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FRÈZE.
moi cette vie nouvelle qui accroisse mon existence de toute votre immensité... Courage ! mon âme, l'éternité approche; courage! nous voici au port. Élançons-nous sur le rivage; ou plutôt, ô mon âme! élevons-nous dans les cieux. Ainsi, lorsque la flamme ne trouve plus rien à dévorer, on la voit se détacher légèrement du flambeau et se perdre dans les airs. Tu t'élèveras, ô mon âme ! comme la vapeur de l'encens, quand elle forme dans les cieux un nuage odoriférant.... ODieu! paraissez, vous absorberez mon âme; quittant ces organes grossiers, elle montera vers vous, vous la recevrez dans votre sein, elle y sera heureuse de votre bonheur. » Oh ! que la mort dut être douce à une âme qui se nourrissait de telles pensées, de tels sentiments !
Dans les premiers jours d'avril, sa maladie ne laissant plus d'espoir, on lui administra les derniers sacrements. Il les reçut avec l'air de calme et de bonheur qui distingue les aines habituellement remplies de Dieu. Enfin, le 7 du même mois, à une heure après midi, il tendit tout à coup les bras à sa mère comme pour lui faire le dernier adieu, et il expira. Le supérieur général de Saint- Sulpice et plusieurs de ses confrères l'avaient assisté jusqu'au dernier soupir.
Madame Frèze montra dans cet affreux moment un courage et une piété admirables. A la vue de son fils mort, sa première pensée fut de se prosterner au pied de la croix, sa première parole fut un acte d'acquiescement à la volonté de Dieu : les larmes amères qu'elle répandit ensuite firent assez voir quelle profonde blessure le cœur maternel avait reçue.
11 serait difficile de peindre l'impression que produisit dans le séminaire la nouvelle de cette mort. Un sentiment douloureux saisit d'abord tous les cœurs; mais une douce consolation vint aussitôt s'y mêler, tellement qu'on ne savait plus s'il fallait pleurer une si grande perte, ou se réjouir d'une si sainte mort. Tous s'empressèrent de rendre leurs derniers devoirs à ce cher défunt. Son corps fut transporté au cimetière de Vaugi-
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rard, où il repose avec ceux de plusieurs directeurs et élèves du séminaire de Saint-Sulpice. On lit sur son tombeau l'inscription suivante : Hic in pace adquiescit Calixtus Frèze, subdiùconus, regularum vitœ communié opprime tenax, virginiiatis vovendœ a tenella œtate desiderio fiagrans, clericorum Sulpicianorwn arnor et deliciœ, forma et exemplar.
DE PICHARD
(chaules).
Décédé le fi mai 1827, à l'âge de 1G ans et demi.
Charles de Pichard naquit à Chenérailles, près de Guéret. Presque au sortir du berceau, il eut le malheur de perdre sa pieuse mère, qui, avant de mourir, avait déjà déposé dans son cœur le germe des fruits de bénédiction qu'il devait porter un jour. Heureusement pour notre jeune enfant, cette perte qu'il n'était pas encore en état d'apprécier fut réparée par un père éminemment religieux, qui regarda comme son premier devoir de lui donner une éducation toute chrétienne, et qui ne voulut pas rester au-dessous de ses obligations. Aussi eut-il la consolation de voir le petit Charles, dès la plus tendre enfance, répondre pleinement à ses soins et se porter comme de lui-même à toutes les vertus de son âge. L'ingénuité, la sincérité, la candeur faisaient le fond de son caractère; jamais on n'entendit le plus léger mensonge sortir de sa bouche. Sa douceur était inaltérable. On l'a vu maintes fois frappé par un enfant son parent, moins âgé que lui; quelquefois il levait la main : «Vois, disaitil, je suis plus fort que toi, mais je ne veux pas te battre... » Naturellement sensible aux besoins des pauvres, il devint charitable et généreux par esprit de religion; ainsi il n'hésitait pas à se priver pour eux de son petit
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avoir. Quand sa bourse était vide il recourait à une autre. Son père lui semblait-il balancer à ouvrir la sienne : « Donnez, papa, donnez, disait l'enfant, Dieu nous le rendra. »
Dès que Charles, qui avait déjà reçu les premiers principes de la grammaire, fut en âge de passer à des études plus importantes, il fallut songer à l'éloigner de la maison paternelle. Mais en s'occupant de son instruction, Ton avait à le préserver des dangers qui pouvaient menacer son innocence et sa piété. C'est à quoi M. de Picbard pourvut en père chrétien, il le plaça dans un petit séminaire voisin, de préférence à toute autre maison d'éducation; et le jeune parent dont nous avons parlé y fut admis en même temps. Celui-ci alors dans sa neuvième année avait assez de raison pour ne plus se permettre de porter la main sur celui en qui il ne pouvait se dispenser de voir son meilleur ami : d'ailleurs les leçons de modération et de patience qu'il en avait souvent reçues l'auraient sans doute désarmé. Mais l'inapplication et l'étourderie, si ordinaires à cet âge, l'entraînaient dans bien des fautes qui de temps en temps lui attiraient des réprimandes ou des punitions. Toutes les fois qu'il en avait mérité, Charles ne manquait pas de le prendre à part et de lui faire une remontrance toute fraternelle. Le jeune Mentor n'avait guère que onze ans; il continua toujours depuis ce charitable office, et il le remplit avec une douceur et une discrétion qui lui acquirent sur l'esprit de son petit ami une autorité véritablement étonnante. Pour s'en faire une juste idée, il faut dire que celui-ci le craignait et l'écoutait autant et peut-être plus que ses maîtres eux-mêmes. Charles soutenait cet ascendant extraordinaire par des vertus qui crûrent en lui avec l'âge, sans aucune de ces variations où le vice aime à surprendre la piété, et dont il sait si bien se prévaloir pour la censurer, pour la rendre suspecte, et surtout pour se dispenser d'y revenir.
Dès les commencements de son séjour au petit séminaire, on put remarquer en lui une exacte régularité,
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une docilité exemplaire, une admirable pureté de mœurs, une grande délicatesse de conscience, une extrême horreur pour tout ce qui peut blesser la modestie et la pudeur. C'est ainsi que cet enfant, précoce pour la vertu, se préparait à la plus importante action de sa vie, à sa première communion. Tout pénétré de la grandeur et de la sainteté du Dieu qu'il allait recevoir, il craignait toujours de n'être pas encore assez bien disposé; sa conscience alarmée le faisait sans cesse recourir au bain salutaire de la pénitence. Il fallut toute l'autorité d'un sage directeur pour le calmer et le rassurer sur les taches que son humilité lui faisait apercevoir dans son cœur. Rien au reste de plus touchant et de plus édifiant que l'esprit de foi et de ferveur avec lequel il s'approcha pour la première fois de la sainte table.
Aux vertus dont nous avons parlé Charles en joignait une sans laquelle toutes les autres eussent pu paraître illusoires, je veux dire l'application au travail. La sienne était aussi vive que constante ; et comme il avait apporté en naissant un esprit naturellement porté à la réflexion, un jugement droit et sur, tant de qualités réunies ne pouvaient manquer d'amener des succès. Les siens furent brillants : depuis la classe élémentaire, c'est-à-dire la huitième, il emporta d'emblée les prix d'excellence. A la fin de la quatrième, malgré une maladie de deux mois, il se trouva encore avoir l'égalité avec son concurrent pour les places décomposition de toute l'année; et le moins qu'il pût espérer, ce semble, était de partager le premier prix. Tel avait été l'avis du respectable supérieur de la maison; et tous ses condisciples s'attendaient à lui voir rendre cette justice. 11 n'en fut pas ainsi néanmoins : Charles n'eut que le second prix. Cet échec, auquel il n'avait pas lieu de s'attendre, lui fut très-sensible, lui arracha même des larmes, mais pas une plainte contre celui de ses maîtres à qui il pouvait à juste titre attribuer sa disgrâce. ïl faut avoir été écolier pour sentir ce qu'il en coûte de se voir enlever des palmes auxquelles on a quelques droits, et de les perdre sous les
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yeux de ses parents. La plupart des condisciples de Charles lui témoignèrent leurs regrets et la part qu'ils prenaient à sa peine; quelques-uns même s'exprimèrent fort librement sur ce qui venait d'arriver. Dans une conjoncture aussi délicate, Charles ne s'oublia pas, il ne laissa pas échapper un mot qui sentît le mécontentement ou l'humeur.
Quelques jours après, faisant voyage avec son père, il rencontra sur la route le maître dont nous avons parlé; loin de l'éviter, il alla au-devant de lui avec cet air de douceur et d'ingénuité qui le caractérisait, et le salua aussi respectueusement, aussi cordialement que s'il n'eiii eu qu'à, se louer de ses procédés. Tout autre que Charles eût cru, et avec raison, en avoir assez fait; il n'en jugea pas de même. Sachant que ce professeur passait la nuit dans une auberge assez voisine de la sienne, il se leva avant le soleil; et après avoir, selon sa coutume, à laquelle il ne manquait jamais, consacré un temps assez long à la prière, il sortit, et alla lui rendre ses devoirs. Aucune vue humaine n'entra dans une démarche aussi pénible à la nature; le religion seule avait pu la lui inspirer : car il savait dès lors qu'il ne retournerait plus au petit séminaire dont nous avons parlé, et n'aurait plus de rapports avec le professeur. Les sentiments de Charles ne se démentirent jamais; toutes les fois qu'il fut question de cette affaire en sa présence, il ne manqua pas de prendre la défense de celui qu'on inculpait. « Que voulez-vous? disait-il, sans doute il était bien persuadé que je n'avais pas droit au premier prix; il a obéi à la voix de sa conscience. Peut-être aussi ne le méritais-je pas effectivement. » C'est son père qui nous donne les circonstances de cet événement dont il fut témoin; il ajoute que depuis cette époque il éprouva pour son fils quelque chose qui tenait du respect, et qu'au reste il ne croit pas, en réfléchissant sur toute la suite de sa vie, que cet enfant ait jamais commis une faute assez grave pour ternir son innocence baptismale.
Tel était Charles à quinze ans, et tel il se montra
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jusqu'à la fin. Arrivé à un âge où les plaisirs s'offrent avec les attraits les plus séduisants, il faisait paraître une prudence et une réserve qui auraient fait honneur à la sagesse des vieillards. S'il était attentif à prévenir le danger, il n'était pas moins exact à se purifier des moindres fautes. Le repos des vacances, loin d'être pour lui une raison de se négliger sur ce point, était au contraire à ses yeux un puissant motif de redoubler de vigilance et de précautions. Le curé de la paroisse t)ù Charles les passa six années de suite, chaque fois qu'il lui ouvrait son intérieur, ne pouvait qu'admirer, sa candeur, son innocence, sa vive horreur du péché, son ardent amour de Dieu. « L'extrême soin qu'il mettait à sonder tous les replis de son cœur, ajoute le respectable ecclésiastique à qui nous devons ces détails, n'était pas seulement pour moi un sujet d'édification, j'y trouvais encore une sorte d'encouragement à la ferveur. Ainsi préparé, Charles s'approchait fréquemment de la table sainte, et toujours avec de grands sentiments de piété. L'exemple d'une vie si pure et d'une dévotion si tendre donnait de l'admiration à tous mes paroissiens, et semblait faire passer dans leur âme les mêmes sentiments dont ils le voyaient pénétré. »
Charles ne perdait point de vue son jeune' parent pendant les vacances, ce temps de repos et de délassement où il faut du courage à la plupart des enfants pour ne pas s'abandonner à la dissipation, et à l'oisiveté souvent plus dangereuse que la dissipation elle-même. Rien n'était comparable aux soins que Charles se donnait pour le préserver des écueils où l'inexpérience et la vivacité auraient pu le jeter. Dans cette vue, il l'avertissait à propos, il l'aidait à réparer ses fautes, il le menait avec lui dans ses courses d'agrément, il l'aidait à faire son devoir de vacances. L'enfant venait-il à se décourager, abandonnait-il son ouvrage, Charles l'encourageait avec une douceur angélique, c'avait recours aux larmes quand il ne pouvait triompher autrement de son impatience ou de sa légèreté.
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M. de Picbavd ayant retiré son fils de la maison d'éducation dont nous avons parlé, le plaça au petit séminaire de Montmorillon. Charles ne tarda pas à s'y distinguer par une douceur de caractère et une maturité de raison qui le rendirent également cher à ses maîtres et à ses condisciples. On eut bientôt lieu de reconnaître combien le nouvel élève était maître de lui-même, dans une de ces occasions imprévues qui semblent faites pour déconcerter la patience la mieux exercée. Son jeune parent, qui l'avait suivi à Montmorillon, reçut un jour un coup assez violent. Pressé par la douleur, il se mit à poursuivre l'agresseur qui, se sentant le plus faible, chercha son salut dans la fuite. Charles par hasard se rencontra sur le chemin et saisit le coupable. Il versa des larmes sur la douleur de son petit ami; ma'is non content de ne pas maltraiter l'auteur du mal, il s'opposa atout acte de vengeance delà part de l'offensé, qui, animé comme il était, avait besoin d'être contenu et rappelé à la loi du pardon des injures.
Ce trait de générosité chrétienne donna, dans l'esprit de ses condisciples, un nouveau lustre à l'exacte et invariable régularité dont il faisait profession, et qui, sans condamner ou censurer personne, était pour tous un modèle. Aussi ne tarda-t-il pas à être admis dans la congrégation des Saints-Anges, qui se fit un honneur de le compter parmi ses membres. La piété de Charles n'avait du reste rien de démonstratif; fondée sur la conviction et non sur le sentiment, elle n'en était que plus profonde, plus solide, moins exposée à plier sous aucune considération humaine, ou à suivre les variations d'une ferveur toute sensible. Parfaitement instruit des principes de la religion, il s'acquittait des diverses pratiques qu'elle prescrit ou conseille, avec un esprit de foi rare à son âge, et que son recueillement rendait assez visible, surtout dans le lieu saint. Cet esprit de foi se manifestait jusque dans les circonstances qui semblaient les moins propres à le rappeler : quand l'heure sonnait pendant la classe, l'usage était de réciter une courte
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prière; à l'instant Charles se trouvait aussi recueilli que s'il eût eu le temps de s'y préparer à loisir; et la chose lui était facile, parce que, toujours attentif à la présence de Dieu, il ne se laissait dissiper ni par les occupations, ni par les délassements.
Jamais il ne lui arriva de manquer une seule fois au devoir prescrit pour la classe. Non-seulement il le soignait, mais il s'y appliquait de toutes ses forces; et s'il témoignait quelquefois du déplaisir, c'était de n'avoir pu le polir et le perfectionner à son gré. Il avait pour rivaux un bon nombre de jeunes gens distingués par leurs talents : néanmoins il les éclipsa tous en peu de mois; et cette supériorité il la dut principalement a la justesse du goût et à la force du jugement. Il est vrai que si cette dernière qualité dominait en lui, c'était un peu aux dépens de l'imagination; mais il sut si bien profiter des avis qu'on lui donna pour fortifier la partie faible de son talent qu'il parvint à lutter avec avantage contre ses rivaux, même dans la poésie latine, et obtint le prix d'excellence à la fin de l'année scolastique.
Au milieu des succès et de la considération qu'ils lui attiraient parmi ses condisciples, sa modestie était admirable. Jamais on ne l'entendit parler de rien qui pût le regarder lui ou sa famille, ou attirer sur lui l'attention en quelque manière que ce fût. Un de ses maîtres apprit par hasard qu'il était très-adroit chasseur, et qu'il avait fait en ce genre des merveilles dont les hommes les plus expérimentés et les plus habiles se seraient glorifiés. Il voulut savoir de lui ce qu'il en était. Charles, obligé de parler, raconta avec beaucoup de simplicité ses exploits, qui étaient en effet surprenants pour son âge; et depuis il n'en dit mot à personne, pas même à l'approche des vacances, où il est si naturel aux jeunes gens de se communiquer leurs projets d'amusement, leurs plans de campagne, et surtout leurs parties de chasse.
Charles fut heureux de n'avoir pas attaché son cœur à ces objets frivoles; il ne devait plus y avoir pour lui de vacances. Un peu avant la fin de l'année scolastique
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il commença à sentir plus vivement les atteintes d'un mal qui l'incommodait depuis quelque temps. Ce mal était tout intérieur, il avait pour siège l'articulation du témur et de la hanche. Bientôt le malade fut réduit à l'impossibilité de marcher, puis à la nécessité de garder le lit, et enfin condamné à ne pouvoir faire ou souffrir un mouvement sans s'exposer a d'extrêmes douleurs. Le jour de la distribution solennelle, on lui apporta à l'infirmerie ses prix et ses couronnes; c'était pour lui une légère consolation : il en trouvait une plus solide dans l'accomplissement des desseins de Dieu sur lui.
Quelques jours après, il eut un grand sacrifice à faire, il lui fallut se soumettre à ne revoir pendant les vacances ni son pays ni sa famille. On l'avait mis en route dans une voiture assez commode; à une lieue de Montmorillon, il fut impossible au malade d'aller plus loin; on le ramena, et il reprit sa place sur le lit de douleur. Il y passa tout l'hiver, en proie à des souffrances continuelles qui devenaient atroces dans les redoublements, sans qu'il fût possible de lui procurer aucun soulagement humain. 11 les supporta avec une patience héroïque et une résignation dont on trouverait peu d'exemples. Si son courage paraissait s'affaiblir, un mot de l'infirmier ou d'un de ses maîtres le ranimait et lui donnait de nouvelles forces. Quelquefois l'excès de la douleur lui arracha des larmes. Des personnes peu attentives les prirent peut-être pour des signes d'impatience, ou du moins de faiblesse et d'imperfection. Qu'auraient-elles dit de saint François de Sales qui en versait aussi pendant une opération douloureuse, la veille de sa bienheureuse mort? Un de ses maîtres l'ayant un jour trouvé en pleurs, lui dit en riant : « Eh «bien! mon pauvre Charles, il semble que vous bou- « dez contre le bon Dieu? — Oh ! non, répondit-il d'un « air calme, mais je souffre tant qu'il m'est impossible « de ne pas pleurer. » Il cherchait à se fortifier en contemplant le crucifix, en unissant sa croix à celle du Sauveur, et surtout en l'appelant lui-même dans son
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cœur par la sainte communion, qu'il recevait fréquemment et toujours avec une foi et une ferveur édifiantes.
Son jeune parent, plein de confiance en lui, allait très-souvent le voir à l'infirmerie. Charles, qui ne savait pas encore que la maladie fût mortelle, lui recommandait chaque fois de prier pour lui et de demander sa guérison au bon Dieu, surtout par sa bonne conduite. Un jour que l'enfant rapportait au malade un trait d'indocilité auquel il s'était laissé aller à l'égard d'un de ses maîtres, Charles en fut très-peiné : « Ce n'est pas ainsi, « lui dit-il, mon cher ami, que tu obtiendras ma guéce rison. Mais puisque la faute est commise, et que vraice semblablement tu en recevras une pénitence, il faut « offrir la pénitence au bon Dieu, et surtout ne plus « retomber. » Quelquefois il le surprit en pleurs au pied de son lit : « Allons, mon cher ami, lui disait-il avec « douceur, ce ne sont pas des larmes qu'il me faut, « mais bien des prières, et de la résignation à la voce lonté de Dieu. »
Au commencement de mars, les plus grands froids de l'hiver étant passés, les médecins, las de chercher en vain des remèdes à un mal dont ils n'avaient pas même bien pénétré la nature, conseillèrent de faire transporter le malade dans la maison paternelle. On prit une voiture très-douce; on y plaça un lit sur lequel Charles, voyageant à petites journées avec deux personnes pour le soulager et le servir, parvint, non sans de vives douleurs, à faire le trajet. 11 avait à peine deux mois à vivre ; il les passa dans un exercice continuel de patience et de résignation. Depuis longtemps habitué à trouver tout en Dieu, il continua de s'unir à lui aussi souvent qu'il le put dans la communion. Les douceurs qu'il y goûtait, récompense anticipée de l'amour souffrant, lui faisaient oublier tous ses maux; et ces communications intimes avec son Sauveur répandaient dans son âme un calme et un recueillement profond que les approches même de la mort ne purent altérer. C'est le directeur de sa conscience, le respectable cur#é de Toul-
Sainte-Croix, qui lui a rendu ce beau témoignage, après l'avoir suivi et assisté jusqu'à la fin.
Ses derniers moments eurent surtout quelque chose de remarquable. La veille de sa mort le malade était assez tranquille, et rien n'annonçait qu'elle fût si proche. Tout à coup une crise violente se déclare; en même temps la tête se perd. Le curé est averti , il accourt, et le trouve dans un délire effrayant. Néanmoins, il lui parle des derniers secours de la religion. A l'instant le malade recouvre toute sa raison , toute sa présence d'esprit, toute sa piété. Il fait sa confession aussi détaillée qu'à l'ordinaire, et reçoit l'extrême-onction. Ses dernières paroles furent les adieux qu'il fit à son père. « Papa, lui dit-il, embrassez-moi donc, je n'ai « pas peur de la mort... Bonne sainte Vierge! ayez pitié « de moi ! » On ne lui donna pas le saint Viatique avec l'extrême-onction, parce qu'il l'avait reçu peu auparavant. A peine les cérémonies du sacrement des mourants furent-elles terminées, que le délire revint et continua sans intervalle jusqu'au moment où il plut à Dieu de l'appeler à lui , pour lui donner le prix de ses vertus et de ses douleurs.
DE YÏLLERS