‹ Souvenirs de Saint-Acheul et d'autres établissements français dirigés par les Pères de la Compagnie de Jésus depuis le mois d'octobre 1814 jusqu'au mois d'avril 1857, ou, Vies de plusieurs jeunes étudiants élevés dans les maisons d'éducationChapitre 39 sur 66 · HALLE · texte numérisé non relu

HALLE

congrégation établie sous son nom, des saintes pratiques et des bonnes œuvres dont on s'y occupe, des services qu'on y rend aux malheureux dans les prisons et dans les bôpitaux. Lorsque le mois de Marie approcha, il voulut qu'on exposât la statue de la sainte Vierge dans un oratoire bien décoré où il se proposait de faire avec toute la famille les exercices propres à ce mois de bénédiction.

« J'avais toujours tâché de me réserver des moments dans la journée pour l'aider à remplir ses pratiques de piété. Mon but était non-seulement de l'édifier et d'entrer dans ses vues, mais encore de prévenir l'ennui et les pensées affligeantes. On crut que ces pratiques captivaient l'attention du malade au delà de ce que permettait son état, et on les interdit. Bientôt sa gaieté parut s'évanouir ; ses maux plus compliqués, les remèdes qu'il fallait employer, la cessation des secours spirituels, tout sembla se réunir pour imprimer à son âme une teinte de tristesse et de mélancolie, sans altérer toutefois sa constance et sa résignation. Comme je m'efforçais quelques jours après de le rappeler à la gaieté que je lui avais vue : « Gomment veux-tu que je sois gai? me « répondit-il, tu me laisses tout h moi-même; plus de « lectures, plus de prières, plus rien.» Je recommençai donc à lui faire des lectures, mais extrêmement courtes; c'étaient ordinairement quelques versets de Y Imitation. En finissant je recevais du malade un sourire de satisfaction et de reconnaissance.

« Au commencement du mois de mai, nous eûmes encore le bonheur d offrir ensemble à Marie le tribut journalier de nos hommages. Il espérait, en vertu des prières qu'on faisait pour lui, obtenir sa guérison. Notre- Seigneur en avait disposé autrement, il lui préparait une faveur plus précieuse, celle d'une heureuse mort. Ses douleurs augmentèrent, et avec elles sa patience et son abandon à la volonté divine. »

Ici nous interrompons la lettre du frère d'Auguste, pour entendre un témoin oculaire, confident de ses

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pensées les plus secrètes. « Il sera, dit-il, longtemps présent à mon esprit ce moment où, transporté d'amour pour son divin Sauveur, il s'écria que « le ciel était pour « lui une conquête assurée, et que toute crainte de le « perdre était bannie de son cœur. » Quelle confiance! mais aussi par quelle vie n'avait-il pas acquis le droit de compter sur les bontés de Dieu à son égard! Toujours le premier de ses soins avait été de purifier son âme des fautes les plus légères, il en fut de même pendant cette dernière maladie. Un ministre du Seigneur venait-il le visiter, il le recevait comme un ange envoyé de Dieu pour dissiper les troubles qui s'élevaient quelquefois dans son âme. Il demandait à lui parler en particulier, et c'était toujours ou de l'amour infini de Dieu pour les hommes, ou de la peine qu'il ressentait de n'avoir pu empêcher que ce Dieu de bonté ne fût offensé par les pécheurs. Au sortir de ces pieux entretiens où il épanchait son cœur, on le voyait tout rayonnant de joie lever les yeux, au ciel comme pour s'élancer vers le souverain bien. »

Maintenant nous laisserons parler le père même d'Auguste dans une lettre écrite peu de temps après sa mort. « Durant les deux mois qu'il a passés à la maison, notre cher malade n'a pu se lever que deux fois et seulement pour quelque minutes. C'est dans le lit qu'il a fait sa communion pascale. Il aurait bien voulu communier souvent, mais des circonstances particulières y mirent obstacle, aussi bien qu'au désir qu'il exprimait souvent d'aller mourir à Saint -Acheul. Lorsque je lui proposai les sacrements pour la fête de la Pentecôte : « Oh! « papa, me dit-il, qu'il me faudra de temps pour bien « m'examiner! Je n'ai peut-être jamais fait une bonne « confession, faute de contrition et d'amendement. — « Ne comptes-tu point , lui dis-je, sur les bontés de « notre Dieu? as-tu oublié qu'elles sont infinies?» Après quelques mots d'encouragement, je voulais lui rappeler le bon pasteur, l'enfant prodigue, ces paraboles touchantes qui l'avaient si fort attendri, lorsqu'il les enten-

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