‹ Souvenirs de Saint-Acheul et d'autres établissements français dirigés par les Pères de la Compagnie de Jésus depuis le mois d'octobre 1814 jusqu'au mois d'avril 1857, ou, Vies de plusieurs jeunes étudiants élevés dans les maisons d'éducationChapitre 20 sur 66 · BLANK · texte numérisé non relu

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à la dissipation, et se jeta dans des compagnies qui allaient lui être funestes, et peut-être le perdre, s'il eût eu des parents moins chrétiens ou moins vigilants. Ils ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'il devenait léger, volage, nonchalant pour ses devoirs, tiède pour la piété. Alarmés de ce changement, ils lui en firent des reproches. -Philippe, sentant qu'il les méritait, s'avoua coupable et promit de se corriger. Pour y parvenir il employa deux moyens : le premier fut la prière, mais une prière fervente, partant d'un cœur pénétré du sentiment de sa faiblesse et du besoin de la grâce divine; le second fut de demander à sa mère de vouloir bien lui imposer une rigoureuse pénitence, chaque fois qu'il aurait le malheur de s'oublier. Il regarda depuis et pleura sa dissipation comme un défaut capital qui peut conduire à tous les vices, puisqu'il livre le cœur sans défense à sa corruption naturelle.

Quelque temps après, dans la vue de se soustraire aux occasions de rechutes, et de combattre plus efficacement l'état de tiédeur dont il n'était pas encore bien guéri, il accepta avec joie la proposition que ses parents lui firent d'aller continuer ses études au petit séminaire de Saint-Acheul. Le jour même où cette résolution fut prise, ayant accompagné sa mère dans une sortie, il rencontra un colporteur qui vendait des livres. Il les visita, reconnut qu'ils étaient mauvais, les acheta tous aussilôt et les mit en pièces.

Philippe était dans sa quinzième année quand il quitta ses parents pour venir à Saint-Acheul. S'il y apporta quelques restes des défauts dont nous avons parlé, il les détruisit, nous devons l'avouer, avec tant de promptitude, qu'il ne nous laissa pas même le temps de les apercevoir. A peine avait-il passé un mois parmi nous, que déjà il sollicitait avec instance son admission dans la congrégation des Saints-Anges. Bientôt on lui en ouvrit les portes, et la conduite qu'il tint depuis cette époque fut une preuve de plus que le printemps même de la vie peut donner des fruits mûrs pour le ciel.

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Il s'attacha d'abord et pour toujours aux vertus les plus solides, obéissance, patience, fidélité dans les plus petites choses, esprit de foi, dévotion vive et tendre à Notre-Seigncur et à la très sainte Vierge.

Ainsi il se fit un point de conscience d'obéir en tout à ses maîtres comme à Dieu même. Le directeur de la congrégation des Saints-Anges a déclaré que Philippe se montrait plus prompt à exécuter qu'on ne l'était, je ne dis pas à lui commander, mais même à lui proposer quoi que ce fût, et que l'obéissance d'un simple élève lui en avait plus appris que les livres sur l'excellence et la pratique de cette vertu. Sa mémoire est encore toute récente, et personne ne se souvient de l'avoir vu manquer à un seul point du règlement de la maison. Sa fidélité aux moindres règles ne procédait ni de crainte ni de scrupule : il s'y portait avec une aimable aisance, qui avait sa source dans le désir de plaire à Dieu. Il s'étudiait ainsi à relever toutes ses actions, même celles qui semblent les plus indifférentes, sachant que rien de ce qui se fait pour le souverain Maître n'est petit à ses yeux et ne reste sans récompense.

Par le même motif, il remplissait avec une ponctualité exemplaire ses devoirs d'écolier : il était compté parmi les plus diligents de sa classe, et ses condisciples lui ont rendu le témoignage que jamais il ne se trouva en défaut, même pour les leçons. Il ne faut pas croire au reste que cet amour de l'étude fut en lui l'effet d'un penchant naturel; c'était le fruit d'une dévotion éclairée qui embrasse l'accomplissement de tous les devoirs, sans affectation comme sans respect humain. Il savait associer la piété aux occupations les plus capables de dessécher le cœur. Un crucifix sur son pupitre, le signe de la croix qu'il ne manquait pas de faire quand il entendait sonner l'horloge, témoignaient assez par quels motifs il se livrait h un travail assidu et opiniâtre.

Il n'était pas moins attentif à sanctifier les heures destinées au délassement de l'esprit. L'homme tout entier se retrouve dans ses conversations. Celles du jeune Phi-

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