‹ Souvenirs de Saint-Acheul et d'autres établissements français dirigés par les Pères de la Compagnie de Jésus depuis le mois d'octobre 1814 jusqu'au mois d'avril 1857, ou, Vies de plusieurs jeunes étudiants élevés dans les maisons d'éducationChapitre 57 sur 66 · TARI.ET · texte numérisé non relu

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pouvoir se consacrer un jour au service des autels. Le collège de Mongré venait de s'ouvrir. Il fut le premier qui en fréquenta les classes, en qualité d'externe.

L'année suivante, il fut admis au nombre de ceux que l'on préparait à la première communion. Sa ferveur et sa piété redoublèrent. On le trouvait plus sage, plus réfléchi. Un jour, il revint du collège avec un air triste, et les yeux humides de larmes. Sa mère lui ayant demandé la cause de son ennui, il se mit à pleurer : « Oh ! ma « mère, » s'écriait-il, « que j'ai peur de ne pas faire une « bonne première communion! Et puis, le démon m'en « fait tant ! » Et il redoublait ses larmes et ses sanglots, au point que sa mère ne pouvait parvenir à le consoler. Mais Marie ne voulut point laisser son enfant en proie à des luttes si pénibles. Benoît l'avait priée avec ferveur dans la tentation. Il en reçut du secours, et reprit bientôt sa sérénité.

Fortifié par cette épreuve, Benoît redoubla de soins et de vigilance pour se préparer à sa première communion. Les jours qui la précédèrent, on voyait bien que cet enfant faisait effort pour se surpasser lui-même. Son air recueilli, son maintien modeste, édifiaient tout le monde, « C'est un ange! » disait-on autour de lui! «Peut-on « mieux se préparer à cette grande action ? »

La veille du jour si désiré arriva : « Ma mère, » disait Benoît, « si le bon Dieu et la sainte Vierge venaient me a chercher demain, oh! combien je serais heureux! a

Le jour de sa première communion, il voulait mourir, à tel point que sa mère s'en affligea, et fit part de ses inquiétudes à un des m ûtresde Benoît : « Non, non, » dit celui-ci, « il serait trop aisé d'avoir ainsi le ciel. Benoît « doit souffrir encore. » Cette parole se réalisa bien.

Les fruits de sa première communion éclatèrent à tous les yeux. On vit se développer, sous l'influence de la grâce, les germes précieux de vertus que Dieu avait déposés dans son âme.

Sa piété était simple, unie, sincère. 11 aimait, lorsqu'il faisait ses prières, à se retirer seul. A l'église, il se choi-

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sissait de préférence une place où il ne fût pas aperçu, disant qu'il était ainsi moins distrait.

Une personne qui l'avait vu revenir de la sainte Table, un jour de l'Assomption, dit à ses parents que Benoît l'avait beaucoup édifiée, que son air et sa démarche indiquaient bien ce qui se passait au-dedans de lui.

Sa dévotion et sa confiance envers Marie étaient grandes. Il fut un des membres les plus fervents et les plus assidus de la Congrégation de Notre-Damc-de-13on- Secours, établie dans la division de l'externat; et la dernière année, les suffrages de ses confrères rélevèrent à la dignité de premier assistant.

Ses progrès dans les études furent le complément et comme la récompense de ceux qu'il faisait dans la vertu. Quoiqu'il fût heureusement doué, on peut dire qu'il conquit aussi ses succès par son travail, et le sentiment unanime de tous ses maîtres est que son application ne s'est jamais démentie.

Il remporta chaque année plusieurs couronnes, mais on ne le vit jamais fier de ses succès. Esprit droit, cœur noble, il avait placé plus haut l'objet de ses désirs. Les récompenses ne furent jamais pour lui qu'un stimulant de plus au travail. Les résultats obtenus et ses heureuses dispositions naturelles donnaient à tous des garanties certaines pour l'avenir. Il avait un esprit solide, pénétrant et servi par une excellente mémoire. Ses compositions laissaient à désirer sous le rapport de l'élégance et du fini; mais en compensation elles avaient de l'élan, du feu, quelque chose d'énergique et de fort comme son caractère; et son style, grâce à la persistance de son application, gagnait tous les jours. Certain défaut organique que l'habitude avait fortifié rendait sa prononciation bégayante et saccadée. Averti de ce défaut, il fit, pour le corriger, de vigoureux efforts. Il articulait chaque syllabe en récitant et en expliquant, et s'exerçait à la déclamation presque jusqu'à se fatiguer.

Il avait été admis dans l'académie de rhétorique dès les premiers mois de son année d'humanité , et le len-

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demain du jour où il fut frappé du mal qui l'emporta, il devait lire une pièce de vers latins , dans une séance publique, en l'honneur de saint François de Sales. Quelques jours auparavant, l'académie de rhétorique avait fêté saint Jean Ghrysostome. Benoît lut une poésie latine de longue haleine et qui fut très-remarquée. Elle se distinguait par cette touche ferme qui caractérisait ses compositions. Le supérieur de la maison et le préfet des études le retinrent après la séance pour lui adresser leurs félicitations.

Dès ses débuts en humanité . il s'était épris de Titc- Live et de la beauté de ces caractères romains, tracés avec tant d'énergie par ce grand historien. Coriolan, entre tous, avait paru à Benoit un héros ressemblant à Achille par plus d'un trait , et digne des pinceaux épiques d'un Homère. Dans son enthousiasme, il avait formé le plan d'un poëme latin sur ce sujet. B s'en était entretenu avec son professeur, et avait mis la main à l'œuvre. 11 fut arrêté, après quelques centaines de vers, par la maladie.

L'émulation de Benoit était vive, et il ne cédait pas volontiers les distinctions réservées à la diligence. B sut cependant faire dans l'occasion ce sacrifice à la charité. B avoua une fois a sa sœur qu'il n'avait pas achevé une composition latine, afin de laisser le premier rang a un condisciple laborieux, dont les efforts lui semblaient très-dignes d'être couronnés.

Ainsi l'on pouvait dès lors bien augurer de l'avenir de Benoit. Mais rien ne donnait tant d'espérance que cette virilité de volonté qui lui faisait gagner de jour en jour sur lui. Né avec une humeur vive et impatiente, il se faisait par vertu doux et résigné. Toujours dur à luimême, il était devenu charitable et bon pour les autres. Son énergie agissait autour de lui et se communiquait aux personnes qui lui étaient chères. Dans de grandes afllictions de famille, il consolait sa mère par ses paroles, et ranimait son courage en lui disant : « Il faut « bien vouloir ce que Dieu veut. Oh! ma mère , ayons

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« toujours h la bouche la prière de notre Maître : Que « votre volonté soit faite. »

Mais c'était bien par une inclination de sa nature sensible , qu'il se portait à compatir à la souffrance et à la soulager. Son plus grand bonheur était de se priver de quelque chose pour le donner aux pauvres. Un jour, revenant de classe, il dit à sa mère : « J'ai fait un heu- « reux ce matin. J'ai rencontré un pauvre. Il m'a dit « qu'il avait bien faim : je lui ai donné mon déjeuner. »

Toutes les fois qu'il allait se promener, il épuisait sa petite bourse.

Un jour il vint avec un pauvre, et dit à sa mère : « Ce « pauvre enfant a bien froid. Faites-le chauffer. Regar- « dez comme il a ses habits déchirés. Oh ! je vous en « prie, donnez-lui-en d'autres. Si j'étais à sa place, je « serais bien content que quelqu'un me fit la charité. »

Benoit avait grandi dans ces vertus précoces. Déjà ce n'était plus l'enfant, mais le jeune homme solidement vertueux qui se dessinait à tous les yeux. Il avait quinze ans. La Providence ne lui réservait plus que peu de jours. Encore ces jours allaient-ils être les plus éprouvés par la souffrance. Ils ont été, nous l'espérons aussi, les plus méritoires devant Dieu.

Au mois de février 185rj, le jour de la Purification de la sainte Vierge, un crachement de sang se déclara. La mère de Benoit est en larmes. On s'inquiète autour de lui. Seul il est tranquille. « Je crois, » dit-il à sa sœur avec calme, « que je ne me remettrai pas. Mais si Dieu ne le « veut pas ! »

Sa maladie doit être attribuée d'abord à la faiblesse de sa constitution, et puis à un surcroit de travail qui, prolongé souvent bien avant dans la nuit, mina lentement ses forces.

Cependant les soins qu'on lui prodigua lui permirent de reprendre ses études; mais, au bout de quelques jours, il dut les interrompre de nouveau. Ce fut pour lui un chagrin très-sensible. Il avait plus que jamais le désir d'apprendre et de travailler. Mais la pensée que c'était

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Dieu qui lui imposait ce sacrifice, qu'il trouvait si grand parfois, le lui fit accepter de bon cœur.

Pendant cette pénible maladie qui dura quatorze mois, sa piété ne s'attiédit point, contrairement à ce qui arrive souvent. La patience et la résignation remplaçaient les pratiques de dévotion que son état douloureux ne lui permettait pas. Il disait souvent : « Mon Dieu, que votre « volonté soit faite ! »

L'ardeur d'étudier le dévorait. 11 demandait quelquefois ses livres de classe; mais la fatigue l'obligeait bien vite à les laisser. C'était un dur sacrifice. Il se résignait.

Sa mère, souffrante aussi, s'entretenait souvent avec lui de sujets pieux. Un jour elle lui témoigna combien elle était saisie de crainte à la pensée des jugements de Dieu. « Pour moi, dit-il, je suis bien tranquille , je n'eu « suis pas effrayé. Dieu est si bon ! »

Cette confiance, Benoit la conserva jusqu'à la fin. C'était une grande grâce que Dieu lui accordait , peut-être en écbange des tentations qu'il avait généreusement surmontées.

Son plus grand bonbeur était de parler de sa première communion. « Oh! manière, disait-il, que j'aime « à me rappeler cet heureux jour! Toute ma vie je bé- « nirai Dieu de l'avoir faite à Mongré. »

Quelquefois cependant la nature prenait le dessus, et il lui arriva un jour de mal recevoir une réprimande que lui fit sa mère. Mais il n'eût pas plus tôt reconnu sa faute, qu'il s'en excusa en pleurant : « Ma mère, dit-il, « je suis bien fâché de vous avoir fait de la peine. Par ce donnez-moi. Je vous promets de ne plus retomber « dans cette faute. » Et ses larmes abondantes montraient combien sa douleur était profonde.

Cependant, au mois de novembre, Benoit sembla reprendre quelques forces. Il se remit aux études. « Il ne «faut pas tant s'écouter, disait-il, j'irai en classe. Je « travaillerai bien pour réparer le temps perdu. Je veux « faire une bonne rhétorique. » Mais son courage était

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