‹ Souvenirs de Saint-Acheul et d'autres établissements français dirigés par les Pères de la Compagnie de Jésus depuis le mois d'octobre 1814 jusqu'au mois d'avril 1857, ou, Vies de plusieurs jeunes étudiants élevés dans les maisons d'éducationChapitre 29 sur 66 · FRÈ7.E · texte numérisé non relu

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il était à lui-même son premier et son plus vigilant admoniteur; et l'on peut juger de l'esprit qui ranimait en ce qui concerne la régularité par le zèle qu'il mettait à la faire observer par les autres. Il employait les insinuations pour les y engager; si les insinuations ne suffisaient pas, il parlait avec une sainte liberté, et, s'il le fallait, avec une autorité dont ceux qui ont connu sa timidité naturelle ne l'auraient pas cru capable. C'est ainsi qu'il usait de l'influence que ses vertus lui avaient acquise. Les nouveaux venus étaient l'objet particulier de ses soins. Sachant combien il importe de leur donner, dès leur entrée, une bonne direction, il avait le nom de ceux qu'il se proposait de fréquenter dans cette vue, et ceux-ci se rappellent avec attendrissement tout ce qu'il a fait pour eux.

Dans l'exercice de son zèle, Calixte ne s'oubliait pas lui-même. Parmi ses amis, c'est-à-dire parmi les plus réguliers du séminaire, renouvelant ce qu'il avait fait avec tant de fruit à Forcalquier, il clioisit quelquesuns des plus fervents pour former une petite association dévouée au cœur de Marie, dont tous les membres devaient avoir pour but de travailler par leurs exemples et par leurs prières mutuelles à devenir de plus en plus intérieurs : aux prinôipales fêtes, il rédigeait des billets pleins de bons avis et de pieuses pratiques, qu'il distribuait aux associés. Cette dévotion était le fruit d'une résolution prise depuis longtemps par notre vertueux séminariste, et qui a été trouvée écrite en ces termes dans son règlement de Forcalquier : « Je veux parvenir au divin cœur de Jésus, et je prends pour mon guide et mon introducteur le cœur immaculé de Marie, ma tendre Mère. »

Il avait reçu de Dieu des grâces bien particulières dans tout le cours de sa vie, et il savait par sa reconnaissance en attirer sans cesse de plus abondantes; ce qu'on a vu jusqu'ici ne permet pas d'en douter. On en a une nouvelle preuve dans un Mémorial, où il avait désigné les jours anniversaires des principaux bienfaits

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dont il se reconnaissait redevable à la bonté divine. Cette espèce de calendrier se composait de trente-sept fêtes que Calixte, en mémoire d'autant de faveurs signalées, célébrait par une fervente communion.

Il ne faut pas croire, au reste , que sa fidélité à marcher dans la voie de la perfection fût nourrie et soutenue par les douceurs d'une dévotion sensible. Le plus souvent, au contraire, Dieu le laissait dans des sécheresses accablantes, où une âme moins forte que la sienne aurait mille fois succombé. Un jour, Calixte en fit l'aveu, les larmes aux yeux, à l'un de ses confidents qui lui parlait des consolations dont il était comblé dans l'oraison. A cette épreuve déjà si rude venaient se joindre des infirmités presque continuelles qui lui laissèrent peu de relâche, et qui le mirent dans un état habituel de souffrances où il languit jusqu'à la mort. A mesure que le corps s'affaiblissait, l'âme semblait prendre une nouvelle vigueur. Pendant sa retraite du mois d'octobre 1826, il fit un règlement qui contenait les maximes les plus élevées et les plus saintes pratiques de la vie spirituelle. Au mois de décembre suivant, il s'engagea dans les ordres sacrés, en recevant le sous-diaconat. Cette action si importante lui donna lieu d'écrire les sentiments qu'il y avait éprouvés, les dispositions qu'il y avait apportées, les avantages qu'il espérait en tirer pour le reste de sa vie. Cet écrit fut retrouvé après sa mort, et ses religieux amis se firent un devoir de le donner au public, conjointement avec le règlement dont nous avons parlé plus haut. Ces deux ouvrages sont tout à la fois le modèle d'une vie parfaite et l'histoire de celle que mena leur pieux auteur, jusqu'au moment où il plut à Dieu de couronner ses vertus.

Ce moment suivit d'assez près le sacrifice que Calixte avait fait de tout lui-même dans la réception du sousdiaconat. Il y avait dans ses poumons et même dans son cœur un vice de conformation qui le faisait souffrir depuis longtemps, et qui, croissant d'année en année, ne pouvait manquer d'abréger sa vie. En effet, au commen-

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cernent de 1827, le mal s'aggrava d'une manière inquiétante. Une de ses pratiques chéries avait été la visite et le soulagement des malades du séminaire : sa charité reçut, quand il fut lui-même attaqué sérieusement, unepartie de sa récompense : tous ses confrères se disputèrent le bonheur de le servir, de passer les jours et les nuits à son chevet. Plusieurs entreprirent de concert des neuvaines et autres bonnes œuvres pour obtenir sa guérison; si les vœux et les prières ne l'obtinrent pas, ils prouvèrent du moins le prix que les amis du malade attachaient à la prolongation de ses jours, et ce qu'ils attendaient de lui pour le salut d'un grand nombre d'âmes.

Dès qu'on le sut en danger, on en informa ses parents; aussitôt sa mère accourut à Paris. Elle le fit transporter dans une maison voisine pour pouvoir lui donner ellemême ses soins. Ce fut pour le malade un grand sacrifice que de quitter, pour ne plus la revoir, cette solitude où il avait, disait-il, coulé des jours si heureux : mais il concentra cette peine dans le fond de son cœur pour s'abandonnera l'obéissance. Il cacha avec le même soin ses souffrances : elles étaient excessives, comme il l'avmia en secret à un de ses amis; et néanmoins son visage conserva toujours sa douceur, sa sérénité ordinaire : quel que fût son état, il recevait avec le même air de satisfaction tous ceux qui venaient le visiter; il témoignait la même gratitude pour les petits services qu'on avait pu lui rendre.

C'est presque tout ce que l'on sait de Calixte dans les jours qui ont précédé sa mort. Il parlait très-peu; profondément recueilli, il semblait vouloir dérober aux créatures ce qui se passait entre Dieu et lui. Nous y suppléerons en consignant ici des pensées et des affections qui lui appartenaient et qui durent l'occuper alors. Il les avait mises par écrit peu de temps auparavant : on y reconnaîtra l'élan d'une âme consumée d'amour, et qui sent que le jour de son bonheur n'est pas éloigné.

« 0 mon Dieu! dit-il, que je vous aime, que je vive d'amour, que je meure d'amour !.... Seigneur, donnez-

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