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d'avance, il ne profitait de son loisir que pour vaquer plus librement aux exercices de piété : la méditation le matin, l'examen le soir, l'assistance à la sainte messe, la lecture spirituelle, le chapelet, étaient pour lui des devoirs sacrés dont il ne se dispensa jamais. Il y joignait la fréquentation des sacrements et la fuite des compagnies ou des divertissements qui eussent été capables d'altérer sa ferveur. Pressé fortement un jour de se rendre à une partie qui, tout innocente qu'elle était, aurait pu le dissiper, il répondit à toutes les sollicitations par ces mots : «Je craindrais d'y offenser Dieu; « d'ailleurs ce que vous me proposez ne convient pas à « un écolier, beaucoup moins à un congréganiste. » La famille de Zéphirin eut tout lieu de s'applaudir de la répugnance qu'il montrait à se répandre au dehors. Sa présence contribuait à y entretenir l'esprit de piété, tant par les exemples qu'il donnait que par son zèle à y introduire le saint usage de faire en commun la prière et la lecture spirituelle, de porter le scapulaire, etc.
Quoique la nature de son zèle le portât rarement à des œuvres extérieures et éclatantes, on peut dire néanmoins qu'il ne négligea aucune des occasions que la Providence lui ménagea de porter les autres à la vertu. Parmi ceux qui ont éprouvé les effets de sa charité pendant ses dernières vacances, on cite surtout un jeune homme dangereusement malade, qui refusait obstinément de mettre ordre à sa conscience, et ne cessait de vomir des injures contre les ministres de la religion. Zéphirin alla le voir très-fréquemment et s'insinua peu à peu dans son esprit. De retour au petit séminaire, il eut la consolation d'apprendre qu'avant de mourir il s'était confessé avec les signes du plus profond repentir.
Je me hâte de venir à la sainte mort par laquelle il plut à Dieu de couronner la vie de ce parfait écolier. Elle fut précédée d'une longue maladie, qui le retint à l'infirmerie pendant près de trois mois : à peine y étaitil entré, que l'hydropisie se déclara, Zéphirin mit à profit, pour sa propre perfection et pour l'édification des autres,
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l'état de souffrances où il était tombé. « Sa vue seule, dit le dépositaire des secrets de sa conscience, rappelait au recueillement et à la ferveur. Je le trouvais toujours savourant en secret le bonheur qu'il éprouvait à souffrir, ou les yeux fixés sur un crucifix, s'entretenant avec son Dieu crucifié, ou satisfaisant à la loi qu'il s'était imposée de renouveler tous les jours sa consécration à la sainte Vierge. D'autres fois, et dans les moments où le mal lui laissait quelque relàclie, il parcourait le livre intitulé le Parterre des dévots de Marie : il apprenait les différentes méthodes que les saints ont imaginées pour l'honorer, et mettait en pratique celles qui étaient plus conformes à son attrait, plus convenables à sa position. »
11 aimait à rester seul : rien alors ne pouvait le distraire de la pensée de Dieu, du souvenir dé Jésus souffrant. Il recevait cependant volontiers la visite des congréganistes, parce que leurs entretiens l'aidaient à nourrir ces pieux sentiments dans son cœur. Mais si des condisciples moins fervents venaient le voir et l'entretenir de choses inutiles ou profanes, il se recueillait en lui-même, après leur avoir dit doucement qu'il avait défense de trop causer. C'est ce qu'a souvent expérimenté un de ses compatriotes, qui, plus assidu que les autres à raison de la connaissance plus intime, eut plus que personne occasion d'admirer sa vertu. « Zéphirin ne me parlait jamais, dit ce jeune homme, que de Dieu ou de la sainte Vierge... Si je venais à détourner la conversation, il la ramenait aussitôt à Dieu ou à Marie; ou bien je le voyais, gardant un profond silence, lever les yeux au ciel : et moi je i-estais aussi confus qu'étonné d'avoir un ami si saint. Que de fois il m'a parlé de la congrégation! il ne cessait de m'en vanter les avantages, il me pressait d'y entrer. Quand je venais auprès de lui, il me demandait toujours si j'avais fait quelques démarches pour y être admis; et, sur ma réponse négative, il s'écriait d'un ton qui allait jusqu'au fond de mon âme : « Que tu me fais de peine! si tu savais combien je suis « heureux maintenant d'être congréganiste ! »
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Cependant Zéphirin avait entrepris une neu vaine pour obtenir sa guérison, ou du moins la force d'aller communier à la chapelle de la congrégation. 11 demanda cette grâce par l'intercession de Marie, mais avec tant d'ardeur et de confiance, que le mal diminua insensiblement jusqu'au dernier jour de la neuvaine. Il se transporta donc à la chapelle et communia. Ce fut pour lui un jour de délices spirituelles. Il paraissait être en pleine convalescence; tout le monde le croyait rendu h la vie et à la santé. La joie était générale, mais elle fut courte : Dieu ne l'avait exaucé que pour la communion, qui avait été le principal objet de ses prières et de ses vœux. Quelques jours après, Zéphirin retomba, et la rechute fut accompagnée des symptômes les plus alarmants.
Pour se faire une juste idée des vertus qu'il pratiqua dans des circonstances si pénibles à la nature, il faudrait l'avoir considéré sur son lit de douleur, entre la vie et la mort, unissant continuellement ses souffrances à celles de Jésus-Christ, prêt à tout, résigné à tout, ne souhaitant, ne demandant que de voir s'accomplir en lui la sainte volonté de Dieu, témoignant par la sérénité de son visage le calme et la paix qui régnaient dans son âme : pas un murmure, pas une plainte, pas le moindre signe d'impatience, de mécontentement ou d'ennui. A l'entendre, il était toujours bien; il s'étonnait de l'empressement qu'on mettait à le servir. Souvent il conjura l'infirmier de prendre un peu de repos, ou de réserver à d'autres, beaucoup moins malades que lui, les soins qu'il lui prodiguait. « Ne vous inquiétez « pas pour moi, lui disait-il, je n'ai besoin de rien. Je «vous appellerai quand il sera nécessaire; mais alors « même, je vous en prie, achevez votre ouvrage, je ne « suis pas pressé. »
A l'esprit de charité qui allait jusqu'à l'oubli de luimême, Zéphirin joignait une vertu plus difficile, cette courageuse humilité qui sait réparer les torts les plus involontaires. Ayant un jour dit en plaisantant une parole
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dont un de ses amis parut légèrement offensé, il lui en fit sur-le-champ ses excuses, mais en des termes qui couvrirent de confusion celui a qui elles s'adressaient. C'était un congréganiste; il avoua depuis qu'il ne savait pas comment il avait pu se piquer d'une plaisanterie aussi innocente. « Le Seigneur, ajouta-t-il, a voulu sans « doute en cette occasion me découvrir toute la suscep- « tibilité de mon orgueil, et m'en faire trouver le re- « mède dans l'humilité de ce véritable enfant de Marie. »
Toutes les vertus sont nécessairement renfermées dans la charité et l'humilité. Nous ne dirons qu'un mot de sa modestie et de sa pudeur. Jamais elles ne lui permirent de se laisser habiller par l'infirmier : il le fit toujours lui-même, malgré l'extrême difficulté qu'il éprouvait, vu sa position. Rien de plus édifiant que la ferveur dont il parut embrasé en recevant le saint viatique. Lui-même l'avait demandé avec instance, comme intérieurement averti de sa mort prochaine. En effet, à peine l'eut-il reçu, que le mal fit de rapides progrès, ce qui ne l'empêcha pas de passer cette journée dans des entretiens continuels avec son Dieu. Il avait fait appeler un des élèves, son proche parent; mais c'était moins pour lui parler que pour le rendre en quelque sorte témoin de son bonheur, et le lui faire envier. Il ne lui dit pas un mot; il laissait seulement échapper quelques paroles, qui témoignaient assez les ineffables consolations dont son cœur était inondé. «Mon Dieu! s'écriait-il en baisant le « crucifix, mon Dieu, que vous avez souffert pour moi ! « qu'il me serait doux de mourir aussi pour vous! » Puis prenant son chapelet, il ajoutait : « 0 Marie! que je « vous aime! Ah! priez pour votre enfant! »
Nous touchions à cette nuit qui devait le voir passer du milieu de nous dans le sein de Dieu. Personne ne le soupçonnait encore; lui seul en eut un pressentiment bien sensible. Le 14 février, dès huit heures du soir, il voulut (c'est son confesseur qui parle) m'avoir à ses côtés. 11 m'entretenait de sa mort comme on s'entretient d'une partie de plaisir; il soupirait après le ciel comme
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l'exilé après sa patrie. Je lui disais alors : « 0 mon bien « cher enfant! que vous êtes heureux! Vous allez donc
«jouir de Dieu! Vous verrez Marie, notre bonne
a mère. Ah! dites-lui combien nous l'aimons tous... « Vous prierez, je l'espère, pour vos parents, pour vos « maîtres, et aussi pour moi. Vous n'oublierez pas les « congréganistes qui vous veillent; vous prierez pour a toute la congrégation. » Il se chargeait de toutes mes recommandations, et, si j'ose ls dire, de toutes mes commissions pour le ciel, avec le sang-froid d'un voyageur qui compte bien s'en acquitter. Il sentait néanmoins que la mort est la peine du péché, car, comme je lui parlais du bonheur du ciel, il me répondit en souriant : «C'est vrai, mon Père; mais, pour cela, il faut « mourir. » Je profitai de cette réflexion pour lui demander s'il avait quelque chose qui lui fit de la peine dans sa vie passée : « Non, mon père, » me dit-il.
« La nuit s'avançait, et je n'apercevais en lui aucun indice d'une prochaine agonie; je lui témoignai donc le désir d'aller prendre un peu de repos dans une chambre voisine. 11 parut y consentir. Mais un demi-quart d'heure après, il m'appelle. J'y cours : « Mon père, me «dit-il, le temps presse : les prières des agonisants, « bien vite. » Pendant que je les récitais, et qu'il s'y unissait , répondant à tout avec ferveur, il m'interrompait quelquefois en me disant : « Hàtez-vous, mon père, « hâtez-vous. » En effet, je prononçais encore les dernières paroles, lorsqu'il entra en agonie, sans toutefois perdre la connaissance, ni l'union avec Dieu. Il resta un quart d'heure dans cet état : après quoi, ouvrant les yeux et recouvrant la parole, il nous entretint de Jésus et de Marie. Puis il ajouta : « Où est l'infirmier? je vou- « drais le voir encore une fois avant de mourir. » C'était pour lui témoigner toute sa reconnaissance. Je lui demandai s'il eût été content de mourir dans cette première attaque. « Cela m'est égal, -répondit-il; que la « volonté de Dieu soit faite ! » Ce fut alors qu'appelant les deux congréganistes qui le veillaient, il demanda