LE M1NT1ER DE LÉHÉLEC
La foi vive avec laquelle il a toujours accompli cette grande action serait, elle seule, une suffisante garantie des fruits qu'elle n'a pu manquer de produire en son âme. Ses petits défauts diminuaient, sa vertu s'épurait; il se préparait ainsi à entrer dans la vie glorieuse de Jésus- Christ dont il avait si souvent goûté, dans sa vie sacramentelle, les prémices et le gage précieux. C'est maintenant, surtout, qu'il va donner des preuves de la solidité de sa vertu, et que, selon l'expression exacte d'une personne de sa famille, va paraître dans tout son jour « ce trésor « de mérites resté jusque-là presque enfoui. »
Jules venait de commencer sa troisième année d'études au collège Saint-François-Xavier : il entrait dans son cours d'humanités, avec sa bonne volonté ordinaire, quand le Seigneur a déployé sur lui ses desseins, rigoureux en apparence, mais en réalité miséricordieux. C'est la réflexion d'une personne de sa famille : « L'en- « tréc dans le monde, dit-elle, aurait peut-être offert un « terrible danger à son cœur liant et simple. » Comme le juste dont parle le Saint-Esprit, il nous a été enlevé, afin que la malice ne vint point corrompre son intelligence, et la séduction pervertir son ûmex.
1! est d'usage dans les collèges chrétiens de consacrer, dès le commencement de l'année, quelques jours aux exercices d'une retraite. Jules voyait toujours de grand cœur venir ce temps de recueillement. En 1853, laretraite commença, au collège de Saint-François-Xavier, quelques jours avant la fête de saint Stanislas de Kostka, l'aimable modèle, le puissant protecteur de l'enfance. Jules allait mourir, précisément au même âge que ce jeune saint.
Une indisposition, dont on ne put distinguer la cause ni l'occasion immédiate, se déclara le 11 novembre, avant-veille de la clôture de la retraite. Ses parents, informés aussitôt de son état, vinrent le voir à l'infirmerie, le dimanche 13 novembre. Ils le trouvèrent au lit
1 Sap., îv, 1], 12.
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avec la fièvre, et se plaignant d'un violent mal de tète. Du reste, il était calme et paraissait content. Il avait communié, le matin môme, et la présence du Sauveur l'avait consolé.
Cependant il avait laissé échapper un mot, qui semblait indiquer des pressentiments d'une mort prochaine. « J'ai terminé ma retraite ce matin, dit-il; me voilà bien « prépavé pour aller au cimetière. » Ses parents, à leur retour, s'entretenaient de ce mot qui les avait frappés. Nous verrons cette perspective, sombre pour d'autres, mais riante pour notre malade, se présenter plusieurs fois encore, et avec plus de précision, à sa pensée, je dirais presque à ses désirs.
Quoi qu'il en soit, le médecin du collège ', prévoyant que la maladie serait grave, conseilla de remettre le jeune élève à sa famille, au sein de laquelle il pouvait encore être transporté sans inconvénient. Cet avis fut exécuté, le mardi iS novembre. Dans la maison paternelle, écrit le médecin de la famille % « les symptômes « qui s'étaient manifestés au collège, continuèrent... Peu « de fièvre, légère prostration des forces, sommeil ence trecoupé de rêvasseries, vomissements continuels, sur- « tout lorsque le malade se donnait quelques mouve- « ments... Pendant quinze à dix-huit jours, la maladie «eut une marche ascendante; puis elle commença à « décroître... 11 y eut alors une amélioration assez no- « table pour que le médecin, tout en déclarant que le « malade n'était pas encore en convalescence, annonçât « que tout semblait devoir présager cet instant désiré. « La fièvre avait disparu, » les symptômes les plus alarmants diminuaient, « un peu d'exaltation morale; mais « les idées étaient parfaitement nettes et il les exprimait « avec facilité. »
On observa que le moment le plus sensible de cette amélioration coïncida avec la fin d'une neuvaine, qui fut faite en l'honneur de saint François-Xavier, immé-
1 M. La Gillardaie.
* .M. Mauricct.