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conseils lui étaient nécessaires; je veux parler de son affection pour la sainte vertu qui rend l'homme semblable aux anges. Il en sentait si bien tout le prix, il était si jaloux de la conserver dans toute sa perfection, qu'il demanda avec instance la pei mission de faire le vœu de chasteté. Son confesseur, aussi prudent que Charles était fervent, ne l'autorisa à faire ce vœu sublime que pour un temps fort court, l'astreignant même à ne jamais le renouveler que de son consentement exprès.
Cependant sa santé, assez souvent chancelante et toujours délicate, l'avertissait de se tenir prêt h paraître devant Dieu. Et, en effet, ce moment redoutable était bien près de lui lorsqu'il partit pour aller passer les vacances de 1826 auprès de ses parents. 11 eut le bonheur de s'y préparer par un redoublement de ferveur, bien différent de tant d'autres jeunes gens dont l'imagination ne rêve alors que repos, liberté, plaisirs. Dès le lendemain de son arrivée à Péronnc, il se présenta chez un des vicaires de la paroisse, et le pria de vouloir bien le diriger pendant les vacances : cet ecclésiastique, qui est un des prêtres les plus pieux et les plus éclairés du diocèse, le jugea digne d'approcher de la sainte table deux fois par semaine.
Sa journée était partagée entre la prière, l'étude et ses parents : il en passait la plus grande partie dans sa chambre. Sa table était ornée d'un crucifix et de diverses inscriptions, telles que celles-ci, Paradis... Enfer... Eternité... etc. Si sa mère lui reprochait de donner trop de temps au travail, a Je ne m'applique pas, répondait- « il, autant que vous le croyez; mais j'ai peine à quitter « mon crucifix... Je médite... cela ne fatigue pas. » 11 ne sortait guère que pour aller voir un oncle aussi religieux qu'instruit, qui l'affectionnait particulièrement. 11 aimait à faire des promenades seul à seul avec lui; alors le sujet le plus ordinaire de la conversation était la belle et toute divine poésie des saintes Écritures. Sa mémoire lui en fournissait à propos les traits les j us saillants, et
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son goût naturel, fortifié par l'étude, lui en dévoilait déjà les charmes.
Telle était la vie de Charles lorsque, vers le milieu de septembre, il commença à ressentir des douleurs de tète et d'oreille. Il n'interrompit point pour cela ses exercices ordinaires; seulement il sortait un peu moins et priait encore plus que de coutume. 11 continua à dire l'office de la très-sainte Vierge et le chapelet, qu'il récitait ordinairement avec sa mère, et quelquefois avec son père.
Tandis qu'il se livrait à toute l'ardeur de sa dévotion, les douleurs augmentèrent peu à peu, et bientôt il fallut lui envelopper la tête d'un large bandeau. Ses parents crurent qu'en cet état il allait renoncer à toute sortie; mais Charles tenait à celles qui le conduisaient à l'église. Un jour que la tète ainsi enveloppée il se disposait à y aller pour faire sa confession^ ils lui proposèrent de la renvoyer à un autre jour ou il se porterait mieux. « C'est aujourd'hui mon jour, répondit Charles, a permettez que j'aille me confesser, demain je n'y sc- « rai peut-être plus. » Ce fut en effet la dernière fois de sa vie qu'il put voir son confesseur ordinaire. Le lendemain, la maladie se déclara : la nuit suivante, qui était celle du 23 septembre, fut mauvaise; la fièvre survint : le 26, elle redoubla ainsi que les douleurs. On s'aperçut enfin qu'il avait un dépôt dans la tète, et le mal parut sérieux.
lin l'absence du confesseur, qui venait de partir pour un voyage, on invitant] autre vicaire à venir voir le malade. Après quelques moments d'entretien, le vicaire lui dit : « Mon enfant, ne désirez-vous rien '.' — Je voudrais « mon crucifix. — C'est bien, mais votre crucifix n'est « que la représentation de Jésus-Christ souffrant; sa vice site ne vous ferait-elle pas encore plus de plaisir? — « Oui, mais mon confesseur ne me l'a pas permis. — Je « le remplacerai; je suis comme lui ministre de Dieu, «j'ai les mêmes pouvoirs. Et vous, mon cher enfant, « n'êtes-vous pas heureux que votre position actuelle
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« vous dispose elle-même à recevoir le sacrement de « pénitence avec plus fie ferveur, et vous assure ainsi la « rémission des fautes légères que la contrition des concussions ordinaires atteint rarement? — «Eh bien! « reprit le malade, si vous le permettez, je vais faire ma <( confession. » A ces mots, il la commença, sans même laisser aux personnes qui avaient entendu ce pieux dialogue le temps de se retirer. Dès qu'elle fut achevée, le vicaire le quitta en lui disant : « Préparez-vous, mon « cher enfant, à recevoir celui qui ne vient à vous que « pour vous aider à Souffrir. »
Depuis plusieurs années, on avait pris l'habitude à Péronne de porter le saint viatique aux malades sans cérémonies extérieures. Le curé de la ville désirait qu'une occasion favorable lui permît de rétablir l'ancien usage, qui était de le porter avec la pompe prescrite par les règles de l'Église. La famille de Charles, à qui le vicaire crut proposer de donner l'exemple de la reforme désirée, hésita d'abord. Mais le malade, sachant de quoi il s'agissait, trancha lui-même la difficulté : le désir de foire rendre à Notré-Seigneuf tout l'honneur qui lut est dû ce sont ses paroles' l'emporta dans son esprit sur toute autre considération, de sorte que ce fut lui qui eut le bonheur de rétablir dans son pays ce point de discipline ecclésiastique.
On lui donna d'abord l'extrême-onction, qu'il reçut avec une présence d'esprit admirable, tandis que les assistants, étonnés et attendris, paraissaient tous hors d'eux-mêmes à la vue d'une piété si calme et si vive à la fois. On procéda ensuite à la'réception du saint viatique. Ses yeux alors se fixèrent sur l'autel préparé à Nôtre- Seigneur; son visage rayonnait de joie : il répondit d'un ton aussi ferme que dévot, non-seulement aux interrogations, mais encore aux prières : enfin rien ne put ni distraire son attention, ni partager ses affections, ni ébranler sa constance, pas même la vue d'une mère prosternée aux pieds de Notre-Seigneur et abîmée dans une douleur mortelle. Après cette cérémonie, si triste
pour les assistants et si délicieuse pour lui, il semblait avoir entièrement oublié son mal, pour ne s'occuper que de son bonheur.
La nuit suivante fut assez tranquille. Le lendemain matin, on se détermina à ouvrir le dépôt. L'opération parut l'avoir soulagé : les douleurs de tête ne se faisaient plus sentir que par intervalles. On le crut hors de danger : lui-même se proposait déjà d'aller le surlendemain 29 célébrer à l'église la fête de saint Michel, patron de la congrégation des Saints-Anges; mais ce n'était point sur la terre qu'il devait célébrer cette fête si chère à son cœur. La nuit du mercredi au jeudi, les douleurs le reprirent avec plus de violence que jamais. Le vicaire, averti du danger, arriva vers sept heures du matin; et, après lui avoir donné sa bénédiction, il alla dire la sainte messe pour lui. Étant revenu à huit heures, il le trouva à l'agonie, le cierge bénit h la main, le cou entouré de son chapelet et de son scapulaire, le crucifix sur la poitrine. Peu après, le moribond perdit toute connaissance. A dix heures et un quart, ses lèvres, décolorées par les approches de la mort, se ranimèrent tout à coup et reprirent leur teinte naturelle; il prononça très-distinctement ces mots, « papa! maman! mon Dieu! » et expira entre les bras de sa mère, qui le tint embrassé jusqu'au moment où il fallut l'ensevelir. Qui ne reconnaîtrait encore ici une de ces morts marquées du sceau de la prédestination, qui, après les premiers moments donnés à la douleur, ne laissent plus, même dans le cœur des parents les plus tendres, que des souvenirs doux et consolants?
DEROUSSEN.
DEROUSSEN