‹ Souvenirs de quarante ans dédiés à mes enfantsChapitre 27 sur 33 · ÉPOQUE MODERNE ET CONTEMPORAINE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE MODERNE ET CONTEMPORAINE

A la fin du xviii" siècle, les gouverneurs des prin- \ cipales provinces refusèrent obéissance au monarque

de la descendance de Salomon. Les princes de cette famille avaient perdu leur autorité; et, jusqu'à pré- :r sent, l'Abyssinie s'est trouvée gouvernée par les ras

ou rois des deux grandes divisions qui forment l'empire d'Abyssinie : le Tigré et l'Amhara.

Le Tigré, avec ses dépendances, comprend tout ce qui se trouve entre la mer Rouge et le Tacazzé. L'Am hara, avec ses provinces dépendantes, est formée par les territoires qui se trouvent entre le Tacazzé et le Nil.

En 1855, un chef abyssinien, simple gouverneur de province, n'appartenant pas à la descendance de Salomon, se révolta contre son beau-père, le Ras-Ali, qui régnait depuis longtemps à Gondar. Il le renversa, et, après avoir successivement vaincu Oubiè,

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roi de Tigré, ainsi que le roi de Choa, il se proclama empereur, sous le nom de Théodore.

Mais, comme nous Tavons vu si souvent dans les siècles qui ont précédé Tépoque moderne, TAbyssinie, pays de montagnes, favorable à la défense aussi bien j

qu'aux retours ofiFensifs, ofiFre toujours de brusques .,

changements de fortune militaire.

En 1858 et 1859, Théodore fut vaincu à son tour par Negoucié-Nikas, neveu d'Oubié, qui reconquit quarante-quatre provinces faisant partie du royaume , de son oncle, et fit, en outre, prendre possession de Gondar, seconde capitale de l'ancien empire, par son frère Dedjammadjé-Tassamma.

Un parent du Ras-Ali, nommé Amadiu-Bechir , battit dans plusieurs rencontres Tarmée de Théodore, et resta maître des provinces de WoUo, de Warro- Cassbu et de Warro-Imanat. Le roi de Choa reconquit son indépendance en s'alliant avec Amadiu- Bechir et avec un autre chef, nommé Tédéla-Gualu, qui gouverne les provinces de Godjam, de Damot et d'Agos-Meder jusqu'aux sources du Nil Bleu. Enfin les tribus Gallas se sont constituées en royaume et sont hostiles à Théodore.

Lô roi Nikas paraît donc être en ce moment, par le nombre et par l'importance des provinces qu'il a reconquises^ le prince le plus paissant de TAbyssinie.

Nousfaisons des vœuxpourque cemalheureux pays, livré à toutes les horreurs de la guerre civile, obtienne le rétablissement du principe d'unité de l'empire qui autrefois rayait sauvé de la conquête étrangère. Noms- espérons que le roi Nikas^ par son courage, par son intelligence et par ses tendances à ouvrir des relations avBc l'Europe, sera à la hauteur de cette tâche difficile et glorieuse.

Le prince Nikas nous a adressé une lettre autographe dans laquelle, tant en son nom qu'au nom davson peiipte, il nous oxpriroait ses voeux pour Texèoution du canal maritime de Suez, nous offrant le concours et les ressources de son pays. Nous croyons qu'on nous saura gré de donner la traduction exacte de ce document si flatteur pour nous^ quiy de plus, a le mérite de prouver que les peuples les pius éloignés s'intéressaient au projet dont nous poursuivons la réalisation. Nous devons la traduction de cette lettir^, écrite en éthiopien, à M. d'Abbadie, notre célèbre

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compairrotev tièa connue par. ses.-yoyages(:6n Àhysr^ dioieu.

« Moi Niguse,

» Maître (du cheval) Nikas, roi d'Ethiopie, qui règne daûS: la loi de NxDtre-Seigaeur Jéeus-Clutist, depuis Mizwa jusqu'à Guandar (Goadar) et ceci.eet le royaunaiô de Tigré, et Simea, WagaEa, Walq^yt^ Ta^isadèy ûaobbyaf Balasav Kinfiaz^.Âgaw.Lasta^ Sa^ lawa; je saLae' Ferdjj^odii) de Liesseps, qui est de la tribu de la lumière, qui fait un travail éèooiiiiaDft pc^Uiv. nDèfe tempsb.

» Depuis- le^ cotoomeoicem^at juaqî0?*à pvèsent^ j'ai eu Tesprit . abteutif au travail que vous faitee et qui sera une graaidejoie pour i&ui le m^nde; et aujour-» d'hui qn& c'esfc uDje choses décidées . ^àl . nom; de< nu^ot pays que j'ulme et en moa nôim., je voias. rends grftee&.. Elof aidant. creuser 1&. terre der Sa^wiis. (Suez), c'est vous qui faites l'union mutuelle entee nos pays» et les affaires d'Europe. Donc votre nom ne périra pas auprès de nous. C'est pourquoi notre pays sera le grenier de blé pour la contrée d'Occident. Puis-

qu'il en est ainsi, sachez que moi et mon pays nous vous aimons. Je désire aider votre travail par du bétail ou par d'autres moyens. Je supplie le Seigneur qu'il vous garde. »

(Au bas le cachet royal).

Je termine ce simple récit des principaux faits de l'histoire d'Abyssinie en exprimant l'espoir que la France se mettra d'accord avec l'Angleterre, pour restituer à une population de plus de trente millions de chrétiens, refoulée dans ses montagnes, son ancien territoire maritime.

La France respecte toutes les religions, mais elle est l'ennemie du fanatisme religieux ; dans l'ébranlement qui semble devoir agiter le monde musulman, la France me parait avoir une belle mission à remplir, en maintenant le drapeau de la civilisation dans les vastes régions africaines par l'Algérie, le Sénégal, le Gabon, le Congo, l'Ethiopie chrétienne et la mer Roudaire.

LE CANAL INTEROCÉANIQUE

ET

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