A ROME
d'apporter dans le développement des idées, puisées à la même source patriotique que les miennes, des convictions diflFérentes. Je le remercie de sa franchise qui a si bien répondu à la mienne et à l'affection sincère que je lui porte.
F. DE Lesseps.
Quelque différentes que fussent nos opinions,
sur l'état des négociations et les espérances qu'elles
Pouvaient faire naître, M. de Rayneval n'en con-
^'^^fici pas moins, dans le paragraphe 5, le fait es
''"^'ntioX;* (( Vous en ar:oz appelé au jugement su-
>^ py^^-^jfiQ du Gouvernement; il est juste cVattendre
>J -sa décision. »
^^- 28, le général en chef passa, à quelques V\eaes du quartier général, une revue de dix mille 1aoto.Txies, appartenant, pour la plupart, à des corps
récemment arrivés de France et m'invita à raccompagner.
Le 29, je m'entendis avec le général Oudinot pour adresser aux autorités romaines une communication pressante.
L'annonce de la marche des Autrichiens, le désir de donner une satisfaction à Tannée et Tespoir de voir une conciliation honorable acceptée par la majorité de TAssemblée, dont on 'me faisait connaître les bonnes dispositions, nous engageaient à envoyer, à Rome, une déclaration en forme d'ultimatum. L'Assemblée, la Municipalité et le Triumvirat en reçurent chacun un exemplaire des mains de M. Leduc, mon secrétaire particulier.
DÉCLARATION ENVOYEE AUX AUTORITÉS ET A L*ASSEMBLÉE CONSTITUANTE ROMAINE.
» Le soussigné, Ferdinand de Lesseps, envoyé » extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la » République française, en mission à Rome,
» Considérant que la marche de l'armée autri- » chienne dans les Etats Romains change la situa*
» tion respective de Tarmèe française et des troupes
» romaines; » Considérant que les Autrichiens, en s'avançant
» sur Rome, pourraient s'emparer de positions me-
» naçantes pour l'armée française ; » Considérant que la prolongation du statu quo,
» auquel avait consenti, sur sa demande, M. le gé-
» néral en chef Oudinot de Reggîo, pourrait devenir
» nuisible à l'armée française ; » Considérant qu'aucune communication ne lui a
* été adressée, depuis sa dernière note au triumvirat,
» ini date du 26 de ce mois ; » Invite les autorités et TAssemblée constituante
^^ foiiiaine à se prononcer sur les articles suivants :
^^TicLE PREMIER. Lcs Romains réclament la proipctîoix de la République française.
^T, 2. La France ne conteste point aux populatioas 1^ droit de se prononcer librement sur la forme "^ 8c>vivernement.
^Hx. 3. L'armée française sera accueillie par A^s Homains comme une armée amie. Elle prendra ^^s ^'antonnements qu'elle jugera convenables, tant
po\iT la défense du pays que pour la salubrité de
ses troupes. Elle restera étrangère à radministration du pays.
Art. 4. La République Française garantit, contre toute invasion étrangère, le territoire occupé par ses troupes.
En conséquence, le soussigné, de concert avec le général Oudinot, déclare que, dans le cas où les articles ci-dessus ne seraient pas immédiatement acceptés, il regardera sa mission comme étant terminée et que Tarmée française reprendra toute sa liberté d'action.
Signé : F. de Lesseps.
Contresigné: Oudinot de Reggio.
Fait au quartier général de rarmée française, villa Santucci,
le 29 Mai 1849.
Un écrit, rapporté par M. Leduc à la suite do cette communication, et que je fis communiquer au général Oudinot, portait qu'un délai de vingtquatre heures, expirant le 30 à minuit, était accordé.
Après le départ de M. Leduc, et dans la nuit du 29 au 30, je m'aperçus qu'il régnait une grande agitation dans Tétat-major du général en chef,
et que l'on préparait quelque mouvement pour le lendemain. Je remis immédiatement au général en chef, auprès duquel je continuais à résider, une note où je lui disais : « Dans le cas où vous jugeriez devoir prendre , par surprise ou autrement, des positions dans l'intérieur de la ville (le Rome ou même dans le voisinage de son enceinte, sans vous être préalablement concerté avec moi, je crois devoir mettre sous votre seule responsabilité toutes les conséquences politiques qui en résulteraient. Jusqu'au moment où les ordres du Gouvernement arriveront, soit pour me blâmer, soit pour m'approuver, ma mission ne comporte pas votre isolement pour des déterminations pu des mesures militaires qui compromettraient notre Gouvernement et engageraient notre pays dans la ^oie que je crois la plus funeste. »
U est à remarquer que, jusqu'à ce jour, je n'avais pas reçu un seul mot de M. le ministre des Affaires étrangères, et que le général en chef se trouvait également sans ordres oflBciels et sans instructions nouvelles qu'il put me montrer. Les embarras qui pouvaient résulter, pour le gouver-
i34 SOUVENIRS DK QUARANTE ANS
méat de la République, de Tattaque et du siège de Rome, étaient Tobjet de mes plus vivespréoccupations. Je n*avais cessé de les signaler dans toute ma correspondance et dans mes recommandations à MM. de Forbin-Janson, de la Tour d'Auvergne et de Belcastel, porteurs de mes principales dépêches.
Je savais que le Général en chef faisait appeler plusieurs généraux et chefs de corps pour leur donner ses instructions, concernant l'attaque des approcîhes de Rome, qui devait commencer à minuit. Ayant appris que le Général en chef était décidé à ne pas tenir compte de mes avertissements, je crus convenable de soumettre au général de division du génie, M. Vaillant, récemment arrivé de Paris, dont le Président m'avait télégraphié le départ, et que, par conséquent, je supposais être dépositaire dos dernières instructions du Gouvernement, mes graves motifs de résistance à l'attaque projetée et aux dangers que présentait l'occupation immédiate de Rome.
Voici ma lettre :
Quartier générai de la villa Santucci, au général Vaillant.
80 mai 1849.
Je voulais aller vous voir , ce matin, pour vous communiquer confidentiellement le résultat de ma dernière conférence avec M. de Rayneval, l'un des plénipotentiaires français, à Gaëte. Je n'en ai pas le temps, dans ce moment, car je prépare une note pour démontrer, sous le point de vue politique, la nécessité d'envoyer immédiatement une" division qui se répartirait entre Albano, Frascati et Marino, à cause du nouveau fait qui se présente aujourd'hui, du débarquement, à Gaëte, de quatre mille Espagnols. On dit que ces derniers vont remonter le moral des Napolitains, et qu'ils recommenceront la campagne. Il est de notre honneur de les devancer dans les campements qu'ils pourraient venir occuper autour de Rome et de nous rendre, en les prévenant, les seuls dominateurs de la ville par une ceinture de troupes. De cette manière, nous ne compromettons point notre gouverne-
ment par une entrée intempestive à Rome, par un séjour dans une ville qui est abandonnée, Tété, par ses propres habitants... Nous serons les vrais maîtres de Rome, en Tentourant au lieu de Toccuper, et le gouvernementdelaRépublique, qui ne d^^zVenofreenirde à Rome que si nous sommes d'accord avec les habU tants, vous remerciera d'avoir contribué à faire triompher, par la sagesse de vos conseils, la vraie, la grande politique dégagée dé toutes les petites questions d'amour-propre personnel et de vaine gloriole. »
Dans la ipème journée du 30, à trois heures (c'està-dire, 9 heures avant l'expiration du délai fixé) je reçus les réponses du Président de l'Assemblée romaine et des membres de la municipalité pour terminer les négociations^ éinter que la France neprît^ vis à vis de Rome^ le rôle de V Autriche, et mettre fin auxmal" heurs dont était menacée une ville tranqixille, siège des monuments et des arts. En même temps, le triumvirat (pouvoir exécutif) m'envoyait une note et un contre-projet à mes propositions.
Il était évident que le Général en chef et moi nous pouvions prendre en considération le contre-projet des autorités romaines, le discuter et ne rompre coni-
plét fixent, en attendant les instructions de Paris, que
dans le cas où il nous aurait été impossible de nous
ent^xadre. L'humanité seule nous eût indiqué cette
coa-dvEite, si môme elle ne nous avait pas été tracée par
lasît.va.ation dans laquelle nous nous trouvions, et qui-
n'a^rctît pas varié depuis le 15 du mois dernier, jour de
mon arrivée au quartier général et à Rome. C*est-à-
dir^ que notre gouvernement, mis depuis longtemps
en demeure de se prononcer, ne nous avait encore
TÎeTi écrit, ni par le courrier, ni par le télégraphe. Le
général Oudinot était donc toujours lié par la dépêche
tèlégx*aphique du 10 qui ne lui permettait pas d*atta-
^^i*- Je plaçai, dans un dossier, les lettres de la mu-
^^^ipalité romaine, de l'Assemblée et du Triumvirat,
ainsi que le projet annoté par moi. J'apportai le me-
^orandum qu'on va lire et je chargeai M. le comman-
"^^t Espivent de remettre le tout au général Ou-