‹ Souvenirs de Saint-Acheul et d'autres établissements français dirigés par les Pères de la Compagnie de Jésus depuis le mois d'octobre 1814 jusqu'au mois d'avril 1857, ou, Vies de plusieurs jeunes étudiants élevés dans les maisons d'éducationChapitre 42 sur 66 · M A GUE · texte numérisé non relu

M A GUE

avec lequel le petit Edmond retraçait les cérémonies de la messe , des vêpres, etc., donnait à toute la famille la plus douce jouissance.

En même temps on cultivait son esprit et son cœur. Monsieur et madame Magne ne voulurent, se décharger sur personne de cet important devoir. Dès l'âge le plus tendre, ils lui donnèrent des leçons réglées, dont son application plus qu'ordinaire les dédommageait amplement. On remarquait aussi en lui une sensibilité extrême à la louange comme au blâme, et un désir efficace d'achever la tâche qui lui était assignée; l'un et l'autre étaient chez lui l'effet d'un tendre attachement pour ses parents, dont le bon plaisir était à ses yeux l'expression de la volonté de Dieu , et pour les soins desquels il éprouvait la plus vive reconnaissance.

Cette disposition à leur égard lui fit voir avec plaisir la résolution qu'ils prirent en 1831 d'habiter la campagne; il se trouvait parfaitement en famille; ce goût de solitude, ou plutôt de vie domestique, il le conserva toujours. Plus tard, la compagnie de son frère et de sa sœur suffisait à ses récréations, et la proposition de lui procurer d'autres compagnons de jeu ne lui sourit jamais.

Ce n'était pas chez lui misanthropie : il aimait sincèrement le prochain; son affection pour les pauvres allait jusqu'à la tendresse, et il regardait comme une récompense d'être autorisé à leur faire quelque aumône.

On distinguait en lui un grand fond d'équité. Cette vertu, qui ne se remarque pas ordinairement de si bonne heure chez les enfants, présidait à ses jugements dans les petits démêlés entre frère et sœur, et faisait toujours triompher le bon droit.

Son défaut dominant lui-même, c'est-à-dire une vivacité brusque qui allait quelquefois à une sorte d'emportement, fut peut-être ce qui, avec l'amour de la justice, manifesta le mieux l'énergie de son caractère et la bonté de son cœur. Que de combats ! mais aussi que de victoires! à peine avait-il eu le temps de se reconnaître,

MAGHE.

qu'il rentrait en lui-même et témoignait le plus vif regret de ses écarts. Son repentir était efficace, il se punissait lui-même en récitant des prières qu'il s'était imposées, comme on l'a vu depuis dans le cahier qui contenait ses résolutions; c'était surtout à la très-sainte Vierge qu'il s'adressait pour obtenir de se corriger : sa dévotion envers Marie fut toujours aussi tendre que vive; il l'avait prise pour sa mère, il ne manquait jamais de lui payer le tribut journalier de ses prières, et il ne se bornait pas à l'honorer par lui-même, mais il se faisait l'apôtre de sa famille; il l'invitait à se réunir à lui pour réciter en commun le chapelet toujours suivi du Mentor are.

Dans un âge aussi tendre, tout ce qui tenait au service de Dieu avait pour lui de l'attrait; jamais il n'omettait les prières d'usage, celles du matin et du soir, celles avant et après le travail ou le repos. Parmi ses études, il n'y en avait point qu'il affectionnât autant que celle de la Religion. La sainte messe avait pour lui un véritable charme, ainsi que tout ce qui touche à l'adorable Eucharistie. Il soupirait après sa première communion à un âge où les autres enfants ne rêvent que jeux et frivolités; et porter un flambeau dans les processions du trèssaint Sacrement était pour lui la plus douce des jouissances; il la sollicita aussitôt qu'il en eut la force, et il fut toujours depuis aussi exact, aussi empressé à s'y rendre, qu'édifiant par la modestie angélique avec laquelle il s'acquittait de ce devoir.

Il y a dans les environs de Neufville, assez loin de la campagne qu'habitait cette pieuse famille, un calvaire où est établi le chemin de la Croix; c'était sa promenade favorite, surtout aux approches de sa première communion. Alors il lui est arrivé de la prolonger au point d'inquiéter sa famille , et même de compromettre sa santé.

On conçoit que la première communion fut pour le jeune Edmond l'époque d'un redoublement de ferveur, h fréquenta avec la plus grande assiduité le catéchisme

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