‹ Souvenirs de Saint-Acheul et d'autres établissements français dirigés par les Pères de la Compagnie de Jésus depuis le mois d'octobre 1814 jusqu'au mois d'avril 1857, ou, Vies de plusieurs jeunes étudiants élevés dans les maisons d'éducationChapitre 17 sur 66 · LÉVÊQUE · texte numérisé non relu

LÉVÊQUE

si l'on considère que c'est la vie d'un enfant que nous écrivons. Nous citerons néanmoins un trait caractéristique.

Un jour, soit oubli, soit distraction, il lui arriva de violer une règle assez importante dont l'observation venait d'être recommandée. Cette faute, toute matérielle, était fort excusable en elle-même; mais à raison de la défense elle ne pouvait rester impunie. Charles le comprit bien : aussi, dès qu'on lui eut fait sentir les suites de sa faute, demanda-t-il à subir la punition, qui devait consister en une réprimande publique; punition d'autant plus humiliante pour lui qu'elle ne s'infligeait guère qu'à des enfants habituellement peu réguliers, et que jamais Charles, qui avait alors seize ans, n'en avait mérité de semblable. Il s'y soumit pourtant, et son courage à l'accomplir fut un de ces sacrifices dont les âmes communes ne sont pas capables, en même temps qu'il devint une leçon salutaire pour quelques-uns de ses condisciples.

Un tel acte de vertu donne assez à comprendre avec quelle piété il avait fait sa première communion, avec quel empressement il entra depuis dans la congrégation des Saints-Anges, avec quelle fidélité il en suivit les exercices et les pratiques, et quels fruits il en retira pour sa sanctification, surtout dans la dernière année de sa vie.

Nous y reviendrons après avoir indiqué ce que ceux de ses condisciples qui l'ont mieux connu ont particulièrement remarqué en lui : 1° une délicatesse de conscience qui avait horreur de toute faute réfléchie, et qui l'aurait conduit au scrupule, si elle n'avait été dirigée par l'obéissance; 2° un grand fond fie simplicité, qui d'un côté s'alliait très-bien avec les talents et les succès, et qui de l'autre l'exposa quelquefois à faire des indiscrétions dont personne ne dut s'offenser, parce que personne ne put raisonnablement les mettre sur le compte de son cœur, mais qu'il ne se pardonna pas à lui-même, et qu'il déplora amèrement, dès qu'il en eut compris les conséquences; 3° un goût très-prononcé pour la lec-

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turc de l'Écriture-Sainte, et surtout du Nouveau Testameut, dont il faisait ses délices; 4* enfin l'nffcctiôâ la plus vive et lu plus tendre pour la congrégation dont il était membre.

Quelques détails où nous allons entrer sur ce dernier point nous offriront, ce me semble, dans sa personne le modèle d'un vrai congréganiste. Dès qu'il fut reçu il prit la pieuse habitude de renouveler son acte de consécration tous les dimanches et les autres jours de communion. L'assistance à la méditation du matin est de règle pour tous les congréganislcs ; on crut devoir l'interdire à Charles à raison de sa faible santé; mais il demanda à y suppléer par une autre pratique, et nous savons qu'il ne lui est jamais arrivé de la négliger ou de l'oublier. Il goûtait un plaisir sensible à transcrire, pour d'autres comme pour lui-même, les billets contenant les pratiques proposées chaque mo:s aux congréganistes. II portait toujours sur lui et le billet qui lui était échu, et le petit chapelet des Saints-Anges, et le Manuel de la congrégation. C'était, disait-il, un moyen de se rappeler souvent la présence de Dieu et de son ange gardien. Les récréations les plus douces pour lui étaient celles où il pouvait parler de la congrégation. « Je vous avoue, ditce il un jour à quelqu'un, que les autres récréations me « laissent le cœur vide. » Il s'était fait une loi qu'il ne viola jamais, de ne point passer un jour sans prier pour son heureux accroissement; enfin, quelques mois avant sa mort, il forma, avec une vingtaine des plus zélés congréganistes, une association de prières pour obtenir l'heureux succès des élections qui devaient donner à la congrégation un nouveau préfet, des assistants et autres dignitaires.

Serviteur fidèle dans les petites choses, il ne l'était pas moins dans les grandes; il savait s'élever à ce qu'il y a de plus noble et de plus parfait dans les vertus chrétiennes. Qu'il nous soit permis à cette occasion de révéler un secret qu'il a tenu caché jusqu'à la mort, et dont il n'avait fait confidence qu'à deux personnes dont les

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