H ALLEZ
dait, étant encore tout petit, dans ies explications que je faisais du catéchisme à mes enfants. Mais en ce moment son esprit s'égara, ses idées, ses paroles n'avaient plus de suite. Je me retirai le cœur percé de douleur. Le lendemain, revenu à lui-même, il désira faire sa confession, et la fit à plusieurs reprises. Je remarquai que chaque fois son teint restait enflammé, que la fièvre redoublait, qu'il demeurait comme absorbé jusqu'à la nuit. La veille de la Pentecôte arriva, c'était le jour assigné pour la communion. Auguste reçut Notre-Seigneur en viatique, et pour la dernière fois. Ce ne fut pas avec sa sérénité ordinaire : il avait part alors au calice d'amertume qui achève de purifier les élus. Plein de la pensée qu'il allait bientôt paraître devant le souverain Juge, il ne laissa pénétrer dans son âme que les sentiments du respect et de la soumission.
« Vers le soir, le mal augmenta, la tête se perdit par intervalles. Quand il fut plus maître de lui-même, des peines de conscience et des inquiétudes vinrent le travailler de nouveau, pour faire place ensuite aux agitations du délire. Le lendemain, jour de la Pentecôte, on se mit en devoir de lui administrer l'extrême-onction. Aux premières paroles que le prêtre lui adressa, il parut reprendre toute sa présence d'esprit, et il reçut le sacrement des mourants avec autant de calme que de piété. Mais cela dura peu; bientôt la fièvre redoubla: trois fois dans la soirée il voulut s'échapper du lit. Il semblait combattre un ennemi invisible, disant avec chaleur : « Non! non! » puis il priait, puis il prenait à haute voix la défense de la religion. Les pensées qui tiennent à la foi paraissaient seules l'occuper fortement.
« Au milieu de ces combats où son esprit s'exaltait et s'égarait souvent, dès qu'il apercevait son directeur, il le saluait avec un sourire gracieux, il lui tendait les bras pour l'embrasser, et retrouvait assez de raison pour lui ouvrir son cœur. Dans une de ces visites où ce bon prêtre cherchait à le consoler : « Ah! monsieur, lui dit-il, « qu'il faut être pur pour paraître devant Dieu ! » Le jour
MA.LOT
de sa mort au matin, il lui dit : «Savez-vous bien, mon- « sieur, qu'il n'y a plus de place pour moi dans Tenet fer? J'en ai une dans le paradis. » Dans la soirée du lundi de la Pentecôte, un de ses anciens condisciples vint le voir. Je le conduisis à sa chambre. Arrivé près du malade, l'altération de ses traits me frappa. «Monc sieur, dis-je à son ami, commencez les prières, il est « temps. » Le jeune homme interdit hésite. Je lui mets le livre en main et je me jette à genoux. Mais bientôt je sentis la nécessité de me retirer. » Le cœur d'un père n'a pu voir ces douloureux moments avec assez de calme pour nous en transmettre le détail.
Nous apprenons par la lettre de son frère que le matin qui suivit cette triste nuit, le moribond avait les yeux pleins de larmes. On lui en demanda la raison : « J'ai vu « l'éternité, » répondit-il. Enfin à la dernière heure, le calme fut rendu à son âme, et il s'endormit tranquillement dans le Seigneur. Auguste avait toujours aimé la sainte Vierge comme sa mère; elle lui ménagea, pour dernier gage de sa tendresse maternelle, la faveur de mourir dans le mois qui lui est consacré. Longtemps après qu'il eut expiré, on remarquait encore sur ses lèvres un doux sourire, et dans tous ses traits un air de paix et de joie qui semblait attester son bonheur.
MALOT