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éloignés de semblables pensées, comme, par exemple, en allant et en venant d'un exercice à l'autre, et pendant la leçon de dessin., où d'une main il tenait le crayon, et de l'autre le chapelet. C'est avec le chapelet qu'il occupait les loisirs et charmait les ennuis de la maladie ; il en avait l'habitude depuis longtemps. Déjà, avant son entrée au collège, pendant la rougeole qu'il eut chez une de ses tantes, on le voyait toujours le chapelet en main; et comme on lui faisait observer qu'il y avait danger que cela ne le fatiguât, hé bien l répondit-il vivement, si vous voulez, nous en dirons une dizaine ensemble; ce qu'il faisait ensuite avec toute l'attention d'un fervent religieux.
Dans le dortoir, lorsque la grippe l'y retint, toujours on le trouvait occupé de prières, de saintes lectures, ou récitant son chapelet. On lui demanda un jour s'il recourait souvent au souvenir et à l'amour de Marie : Oh oui ! répondit-il avec un air de contentement inexprimable, oh oui ! je l'aime et j'y pense. On peut croire avec raison que c'était dans ce souvenir continuel de Jésus et de Marie, et dans son union avec l'un et l'autre, qu'il puisait cette patience inaltérable qui l'empêcha toujours, en quelque circonstance que ce fût, de proférer une plainte, ou même d'exprimer un désir. D'ailleurs toute sa conduite offrait quelque chose de mâle, de fort et de généreux qu'on trouve rarement àcetâge; sans s'arrêter aux douceurs de la piété sensible, non plus qu'à ses pratiques extérieures, il la faisait surtout consister à sanctifier les devoirs de son âge et de son état, l'observation de la règle, le travail qu'imposent les études, enfin les rapports qui le liaient à ses supérieurs et à ses condisciples. C'est à ces motifs si purs et si relevés qu'il faut attribuer sa parfaite régularité, son application soutenue, tout enfin, jusqu'à cette émulation ardente, mais dégagée de toutè jalousie à l'égard de ses rivaux. Sur tous ces points il ne laissa jamais rien à désirer à ses maîtres ; et pendant les dix-huit mois qu'il passa à Brugelette, il ne cessa point de mériter les témoignages les plus
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honorables pour lui , et les plus flatteurs pour ses parents.
S'il montra de la prédilection pour quelques-uns de ses condisciples, c'était pour les plus sages et les plus fervents. Quant à ses maîtres, il les aimait tous tendrement; on voit dans ses lettres l'idée qu'il s'en était formée dès son entrée : c'étaient les représentants de ses bons parents, et surtout les lieutenants de Dieu à son égard; il les regardait comme des pères, et les confondait constamment dans son affection, pomme dans ses prières, avec ceux qui lui avaient donné le jour. Rien de plus touchant que la manière dont il annonce à sa famille l'absence d'abord, puis la mort d'un de ses professeurs (le père Guytardj, et l'empressement qu'il met à solliciter pour lui des prières, et à demander qu'elles se fassent à ses frais, s'il en est besoin. Il ne voyait en chacun d'eux que des vertus; il ne savait parler que de leur bonté; aussi avait-il en eux une confiance sans bornes que n'altérèrent jamais les reproches qu'ils se crurent parfois obligés de lui faire sur ses petites fautes, sur son éloignement des jeux, par exemple, et sur les saillies de son humeur. Ce cher enfant n'était jamais l'agresseur; il avait un cœur excellent; mais dans les petites contradictions inséparables de la vie de collège, son caractère l'emportait quelquefois au delà des bornes : c'était surtout après ces brusqueries qu'éclatait la solidité de sa vertu, soit dans la réparation qu'il faisait de ses fautes, soit dans la manière dont il recevait les avis de ses maîtres, et dans l'ouverture pleine de simplicité qu'il conservait pour ceux qui l'avaient réprimandé.
Au printemps de 183G, il fit avec toute la maison le mois de Marie; mais il y mit une énergie de dévotion bien remarquable. On conserve dans sa famille une lettre où ce cher enfant engageait son frère et sa sœur à célébrer aussi ce beau mois, et où il leur suggérait de tenir un journal détaillé de tout ce qu'ils voudraient offrir à leur bonne Mère, en les assurant que cette dévotion leur vaudrait les plus grandes faveurs de la sainte Vierge. Il
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l'avait fait pour lui-même, ce journal, sous le titre de
Sacrifices faits à Marie dans le mois qui lui est consacré'; on y voit jour par jour ses pratiques de piété, et surtout les sacrifices offerts et les victoires remportées; c'est tantôt une privation qu'il s'est imposée, tantôt un acte de patience qu'il a pratiqué, ou le silence qu'il a observé, ou une victoire sur la paresse, et plus souvent sur son caractère impétueux. 0 cher enfant, combien vous avez à vous féliciter aujourd'hui de ces combats contre vous-même, et que vous avez bien gardé la parole que vous donnâtes alors à votre Mère, et que je lis à la fin de votre précieux journal ! 0 Marie ! je prends la ferme résolution de vous servir avec fidélité toute ma vie. C'est ce qu'il avait fait dès sa première enfance dans la maison paternelle, on l'a vu plus haut; c'est ce qu'il fit plus fidèlement encore, s'il se peut, durant ses dix-huit mois de collège. Et pourrait-il en être autrement d'un enfant qui ne voulait le cédera personne en affection pour Marie?
Sans doute aussi l'on peut bien attribuer à un retour spécial de tendresse de Marie pour le jeune Edmond, la parfaite modestie qui l'a toujours caractérisé : jamais on n'a entendu sortir de sa bouche une parole équivoque ou légère; jamais on ne t'a vu jeter un coup d'œil ou faire un geste indiscret; jamais il ne se permit d'amusements tant soit peu dangereux pour l'innocence : le goût d'ordre qu'il semblait avoir apporté en naissant, et qu'il montrait en toutes choses, se manifestait surtout en ce qui regarde l'aimable vertu; il prenait ou quittait ses vêtements avec une décence exquise, il en avait fait l'objet d'une résolution spéciale, et il y fut constamment fidèle. Au collège on admirait son air de candeur, sa réserve dans les regards, dans les gestes et dans les paroles.
Nous tenons de la bouche d'un de ses maîtres que, dans une promenade, comme les élèves étaient obligés, en traversant un village, de passer près d'un petit enfant que sa mère avait laissé entièrement nu, Edmond fut du nombre de ceux qui, par leur silence, leur embarras
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et leurs yeux fixés à terre, manifestèrent combien cet objet offensait leur pudeur.
Son respectable père, dans une visite qu'il lui rendit à Brugelette, fut témoin d'un acte encore plus méritoire : Edmond l'avait reconduit jusqu'au bureau de la barrière, où il devait prendre la diligence : là, quelqu'un se mit à chanter une chanson déshonnête ; aussitôt le chaste enfant prétexta une raison pour sortir, et alla se promener au dehors, préférant à la présence d'un père, qu'il aimait beaucoup, la conservation d'une vertu qui lui était encore plus chère.
Ce fut pendant le mois de Marie qu'Edmond reçut le sacrement de Confirmation, après une préparation qui répondait à son angélique piété. De semblables grâces étaient toujours marquées par un redoublement d'exactitude à tous ses devoirs : son obéissance en particulier allait se perfectionnant chaque jour; à voir sa promptitude à tout quitter pour voler où la cloche l'appelait, on l'eût pris pour un fervent novice : tous ceux qui l'ont connu peuvent l'attester. Cette exactitude partait chez lui d'un principe d'amour qui lui faisait trouver une sorte de plaisir dans les sacrifices qu'elle exigeait de lui.
Tl était économe par esprit d'ordre; mais il ne pouvait refuser l'aumône, et son économie même lui fournissait plus d'occasions de la multiplier.
On apercevait aussi en lui ce zèle naissant qui caractérise tous les élus. Il aimait tendrement son petit frère; à l'époque de sa première communion il pria beaucoup pour qu'il la fit bien; et l'on trouve dans ses lettres à Léopold, vers ce même temps, des considérations et des conseils bien au-dessus de son âge; il lui rappelait entre autres ce qu'il avait si bien senti lui-même, que delà première communion dépend presque uniquement le reste de la vie. Dans une lettre de la même date à sa sœur, il lui recommande de bien prier pour Léopold dans cette importante occasion.
L'amour filial était chez lui rehaussé par les plus vifs
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sentiments de foi. Ses lettres étaient pleines des choses les plus aimables pour ses parents; mais toujours il y ramenait les idées religieuses. Toutes ces petites nouvelles de collège, où se montre si bien l'écolier vertueux, en étaient assaisonnées. Avec quelle effusion de cœur ne leur parle-t-il pas de la pompe des solennités, du prix des retraites données aux élèves, des prières de quarante heures opposées aux folies du carnaval! Et parce qu'il sait qu'après le service de Dieu, rien ne touchera ses bons parents comme ses succès dans les études, avec quel enthousiasme ne les leur raconte-t-il pas? surtout à l'époque des vacances, le bonheur des parents à une distribution solennelle de prix, lorsqu'ils y couronnent leur fils, venait de le frapper vivement; son cœur battait de l'émotion profonde qu'il avait éprouvée à celle de Brugelette en 1836 : quatre fois nommé, quatre fois il s'était vu ravir la palme; il rapportait donc au collège une ardeur incroyable pour l'étude, et un désir immense de procurer à ses parents la douce ivresse de l'embrasser vainqueur. C'est l'objet de ses lettres surtout à Léopold : Il a, Lui dit-il , un devoir de vacances bien travaillé; il va faire les derniers efforts pour rapporter des prix à ses parents; il s'y met sans délai, il demande des prières qui assurent ses succès, il rend compte de toutes ses places obtenues; et avec quel transport de joie il annonce qu'à la première proclamation de l'année il a emporté la croix! il avoue qu'il ne peut exprimer ce qu'il éprouve. Ah! quelle est donc la cause de tant de joie? serait-ce une petite vanité satisfaite? écoutons-le : « Papa, oui ce bon papa ! qui, ce matin encore, m'avait « dit : Quand donc, mon cher Edmond, me ferez-vous le « plaisir de vous voir la croix? j'en serais si heureux/ Il « faut travailler pour cela! Hé bien! eh bien! j'ai trace vaille. J'ai la croix! ce n'est pas le ruban, c'est la «croix! Oh! si je l'avais su, je ne l'aurais pas laissé « partir; il me l'eût attachée lui-même... Ce sera pour « une autre fois... Bénissons toujours le Seigneur... Vous « disiez l'année dernière que vous voudriez voir si une
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«croix m'irait bien; venez donc sans tarder... cepen- « dant j'espère vous donner plusieurs fois ce plaisir «cette année; veuillez communiquer cette heureuse « nouvelle à bonne maman. »
Dans une autre lettre du 5 février, la dernière qu'il ait écrite à son frère, revenant avec lui sur le bonheur dont il jouira bientôt au collège, il lui dit en latin de sa façon : Quando hic eris , nostrorum parenturn dilectopum felicitatem facere conabimur. Le bonheur de ses parents faisait tout le sien.
Vers cette même époque où il était si près du terme de sa vie, on remarqua qu'Edmond, pendant une instruction où Ton avait parlé fortement du malheur d'un fils qui par ses désordres fait mourir sa mère de chagrin, n'avait cessé de pleurer à chaudes larmes. Déjà, on avait remarqué qu'à la dernière visite de ses parents, ses adieux avaient été, contre sa coutume, extrêmement douloureux. Dieu, toujours si bon pour ceux qui le servent, l'avertissait-il intérieurement qu'il les embrassait pour la dernière fois? on l'ignore; mais il est de fait que depuis quelque temps l'idée de la bienheureuse éternité semblait se présenter plus souvent à son esprit ; on la retrouve en effet deux fois dans une de ses lettres du 25 décembre 1836, où, après avoir exprimé avec une grande effusion de cœur son amour pour ses bons parents, il les engage à unir leurs prières auxsiennes, afin, dit-il, que nous soyons tous réunis pendant toute l'éternité dans le séiour de la gloire et de la paix. Il annonce ensuite avec des transports de joie qu'il a prononcé, à la messe de minuit, son acte de consécration dans la congrégation qui venait d'être érigée; puis il termine par quelques mots pleins de sentiment sur cette mort, dont nous avons parlé, d'un de ses professeurs; cette nouvelle lui rappelle encore le repos des élus, dans lequel est entré le maître qu'il pleurait, et qu'il devait suivre de si près.
Mais une chose montra plus sensiblement encore l'impression extraordinaire qu'éprouvait alors cet enfant :
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dans le mois qui précéda sa mort, un de ses maîtres avait parlé dans un catéchisme de la pratique de l'examen particulier, et l'avait présentée comme un moyen efficace pour triompher de sa passion dominante; il avait cité l'exemple de plusieurs élèves qui, en s'examinant plusieurs fois par jour sur leur principal défaut, et en marquant chaque fois leurs fautes, étaient parvenus en peu de temps à se corriger. Le bon Edmond saisit avec avidité la méthode proposée. Au sortir du catéchisme, avec cette volonté énergique qui le caractérisait, il écrivit à ce maître un billet bien remarquable; après y avoir rappelé ce qui l'avait frappé dans l'instruction, et surtout l'exemple de ces élèves qui, au moyen de l'examen particulier, en étaient venus jusqu'à passer trois jours sans dire un seul mot dans les temps de silence, il ajoutait : « J'ai envie de faire comme ces élèves, afin d'observer «très-fidèlement la règle; je vous prie de me dire.... « s'il n'est pas trop tard pour commencer. » Sans vouloir assurer que ces derniers mots eussent dans sa pensée quelque rapport avec le pressentiment de sa fin prochaine, il est impossible de ne pas être frappé de la circonstance où ils furent écrits, et de la manière dont notre cher enfant les vérifia tout le reste de sa courte vie. U ouvrit donc son registre le 20 février, et après quelques jours d'alternative de fautes rares et de nombreuses victoires sur lui-même, on voit dans ce précieux écrit huit jours consécutifs sans aucune défaite, jusqu'au 8 mars qu'il sentit les premières atteintes du mal qui allait l'enlever avec la rapidité de l'éclair. Le dimanche précédent, 5 mars, il avait communié avec sa ferveur ordinaire, c'était, hélas! pour la dernière fois! Son mal n'offrit d'abord aucun caractère alarmant ; Edmond conservait toute sa gaieté , toute son ardeur pour l'étude, et surtout toute sa piété. Pendant sa dernière nuit il parut agité, mais sans plaintes, et toujours occupé de prières qu'il récitait à haute voix. Rendu à son calme ordinaire dans la nuit du 10, on le croyait, et il se croyait lui-même si peu malade, que, sur la
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proposition que lui lit son confesseur d'aller composer avec les autres, il répondit qu'il pouriàit le faire, si l'infirmier le lui permettait. C'était un dernier acte d'obéissance; Dieu allait dans ce même moment lui en demander un bien plus important .,1e sacrifice de sa vie, et couronner ainsi toutes ses vertus. Le cher enfant s'endormit vers trois heures après midi, et tout à coup frappé d'une apoplexie foudroyante, il change de couleur et s'agite. On court avertir : le supérieur vole, il l'appelle; c'était en vain, il n'a que le temps de lui suggérer les actes du chrétien, de l'absoudre, de lui répétér les noms de Jésus, de Marie, de Joseph; il l'embrasse, Edmond n'était plus. C'était vers les quatre heures de l'après-midi, le vendredi 10 mars 1837, premier jour de la neuvaine de saint Joseph. Il n'avait que treize ans et demi.
Cette mort fut un coup de foudre pour le collège; mais il faut le dire, la douleur profonde qui saisit tous les cœurs, et la consternation générale tirent bientôt place à ce sentiment délicieux de confiance que produit la vue du juste mourant. Il ne vint en pensée à personne que le cher Edmond eût pu avoir besoin dans ses derniers moments de se purifier par les secours extérieurs de la religion dont il mourait privé. // est en paradis! Ce fut le cri des maîtres et des élèves, et leur premier sentiment fut d'envier son sort; plusieurs même, au lieu de prier pour lui, se sentirent portés à l'invoquer; tous enfin le proclamèrent bienheureux.
On se réunit autour de sa dépouille mortelle, sans rien éprouver de l'horreur qu'inspire naturellement l'aspect de la mort. Son visage était celui du juste qui sommeille. D'ailleurs, d'un côté ces signes nombreux de sa foi et de sa piété, son crucifix, son chapelet, son scapulaire, ses médailles de tout genre qui semblaient être venus comme d'eux-mêmes se reposer sur son cœur au moment de la mort, exprimaient assez hautement ses dernières affections; et de l'autre, le souvenir de ses vertus portait dans tous les esprits la conviction de son bonheur. On ne s'entretenait que des traits édifiants de
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sa vie; et l'on ne pouvait assez s'étonner, soit de leur nombre, soit de l'éclat de sainteté qui résultait de leur ensemble. Mais ce qui acheva de nous tranquilliser sur le sort de cet enfant de bénédiction, ce fut l'impression surnaturelle de vertu qui se fit alors ressentir dans l'établissement, ce furent les effets de grâce produits dans tous les cœurs, les conversions opérées, les actes héroïques pratiqués, l'examen particulier embrassé, et ces heureux fruits se conservant et se multipliant longtemps après l'événement auquel ils étaient dus. Je ne puis omettre ici un trait qui marque à quel point le souvenir d'Edmond influait sur les élèves, et en quelle opinion de vertu il est resté parmi eux. Un élève allait être expulsé; il voyait tout espoir de grâce s'évanouir, lorsqu'il s'avisa, comme dernier moyen, de réclamer le nom du cher défunt : « Mon père, dit-il au supérieur, depuis huit jours je fais comme Edmond Maghe; ne désespérez point de ma conversion; » et il eut sa grâce.
On sent assez qu'après la mort de ce cher enfant, tout ce qui lui avait appartenu fut regardé avec vénération. On rendit à sa famille les objets de piété qui avaient été à son usage; ses lettres, ses moindres écrits s'y conservent en quelque sorte comme des reliques; et au collège, plus de quatre mois après sa mort, ses condisciples s'estiment heureux de retrouver son nom sur ses écrits les plus insignifiants, les recherchent avec soin pour sejes partager comme des souvenirs d'un ami digne de leur respect.
Le corps d'Edmond que nous regardions tous avec le même sentiment religieux, et sur lequel il nous semblait voir rejaillir un rayon de la lumière de gloire; ce corps que nous eûmes tant de peine à croire inanimé, resta deux jours et deux nuits exposé au milieu des prières et des larmes de ses condisciples et de ses maîtres. Sa famille l'avait redemandé : on fit au collège un service solennel, où l'éloge funèbre du cher enfant fut écouté avec une profonde émotion et un attendrissement général; et il faut le remarquer, il a toujours été
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impossible de prononcer nulle part le nom d'Edmond Maghe, sans exciter le plus vif intérêt, et sans produire une sorte d'enthousiasme religieux. Ceux qui ont assisté à l'annonce de sa mort le 10 mars, à l'éloge de ses vertus pendant le service du 1% aux adieux qu'on lui fit sur les limites de la paroisse, au précis de sa vie dans la salle d'étude, enfin aux avis pour l'ouverture de la retraite de la première communion donnés longtemps après, peuvent en rendre témoignage; on croyait toujours entendre parler d'un saint.
Après ce service, où l'on répandit beaucoup de larmes, tout le collège en procession accompagna le char funèbre jusqu'à la limite du territoire, et là, après de touchants adieux, où le regret de sa perte et la persuasion de son bonheur se confondaient dans tous les cœurs, ce triste et précieux dépôt fut remis à une députation de maîtres et d'élèves , chargée de le conduire jusqu'au tombeau de sa famille.
Mais qui pourrait ici exprimer et la douleur et l'héroïsme de ces parents chrétiens! Qu'on juge de ce qu'ils durent éprouver à la nouvelle affreuse d'une mort aussi inattendue! A peine avaient-ils su sa maladie, ou plutôt son indisposition, et déjà il n'était plus, cet enfant de tant d'espérances, si aimé et si digne de l'être! Cependant dans la première lettre que le père désolé écrivit au supérieur du collège, huit jours seulement depuis l'événement, après l'expression de la plus sublime résignation, il ajoutait : « Je bénis mille fois le Ciel de « m'avoir inspiré de le placer dans votre établissement; « je le bénis de l'avoir repris d'entre vos bras plutôt que « d'entre les miens; mieux surveillé, mieux disposé, il « jouira plus promptement, s'il n'en jouit déjà, du bonce heur suprême des justes! Je le bénis et je vous remer- « cie de toute la plénitude de mon cœur des attentions « et des bons avis que vous lui avez prodigués pence dant sa vie; je vous remercie des pleurs que vous avez « versés à sa mort; je vous remercie de la tendresse « avec laquelle vous avez reçu son dernier soupir! Oui,