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au-dessus de ses forces. Au bout de cinq jours, le crachement de sang se renouvela.
Cependant il put se lever encore pendant deux mois ; mais il ne fit plus que languir. De nouveau il parla de la mort, et il en parla sans crainte. Un ecclésiastique , qui le visitait, lui demanda s'il serait bien fâché de mourir. « Non , monsieur, lui répondit-il, je n'ai point « peur de la mort; seulement une chose me peine « beaucoup, c'est de quitter ma mère et mes sœurs, et « de penser au chagrin que je vais leur causer. » Il s'unit avec sa famille à diverses neuvaines que l'on fit à son intention au collège et dans les communautés religieuses. Il fit même effort un jour pour aller jusqu'à sa paroisse, Notre-Dame des Marais, faire brûler un cierge devant l'autel de la sainte Vierge, et lui demander sa guérison. Mais sa couronne était prête; il ne devait pas languir longtemps encore.
Vers la fin de février 18o7. une enflure de jambes se déclara. Une oppression qui l'accablait et de nouveaux crachements de sang vinrent compliquer l'état du malade. « Cette fois, je me couche pour ne plus me relever, » dit-il à une de ses sœurs. Il resta onze jours au lit. Ce furent onze jours de vives souffrances; mais il les surmontait par sa résignation, et s'efforçait d'en dissimuler la violence.
Le jour où il fut administré, Dieu nous fit voir en lui un exemple touchant du besoin spécial que nous avons du secours divin, à ces heures décisives de nos suprêmes combats. Le médecin venait de découvrir chez le malade une plaie dont sa pudeur délicate avait fait un secret aux personnes qui l'assistaient. Celte révélation achevait de rendre son état désespéré. L'enflure montait rapidement. Le danger fut jugé imminent. Son confesseur survint. On en profita pour faire avertir le malade qu'il était prudent pour lui de recevoir au plus tôt les derniers sacrements. Benoit s'était comme familiarisé avec la pensée de la mort : il en parlait souvent avec ses amis plus d'un an avant cette époque. Il avait pratiqué
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de loin le conseil de l'Esprit-Saint : Memorare novùsïmà tua. Mais se voyant tout à coup toucher à ce passage redoutable, son pauvre cœur fut troublé, et l'ennemi, profitant de ce trouble, lui livra un véritable assaut. « Mais je ne suis pas prêt, » disait-il avec angoisse, « et « je ne puis me préparer en si peu de temps. » Cette peine vive et accablante dura à peu près un quart d'heure, non sans affecter profondément les témoins de cette scène déchirante. Enfin, la docilité habituelle de Benoit prit le dessus. Son confesseur parvint à le rassurer; il n'opposa plus de résistance; il retrouva un calme admirable. Après sa courte confession, tandis qu'on allait appeler un prêtre de la paroisse, Benoît veillait aux préparatifs nécessaires pour recevoir l'Hôte divin. Il reçut le saint Viatique et l'onction des mourants avec une présence d'esprit, une foi simple, et un amour bien consolant. Il entendit avec une attention douce et sereine les exhortations qui lui furent adressées. Invité à faire le sacrifice de sa vie, il répondit par l'expression non équivoque de la résignation la plus chrétienne. Après celte courte tempête, celui qui commande aux flots et aux orages avait parlé dans son âme, et il s'y était fait une grande tranquillité.
Quand il eut reçu le bon 1 lieu, il appela sa mère et ses sœurs : « Venez m'embrasser, dit-il, oh! je suis bien « content; j'ai reçu le bon Dieu. Je voudrais bien mou- « rir maintenant. » Puis il ajouta : « Les Pères du colce lége vont commencer une neuvaine pour moi. Vous la « ferez aussi. » Il dit à sa sœur : « Prie bien la sainte «Vierge qu'elle m'accorde la persévérance jusqu'au « bout. Vois-tu, lorsqu'on souffre, on n'a pas toujours le a courage de prier. Mon Dieu, reprit-il, je vous offrirai « dès le commencement de la journée toutes mes souf- « iïances. Si je ne puis prier, daignez agréer tout ce que « je vais souffrir. »
Dès le premier jour du la neuvaine, il fit placer près de son lit un tableau de la sainte Vierge. Ses regards se tournaient sans cesse vers cette image; on lisait dans ses
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yeux sa confiance et son amour : « Marie, Marie, dit-il, « gue* rissez-moi. » Et puis , prenant la médaille qu'il avait à son cou , il la couvrait de baisers. « Priez bien pour moi , » disait-il quelquefois, « je ne me sens plus « la force de le faire. Oh ! que j'ai besoin de la grâce de «Dieu! Si vous saviez combien je souffre. Je le vois « bien, il faudra que je meure; mais le bon Dieu le (( veut. »
Dans un moment de vive souffrance, il dit à sa sœur : «Je vais mourir. Oh! qu'il m'est dur de te quitter. Je « vois que je n'irai pas à la fin de la neuvaine. Mais « console-toi. La vie n'est rien auprès de l'éternité. « Aime le bon Dieu. J'ai cet espoir qu'un jour nous « nous reverrons tous, pour ne plus nous séparer. »
Puis il parlait de nouveau du néant des choses humaines. C'était l'objet ordinaire de ses pensées, et il en entretenait souvent ceux qui étaient auprès de lui, surtout pendant les longues nuits où il ne goûtait presque aucun repos.
Le dimanche, 8 mars, une suffocation le saisit. Il vit que sa mère était triste. Il la regarda avec douceur, et lui dit : « Consolez-vous, ma pauvre mère, cela n'est rien.» Cependant le mal faisait de rapides progrès. Sur le soir, un ecclésiastique vint voir Benoit et lui demanda comment il se trouvait : « Oh! monsieur, je souffre beau- « coup, » répondit-il. Et il ajouta : « Je vous en prie, « mettez-vous à genoux avec ma mère et mes sœurs, et « récitez pour moi le Memorare. Que j'ai besoin que Ma- << rie vienne à mon secours! »
C'étaient là les seuls soulagements que Benoit réclamait. Du reste, aucune plainte, aucune parole d'impatience ne sortait de sa bouche. Il fut jusqu'à la fin d'une douceur et d'une résignation admirables.
Le mardi matin, il fit demander le médecin. On lui dit qu'il était absent et qu'il ne rentrerait que le soir. « Ce sera trop tard, » dit-il. Puis il appela sa sœur; car il craignait d'affliger sa mère : « Ma chère sœur, lui ditce il , je ne te vois plus; mais ne le dis pas à ma mère.