LE MINI 1ER PE LÉHÉLEC
Et en effet, sous le rapport du caractère, on pourrait employer pour le peindre les couleurs les plus exquises, sans craindre d'être inexact. Recueillons seulement quelques traits. On le comprend, le défaut de succès est pour les volontés qui manquent de générosité ou de rectitude, une dangereuse tentation de dégoût. Jules, cependant, était profondément attaché aux études et au collège. Il n'en parlait jamais qu'avec amour. Les séances publiques, toutes les fêtes scolaires l'intéressaient comme s'il eût dû y jouer un rôle brillant. Si quelques exercices, quelques usages du pensionnat lui paraissaient difficiles, il ne négligeait rien pour s'y façonner et s'y rompre. Deux mois après sa mort, ses parents, revoyant pour la première fois le collège Saint-François-Xavier, s'attendrissaient encore au souvenir des récits touchants qu'il leur avait souvent faits de son bonheur.
Son affection pour ses camarades était bien connue, et ceux-ci le payaient de retour. « Il était généralement « aimé, dit l'un d'eux. Il le méritait bien. J'ai remarqué « qu'il était bon, et bon pour tous. J'appuie sur ce der- « nier mot, qui, à mon avis, mérite considération. Pour « ma part, je l'ai toujours tiouvé disposé à me rendre, a « l'instant même, tous les petits services que je lui de- « mandais. » Ainsi s'exprime son dernier voisin de classe; son dernier voisin d'étude ne tient pas un autre langage : «Jules, écrit-il, était doué d'un très-bon caractère. Il « était difficile à fâcher. » ^expression est singulière ; mais il faut l'avouer, cette précieuse difficulté ne saurait être commune parmi les enfants, surtout quand on parle des moments d'abandon, où le naturel se produit avec spontanéité : la rareté de cette possession de soimême en fait ressortir le mérite.
Affirmer ensuite que ses sentiments de fils et de frère n'avaient rien perdu, au collège, de leur force et de leur tendresse premières, ce ne serait pas assez dire : ils avaient acquis une expansion nouvelle; sa famille l'éprouvait pendant les vacances. Il aimait à se retrouver avec ses frères, et c'était plaisir de voir leur union inal-
LE MfNTlEB DE LÉttÉlBC.
térable. Cet esprit de famille n'avait pas échappé aux regards attentifs de ses camarades; et l'un d'eux trace, à ce sujet, une ligne qui, à elle seule, renferme tout un éloge : « il avait beaucoup de tendresse pour ses parents, « et quand il m'en parlait, c'était toujours avec effusion « du cœur. » Ce résultat n'a rien qui doive étonner : l'éducation chrétienne n'a-t-elle pas pour mission de développer toutes les vertus? Et, au premier rang des vertus, ne faut-il pas compter l'amour de ses parents?
Sa charité envers les pauvres avait pris un égal accroissement. « Durant les dernières vacances qu'il passa « dans sa famille, écrit sa mère, on remarqua plusieurs « fois que, lorsqu'on le chargeait de remettre quelques « sous à des malheureux, il ne trouvait jamais qu'il y en « eût assez; et il avait soin, sans en rien dire, d'y ajou- « ter tous ceux qu'il trouvait sur lui. »
Peu de jours avant sa mort, on était occupé à changer son linge; et comme on paraissait lui faire grand mal, parce qu'il ne pouvait plus s'aider lui-même, on demanda des ciseaux pour couper sa chemise et l'enlever plus facilement; «De grâce, ne la coupez pas, dit-il, «je veux qu'elle serve aux pauvres; je vais tacher de la « tirer. » Effectivement il y parvint, et la jetant à terre, il ajouta : « Du moins on pourra la donner à un mal- « heureux. »
C'est dans la sainte communion, au foyer même de l'amour infini que Jules avait puisé sa tendre compassion pour les pauvres. Ce sentiment s'entlauymait dans son cœur par la participation fréquente à la vie du Dieu pauvre et souffrant que la foi lui découvrait caché dans la personne des malheureux. Depuis longtemps il avait le honheur de s'approcher fréquemment de la sainte Table. « Sa piété était très-grande, écrit un de ses condisci- « pies : j'ai eu plusieurs fois l'occasion de m'en convain- « cre; et il communiait très-souvent. » D'autres témoins oculaires, précisant davantage, attestent l'avoir vu, depuis environ quinze mois, s'asseoir d'ordinaire tous les huit jours à la Table sainte.