LOUIS- FRANÇOIS
Décédé le 21 janvier 1813, à l'âge de 14 an?.
Louis-François Bcauvais naquit à Piennc près de Montdidier, d'une famille honnête et religieuse. Longtemps avant qu'il vît le jour il avait été voué à la sainte Vierge; c'est sans doute à cette consécration que l'on doit attribuer la dévotion particulière qu'il montra toute sa vie, et jusqu'au dernier soupir, pour la reine du ciel. Sa pieuse mère, de son côté, ne perdit pas de vue l'obligation où elle était de former un fds digne de celle à qui elle l'avait donné. Les premiers mots qu'elle essaya de lui faire prononcer furent les noms sacrés de Jésus et de Marie, et l'enfant sut les redire avant d'avoir appris à balbutier ceux des parents.
Dans un âge encore si tendre on ne l'entretenait guère que des grandeurs et des bienfaits de Dieu, des récompenses qu'il promet aux bons, des châtiments qu'il réserve aux méchants. Ces vérités salutaires pénétraient sans obstacle et se gravaient profondément dans son âme; il savait à peine distinguer les objets extérieurs,
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que déjà la crainte du Seigneur faisait sur lui la plus vive impression. Étranger, pour ainsi dire, aux amusements de l'enfance, il n'était rempli que de la pensée des choses du salut; tout lui en rappelait le souvenir.
Un jour que sa mère entretenait un brasier ardent, il lui demanda si le feu de l'enfer était aussi terrible que celui qu'il avait sous les yeux. « Hélas ! mon fils, lui ditce elle, le feu que tu vois n'est rien en comparaison de « celui de l'enfer. — 0 mon Dieu! s'écria-t-il en pâlis- « sant, si j'allais y tomber! — Ne crains rien, reprit la « mère, qui s'aperçut de son effroi, l'enfer n'est pas pour a tout le monde, il n'est que pour ceux qui auront déso- « béi à leurs parents, qui n'auront pas aimé le bon « Dieu; pour toi, tu n'iras pas brûler dans ce feu si tu « es sage. » Ces paroles le rassurèrent; mais il se les rappela souvent dans la suite, et il ne négligea rien pour remplir la condition à laquelle il pouvait évitei» les tourments de l'enfer.
Docile à toutes les impressions religieuses, la première fois qu'il entendit la lecture de la Passion du Sauveur il versa un torrent de larmes, et conçut dès lors la plus tendre dévotion pour le mystère de la croix. Peu de temps après, le jour du vendredi saint arrivé, Louis, qui n'avait que sept ans, déclare qu'il veut jeûner; on s'y oppose, il fait des instances, et il obtient de retarder l'heure de son déjeuner. A dix heures on s'aperçoit qu'il n'a encore rien pris. Alois il s'échappe du logis , et n'y rentre qu'à midi; en arrivant il tomba faible d'inanition. Dévotion d'enfant, ferveur mai entendue, dira-t-on. A la bonne heure; mais c'était aussi une dévotion d'enfant que celle qui fit abandonner à sainte Thérèse la maison paternelle pour aller chercher le martyre chez les Sarrasins, et cette dévotion d'enfant présageait les sacrifices dont elle serait capable dans un âge plus mûr.
Autant Louis était fidèle aux mouvements de la grâce, autant se tenait-il en garde contre les conseils et les insinuations qui auraient pu flétrir son innocence. Il arriva un jour à sa mère, soit vivacité de sa part, soit
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qu'il fût échappé à l'enfant quelqu'une de ces fautes qu'excuse l'étourderie ou la faiblesse de l'âge, il lui arriva, dis-je, de le gronder avec beaucoup de sévérité. Quand elle se fut retirée, quelques domestiques l'abordèrent pour prendre part à son chagrin: « Quoi! lui « dirent-ils, tu te laisses ainsi traiter!... tu n'avais rien « fait... Ta mère ne t'aime pas. » Louis ne donna pas dans le piège qu'on lui tendait. « Je ne veux pas, répon- « dit-il, qu'on dise du mal de maman; si elle m'a puni, « c'est pour mon bien; je l'avais mérité. »
Ce fut dans l'exercice de toutes les vertus propres de son âge que Louis arriva à l'époque de la première communion. Pour juger de l'excellence des dispositions qu'il y apporta et des fruits qu'il en recueillit, il suffira de rapporter ce qu'en pensait le zélé pasteur qui l'admit à la Table sainte : « Que n'avons-nous plus souvent, dit-il, «de pareilles âmes à conduire! elles nous dédoni- « mageraient bien de toutes les peines attachées au mice nistère. »
Nous avons vécu avec cet enfant privilégié : Dieu avant de le retirer du monde voulut sans doute édifier Saint- Acheul, alors naissant, et en consacrer pour ainsi dire le berceau par le spectacle de ses vertus. Quelle ferveur, en effet, n'apporta-t-il pas au milieu de nous! quel recueillement dans ses prières! quelle modestie dans son maintien! quelle douceur pour ses condisciples! quelle docilité envers tous ses maîtres! quel respect pour la règle! quelle assiduité à l'étude! Il portait la marque honorifique accordée à la diligence et à l'application au moment où il fut frappé de la maladie qui nous l'enleva. Qu'il était édifiant surtout de le voir au moment de la communion ! Son visage alors était tout en feu; il paraissait transporté hors de lui-même, et comme abîmé en Dieu; quelquefois une simple visite au très-saint Sacrement lui faisait la même impression. Un jour entre autres (c'était le lendemain de Noël 1811,, on le vit sortir de l'église d'un air si pénétré qu'il semblait comme accablé sous le poids de la majesté divine.