promis par son souverain à l'envoyé de Claudius. 9a flotte franchit le détroit' de Bab-el-Mandeb et se rendit à Massouah.

Don Etienne choisit de bonnes troupes commandées par Martin ('orrea, qui s'empara de la ville d'Arkiko et en passa tous les habitants aufîi de l'épée. Ce chef tua d'un coup de mousquet le commandant de la province pour le roi d'Adel, et lui coupa la tête, qu'il envoya à la. reine Sabel Venghel, résidant alors dans une place fortifiée du royaume de Tigré. La reine reçut avec de grandes démonstrations de joie la tête du général maure, considérant ce trophée comme le gage des victoires que les Portugais et les Abyssiniens devaient remporter.

Cependant, don Etienne de Gama fit choix des Portugais qu'il destinait à aller rejoindre Claudiusv Le roi de Portugal n'avait promis à Juan Bermudez

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que quatre cents hommes ; mais un ardent désir de gloire s*était emparé de tous les esprits et chacun ambitionnait de partager les dangers de l'entreprise. Don Etienne confia le commandement de cette petite armée de héros au plus jeune de ses frères, don Christophe de Gama, oflBcier de la plus grande espérance. Ceux qui ne purent avoir l'honneur de marcher murmurèrent, et don Etienne eut beaucoup de peine à les maintenir dans le devoir. C'est à l'occasion du mécontentement des braves soldats qui ne pouvaient aller combattre, que la baie de Massouab, où était alors la flotte portugaise, fut nommée Bahia de los Agraviados, c'est-à-dire la baie des Maltraités. Don Etienne fit voile pour l'Inde.

L'intrépide don Christophe marcha aussitôt du côté de Dobarwa. Le baharnagach ( roi de la mer, nom donné au gouverneur abyssinien auquel sont confiées les provinces du littoral de la mer Rouge ) reçut l'ordre d'escorter les Portugais. La reine se hâta de venir joindre don Christophe. Ce général alla au-dévant d'elle avec sa troupe, tambour battant, enseignes déployées. A son approche, il fit faire une décharge générale de sa mousqueterie. La reine était accompa-

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gnée de ses deux sœurs et d'une suite nombreuse. Don Christophe l'aborda, disent les annales, d'un air galant et respectueux. Elle était couverte depuis les pieds jusqu'à la tête, mais elle daigna lever son voile.

En quittant Dobarwa, don Christophe marcha huit jours de suite dans des chemins très diflBciles, pour faire sa jonction avec l'armée du roi. Ce fut alors qu'il reçut du général maure Gragné, un défi, accompagné des expressions les plus injurieuses, auxquelles il répondit sur le même ton. Gragné, qui voulait prévenir la jonction des deux alliés, pénétra dans la province de Tigré. Les deux armées ennemies ne cherchaient point à s'éviter. Le 25 mars 1542, elles se rencontrèrent à Ainal, petit village.

Chez les Maures, on comptait cinq mille fantassins disciplinés et cinquante fusiliers turcs. Don Christophe n'avait que quatre cent cinquante Portugais et quelques milliers d'Abyssiniens très mal armés .

La reine conseillait de ne point livrer bataille et d'attendre l'arrivée des troupes royales ; mais don Christophe se hâta de combattre.

Au commencement de l'action, Gragné fut ajusté par Pedro de Spa, oflBcier portugais très adroit ; son

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chevaLfut tué ducoup, et lui-même blessé à la< jambe. Uae grande confusion s'éleva parmi les Maures et aurait probablement entraîné leur défaite si, aumêrne instant, le général portuguais n'avait été également blessé d'un coup de feu.

Don Christophe resta maître du champ de bataille et ordonna à ses soldats de planter leurs tentes dans l'endroit que les Mauras venaient de quitter, pour se placer entre l'armée du roi d'Abyssinie et les Portugais. Le monarque abyssinien et le général portugais ne cessèrent pendant quelque temps de s'envoyer réciproquement des messagers et de chercher à s'assurer, par leur correspondance, du meilleur moyen à adopter pour soutenir la guerre. Don Christophe et iareinei pensaient qu'avec si peu de soldats portugais il serait très dangereux de risquer une action avant la fin de l'hiver. Mais dès que le général maure eut deviné leur plan, il rangea ses troupes devant les Portugais, les défiant de la manière la plus outrageante de sortir de leur camp et de venir île combattre. Parmi les vertus que possédait don Christophe on ne pouvait compter la patience, si nécessaire quelquefois à ceux qui commandent des armées

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ou qui dirigent de gcandes entreprises. U était ardent, impétueux, jaloux de ce qu'il croyait lui être dicté par l'honneur militaire, et obstiné à suiyre les résolutions les plus intrépides. Les défis d'un barbai'e, qu'un général plus expérimenté aurait pu mépriser, faisaient oublier à Christophe ses propres raisons ot celles de la reine pour ne pas hasarder la bataille avant l'anivée de Clauilius, qui 5'avaaçait rapidement à la tête de son armée. »Ne pouvant supporter pins longtemps l'insolence de Gragné, il dédaigna tous les conseils et prit le parti de combattre. Donc, le 30 août, à La pointe du jour, il sortit de son camp et offrit la. bataille à l'ennemi. Ghwigné avait porté sa cavalerie à deux mille hommes. Il avait aussi cent Turcs armés de mousquets, un grand ^nombre de fantassins et un train d'artillerie supérieur à tout ce qui avait paru jusqu'alors en Abyssiûie.

On combattit des deux côtés avec une fureur égale. Les Portugais avaient répandu de la poudre à canon devant leur première ligne, et dès que les Turcs ^'approchèrent, ils y mirent le feu, ce qui occasionna dans les rangs ennemis un commencement de dé-

sordre. La fortune sembla d'abord favorable à don Christophe ; mais Gragné ayant fait pointer son artillerie contre les Abyssiniens, ceux-ci, voyant Tefifet des projectiles qui tombaient au milieu d'eux, se débandèrent et laissèrent le bataillon portugais entouré par toute l'armée des Maures. Gragné ne perdit pas son temps à poursuivre les fuyards ; il n'en voulait qu'aux Portugais, dont le petit nombre semblait lui promettre une victoire sûre et rapide. Mais ses attaques redoublées n'eurent aucun succès ; déjà il avait perdu ses meilleurs oflBciers, lorsqu'un soldat turc, apercevant don Christophe qui s'exposait plus qu'aucun- de ses compagnons, le visa, et l'atteignit au bras. Soudain tous les soldats portugais s'oublièrent eux-mêmes pour ne songer qu'à leur général. Christophe refusant absolument de quitter le champ de bataille, on fut obligé de le mettre par force sur une litière et de l'entraîner avec la reine et le patriarche.

Il était déjà nuit ; don Christophe, transporté au milieu d'un bois, tout prés d'une caverne, donna ordre qu'on l'y descendit et qu'on pansât ses blessures. La reine et le patriarche le prièrent en vain

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de quitter ce lieu. Sa résolution était prise, et, sans vouloir en expliquer les raisons, il refusa absolument de s'éloigner. La reine lui représenta alors qu'il était précisément sur le chemin des cavaliers maures, qui, dès le lever du soleil ne manqueraient pas de l'environner. Il répéta d'un ton si ferme qu'il voulait demeurer là et exigea dans de tels termes qu'on le laissât seul, que la reine et le patriarche durent se retirer.

Don Christophe avait ramené, d'une de ses expéditions dans les montagnes, la femme d'un ofllcier turc qu'il avait tué. Cette femme, extrêmement belle, feignit de se convertir au christianisme ; elle inspira au général portugais la plus vive tendresse. Lorsqu'il fut blessé et obligé de se retirer, elle lui indiqua la route qu'il devait suivre et lui promit de venir le rejoindre avec ses amis pour le conduire dans un lieu sûr. Des serviteurs que la reine avait laissés pour veiller sur lui et le secourir, s'étant cachés entre les rochers, virent, en effet, cette femme s'approcher de la caverne et bientôt après s'en retourner dans le bois, d'où sortit tout à coup une troupe d'ennemis. Les Maures coururent vers la retraite où don Christophe était étendu

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à terre, souffrant de sesi blessures. A la premièpe ques- I tien qu'ils lui adressèrent, il dit courageusement son nom. Aussitôt on le conduisit prisonnier au camp ennemi, où Gragné l'accabla de reproches. Le général portii^is lui répondit d'un ton si fier et si imposant, que le Maure, outré de colère, tira son sabre et lui trancha la tête.» Il envoya ensuite cette tète à Constantinople, et le corps fut partagé entre diverses tribus de l'Arabie.

Gragné s'empara du camp des Portugais et laissa égorger tous les blessés. Les femmes s'étaient retirées dans la tente de don Christophe, où les Turcs les menaçaient de leur brutalité. Une jeune et noble Abyssinienne, qui avait épousé un Portugais, indignée des outrages auxquels elle était exposée, mit le feu à plusieurs barils de poudre qui étaient dans la tente et fît périr à la fois elle, ses compagnes et leurs vainqueurs.

Le reine et le patriarche, après avoir suivi des chemins très pénibles, rejoignirent enfin le roi et lui car contèrent leurs malheurs.

Claudius témoigna le plus grand chagrin de la mort de don Christophe, qu'il pleura pendant trois

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jours ; ensuite il envoya trois mille onces d'or pour être partagées entre les Portugais, qui s'empressèrent de se rallier autour du prinee, le priant instamment de les mener au combat, afin de venger la mort de don Christophe.

Le roi se rendit de la province de Samen dans celle de Chavada où les Maures vinrent le combattre avec toutes leurs forces. Claudius livra bataille le 15 novembre. Cette journée fut fatale aux musulmans, qui perdirent trois de 'leurs principaux chefs : Mehemet, Osman et Talil.

Les deux armées se livrèrent à des mouvements stratégiques pendant plusieurs mois ; mais, le 10 février 1543, Claudius présenta de nouveau la bataille à l'ennemi, au Bet-d'Isaac. Les Portugais, toujours animés par le désir de venger don Christophe, combattirent avec la plus grande valeur. L'avant-garde de Qrragné fut repoussée sur le centre ; le choc occasionna un grand désordre parmi les Maures. Alors Gragrié s'avança seul hors des rangs, faisant signe à ses soldats de le suivre. Un ancien serviteur de don Christophe, Pedro Léon, l'ajusta et lui perça le corps d'une balle, au moment où les deux armées sejoi-

, gnaient. Le général maure poussa son cheval du côté

d'un bois où Pedro Léon, qui le suivait, le vit tomber mort. Le Portugais, voulant combattre encore,

■ ne se chargea point de la tête de Gragné; il se con-

tenta de lui couper une oreille qu'il mit dans sa poche, et retourna dans la mêlée. Les Maures, se voyant |r, v privés de leur général, prirent bientôt la fuite. Ils

furent poursuivis jusqu'au soir par les Portugais et

f par les Abyssiniens qui en firent un grand carnage.

Claudius venait donc de tirer une éclatante vengeance des chefs musulmans qui avaient réduit son père aux plus cruelles extrémités. Il ne lui en restait plus à punir qu'un seul, nommé Joram, qui, après avoir chassé Daoud de l'endroit où il s'était caché sur le mont Salem, l'avait forcé à traverser à pied le Tacazzé et lui avait fait courir le risque de se noyer ou d'être pris. Joram ne s'était point trouvé à la bataille du Bet-d'Isaac, mais il se hâtait de se diriger de ce côté. Le roi, informé de sa marche, détacha un corps de troupes pour le. surprendre, avant qu'il eût pu connaître la défaite de ses alliés. Ces troupes se mirent en embuscade, et, au moment où Joram passa, elles fondirent sur son armée et la taillèrent en pièces.

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Pendant tout le temps que Gragné avait ravagé TAbyssinie, les provinces de Siré et de Tigré avaient été le principal théâtre de la guerre. Ces provinces étaient situées entre le Dembéa et les places que les Maures occupaient sur la mer Rouge. L'ennemi les avait traversées dans tous les sens et y avait porté la ruine et la désolation. Gragné avait brûlé la ville d'Axoum, détruit toutes les églises et les couvents du Tigré. Claudius occupa la fin de son règne à réparer tant de désastres.

Cependant, Del-Tumboréa, veuve de Gragné, cherchait à rallumer la guerre. Elle était fort belle ; Nur, gouverneur de Zeyla, en était éperdument amoureux. Cette héroïne déclara qu'elle ne donnerait jamais sa main qu'à celui qui lui apporterait la tête du vainqueur de Gragné, de Claudius, roi d'Abyssinie.

Nur accepta avec ardeur une condition qui lui laissait peu de rivaux. Il envoya un message à Claudius, lui annonçant que, quoique Gragné fût mort, il restait encore un gouverneur de Zeyla, dont la famille avait juré de répandre le sang des princes abyssiniens, et l'avertit de se tenir prêt, parce qu'il allait promptement le combattre. Claudius venait de faire

différents voyages dans^ ses États pour relever les églises que Gragné avait brûlées, et rebâtissait celle, du Debra-Verk (Montagne d'^or), quand il reçut ledéfft de Nur. Ce prince était dUm caractère àne jamais refuser Toffre d'un combat.

Ayant rassemblé son armée à la hâte, il prrt^la route d'Adel, au grand regret de la reine et de ses amis, qui lui conseillaient d'attendre le chef maure.

Les deux armées étaient déjà rangées en bataille, et l'action allait s'engager, quand un moine de Debra- Lihanos vint trouver le roi pour lui faire part d'une vision qui l'avertissait de ne point combattre. Mftis les Maures s'avançaient ; le roi, déjà à cheval, au lieu de répondre au prêtre, marcha résolument à Tennemi. Au premier feu, Claudius se trouva engagé au milieu de l'armée maure, avec vingt cavaliers et dixhuit fusiliers portugais, qui furent tués à côté de lui. Il tomba lui-même après avoir combattu en héros et reçu vingt blessures. Sa tête fut coupée et portée par Nur à Del-Tumboréa, qui .la fit attacher par les cheveux aux branches d'un arbre placé devant sa porte, afin de pouvoir sans cosse repaître .se& yeux d'un spectacle cher à sa vengeance.

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Claudius avait régné dix-neuf ans. La bataille où il perdit la vie se donna, le 22 mars 1559. Les principaux officiers abyssiniens y périrent ; une grande partie de l'armée resta prisonnière, le reste fut dispersé et le camp entièrement mis au pillage. Nur, satisfait de la récompense qu'il avait ambitionnée, ne recommença pas la lutte ; il retourna à Adel, revêtu diun babJillement de simple soldat, défendit les démonstrations avec lesquelles on avait coutume d'aocueillir les généraux victorieux, déclara qu'il n'avait aucune part au succès de la journée et que la gloire en était due à Dieu seul, dont la main toute-puissante avait frappé l'armée abyssinienne.

Depuis cette époque, les Maures- d'Adel cessèrent d'inquiéter sérieusement l'empire îd)yssinien*

Les règnes des souverains de la race de Salomon qui succédèrent à Claudius, de 1559 à 1770^ n'offrent qu'une suite de révoltes, de luttes intestines et do guerres souvent malheureuses avec les trihçis Gallas voisines de l'Abyssinie.

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