‹ Souvenirs de Saint-Acheul et d'autres établissements français dirigés par les Pères de la Compagnie de Jésus depuis le mois d'octobre 1814 jusqu'au mois d'avril 1857, ou, Vies de plusieurs jeunes étudiants élevés dans les maisons d'éducationChapitre 59 sur 66 · TARI ET · texte numérisé non relu

TARI ET

Hmbrasse-moi. Adieu. » Dans le même instant entra l'ecclésiastique dont nous avons déjà parlé. Il lui fit la recommandation de l'âme. Les prières finies, Benoîtexpira doucement. C'était le 10 mars 18o7, à deux heures de l'après-midi. Il était dans sa seizième année.

Après sa mort, son visage ne parut point défiguré. II conserva une expression de douceur et de sérénité qui donnait à penser à tous qu'il s'était endormi du sommeil des justes.

Le surlendemain, ses proches, ses amis et ses condisciples accompagnèrent au lieu du repos ses restes chéris. La douleur était profonde, et cependant ses condisciples ne pouvaient oublier comment lui-môme il avait souri à la mort. Trois jours avant de mourir, il avait fait appeler quatre d'entre eux. Il les avait comme choisis et distingués entre tous les autres : c'étaient, en effet, ses meilleurs amis. Il leur avait fait servir sous ses yeux un repas d'adieu. 11 en avait lui-même ordonné tout le détail. Il voulait que ses condisciples fussent gais, contents comme il Tétait lui-même. Sa voix, à demi éteinte, les invitait à se réjouir, et son regard, qui n'avait jamais eu tant de douceur, témoignait qu'il prenait un singulier plaisir à les voir. C'étaient les mêmes qui portaient à ses obsèques le drap mortuaire.

A la fin du mois de Marie, on fit, suivant l'usage du collège, l'exposition des travaux classiques offerts à la très-sainte Vierge. La séance qui servit de clôture à l'exposition était divisée en deux parties : Hommages à Marie sur la terre, et Nommages au ciel, ou Souvenir de deux serviteurs de Marie.

Celte dernière partie était toute remplie par le souvenir de Benoît, et par celui d'un autre élève du collège, Louis Laporte, récemment décédés l'un et l'autre, et se terminait par une pièce en vers latins ayant ce titre : Le collège de Mongré députe deux enfants de Marie à son trône céleste. On lut une notice nécrologique sur chacun d'eux. Celle qui était consacrée à Benoît avait été composée par un de ses condisciples de l'externat. Elle fut lue

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d'une manière animée et sentie, et écoutée avec une visible émotion.

Benoît avait vécu peu d'années; mais il avait travaillé et surtout il avait souffert; il avait été bon et pieux; il avait aimé Dieu et Marie. Son souvenir mettait dans tous les cœurs cette prière : Moriatur anima mea morte fustorum.

Benoit a dans le cimetière de sa paroisse une tombe modeste, qui occupe le milieu de la longueur de l'enceinte j et s'abrite contre le mur du nord. Sur la tombe on voit quelques fleurs, celles qu'il aimait surtout, des pensées, des roses. La main de ses sœurs les cultive, comme le symbole des vertus dont elles eurent le spectacle sous les yeux durant la vie de leur frère.

L'épitapbe gravée sur la croix est comme le résume de cette vie modeste, ignorée, mais pleine de dévouement généreux et de saints désirs que Dieu s'est plu a récompenser par avance. Le confesseur de Benoit en a dicté la pensée : Miki vivere Christus est , et mort lucrum. On peut aussi la lire ainsi commentée en quatre vers :

Ici bas, vivre à Dieu, c était ma seule envie : Le Seigneur m'a fait don d'une meilleure vie. Sèche tes pleurs, ma mère, adoucis ton regret. Oh ! que le monde est vil quand le ciel apparaît!

LAPORTE

(louis).

Décédé le 21 avril 1857, à l'âge de 15 ans et 3 mois.

Première enfance de Louis. — Éducation maternelle.

Le jeune homme dont nous écrivons la modeste vie fut prématurément ravi à la tendresse maternelle, à l'affection de sa famille, à l'estime de ses maîtres et de ses condisciples. Mais ici, par exception ou par miséri-

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corde divine , cette fin hâtive s'Offre à nous, pressentie par celle qui devait en être frappée le plus vivement au cœur. Avec ce regard profond des mères, madame Laporte avait lu d'avance dans les yeux si pleins de douceur de son enfant, je ne sais quel avertissement du ciel. Combien de fois, durant les derniers mois de cette chère existence, lorsque rien encore ne semblait devoir en précipiter le terme , après une visite au collège , on l'entendait dire : « Le regard de Louis me parait de plus en plus céleste, Louis nous quittera. Quand elle prononçait ces paroles, cette tendre mère n'eût su dire, comme elle nous l'a expliqué plus tard, si ce devait être pour le ciel ou pour une vie de perfection que Dieu lui demanderait le sacrifice de son Louis; mais quelque chose semblait l'avertir intérieurement de se tenir prête à le perdre. C'était le ciel qui le réclamait.

Il n'avait pas atteint sa quinzième année, lorsqu'il quitta le collège où ses amis ne devaient plus le revoir, et deux mois après il mourut; mais ce fut en laissant à tous ceux qui l'avaient chéri L'ineffable consolation d'une mort précieuse devant Dieu.

Louis Laporte était né à Lyon le 23 février 18 42, et fut baptisé le jour même, dans la paroisse de Saint-Nizier. Dès sa plus tendre enfance, on remarqua en lui des dispositions précoces pour la piété. Son recueillement dans la prière, son attention aux pieuses leçons de sa mère, les efforts qu'on lui voyait faire sur lui-même, tout annonçait par avance les vertus que dans la suite il fit aimer en lui. Sa mère qui, s'il lui eût été permis, n'aurait voulu partager avec personne les soins de sa première enfance, ne manqua pas aux précautions que demande le choix d'une bonne. Celle à qui Louis fut confié, était une personne déjà ancienne dans la maison et fort vertueuse; elle contribua beaucoup à développer en lui ces sentiments de tendre piété qu'il a toujours gardés. Louis avait conservé pour elle une affection et une reconnaissance dont il lui donnait souvent de touchants témoignages; et jusqu'à la mort de cette excel-

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lente fille , arrivée peu d'années avant la sienne, il l'entoura des plus aimables prévenances. De son côté, simple et naïve, elle avait deviné le trésor qui lui était confié, et elle se montrait jalouse de le voir apprécier à sa juste valeur. Elle disait souvent au père et à la mère de cet enfant : « Laissez venir mon petit Louis, et vous verrez « que vous en serez fiers; ce ne sera pas lui qui vaudra « le moins dans votre famille; il vous fera plaisir; c'est « moi qui vous le dis... » A son lit de mort, elle parlait souvent de Louis d'une manière touchante, et rappelait avec effusion le bonheur que cet enfant lui avait donné. Elle déposa pour lui entre les mains de sa mère ce qu'elle avait de plus précieux, des reliques qu'elle portait depuis longtemps sur elle.

A trois ans, ce jeune cœur précoce dans les plus aimables sentiments, révéla tout ce qu'il renfermait déjà de tendresse pour sa mère. On était à La campagne. Madame Laporte se promenait dans le jardin. Le ciel d'abord serein se couvre tout à coup de nuages, et un orage se déclare. Louis, qui était demeuré à l'intérieur de la maison, court à la fenêtre avec une inquiétude visible. Bientôt les éclairs brillent et le tonnerre se fait entendre; la pluie frappe les vitres. Louis éclate en sanglots, il s'agite, il pousse des cris; on croit que la peur les lui arrache, on veut l'éloigner de la fenêtre; mais il résiste, il s'y cramponne de ses petites mains en criant : « Ma « pauvre maman , ma pauvre maman ! »

A quatre ans, on lui "avait donné un livre d'images qu'il aimait beaucoup; mais, entre toutes, il en était une qu'il ne se lassait pas de regarder. Elle représentait Jésus bénissant les enfants. Louis la montrait à tout le monde, et répétait tout joyeux, en indiquant de son petit doigt la légende qu'on lui avait lue au bas : « Lais- « sez venir à moi les petits enfants. »

C'était l'usage à la maison d'échanger de petits cadeaux le jour de la fête de chacun. Le frère et les sœurs de Louis, qui connaissaient ses goûts, lui offraient presque toujours des statuettes de la très-sainte Vierge ou

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des saints, de petits chandeliers , etc.; car un de ses amusements de prédilection était de faire de petites chapelles. Il en plaçait partout, dans sa chambre, dans des creux de rocher, dans de vieux troncs d'arbres.

Pendant longtemps il cultiva autour d'une croix et d'une image de Marie, les plus jolies fleurs qu'il avait pu trouver, et lorsqu'il rencontrait dans les bois une plante inconnue pour lui, il avait grand soin de l'arracher avec sa racine, pour la transplanter aux pieds de la sainte Vierge. Ainsi l'amour de la nature qui se manifesta plus tard chez lui, son goût pour l'étude des fleurs, prit sa naissance dans sa piété envers Marie. Lorsqu'il jouait dans le jardin , on le voyait souvent se diriger du cùté du sanctuaire champêtre, qu'il nommait son désert.

C'était surtout durant son séjour à une maison de campagne du département de la Drôme, chez ses grands parents, qu'il aimait à élever h Marie de petits autels de mousse et de fleurs. Un jour qu'il fit une promenade un peu loin, il employa le temps de repos que prenait la famille à placer une image de la sainte Vierge dans un creux de rocher qu'il décora de feuillage. C'était, dit-il ensuite, afin d'inspirer une bonne pensée à ceux qui verraient cette petite image, et dans l'espoir que les bergers qui fréquentaient ce lieu salueraient Marie en passant.

Son recueillement dans l'église le faisait remarquer, à un âge où les enfants sont si portés à la légèreté. A sept ans, il servait la messe avec une piété qui édifiait tous ceux qui le voyaient.

Il avait une dévotion particulière à son saint patron : « Je veux être comme saint Louis de Gonzague, » répétait-il souvent étant encore tout petit. « Je me ferai « prêtre, missionnaire, » disait-il encore: «J'irai dans « les missions convertir les sauvages. » C'était là son idée favorite. Ses pensées et ses goûts étaient si bien connus, que, lorsqu'on voulait quelquefois par jeu le contrarier, on lui disait qu'on n'irait pas l'entendre quand il prêcherait.

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On lisait en famille les Annales de la Propagation do la foi. Louis y prenait un grand intérêt; et c'était un vrai bonheur pour lui que d'apporter sa petite offrande hebdomadaire.

11 entendit, à l'âge de neuf ans, un sermon du R. Père Laverlochère , missionnaire à la baie d'Hudson. Au retour, il disait à sa mère : « Vous pensez peut-être , raa- « man, que le récit des souffrances et des dangers de ce « pauvre Père m'a dégoûté de faire comme lui. Eh bien ! « pas du tout, je le désire maintenant plus que jamais. « Oh! maman, ajoutait-t-il, je serais bien malheureux, « si vous étiez de ces mères qui veulent empêcher leurs « enfants de suivre leur vocation. » Le lendemain on le conduisit à la sacristie de la cathédrale, et il donna généreusement au missionnaire toute sa petite bourse, sans se réserver même un centime. « C'est pour les sauce vages, » dit-il. Son amour était si grand pour eux, il désirait si ardemment d'aller les évangéliser, qu'il regrettait d'être enfant et de ne pouvoir partir pour les missions. 11 redisait souvent un mot sauvage recueilli de la bouche du missionnaire , et il se promettait bien d'apprendre un jour cette langue barbare.

De bonne heure Louis sut se priver et se mortifier pour Dieu, et il était fort ingénieux à découvrir des occasions de petits sacrifices. Il conservait ses bonbons pour Icà donner aux pauvres enfants qui venaient mendier à la porte. Il ne se plaignait jamais de rien. Il acceptait avec tant d'indifférence ce qu'on lui présentait pour ses repas, qu'il prit un jour du blanc d'œufs pour de la gelée de pommes.

Sa douceur naturelle et sa bonté de cœur s'exerçaient même envers les animaux. Il voyait un jour le chat de la maison commettre sur la table et sous ses yeux un audacieux larcin, et manger quelque peu gloutonnement du poisson qui n'était pas pour lui. Louis ne pouvait se décider à troubler l'appétit du larron, et se contentait de faire tout haut et fort naïvement ses réflexions : « Mais qu'il est gourmand! » disait-il, lorsqu'une autre personne

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do la famille survint et corrigea connue il convenait le coupable, peu attentif jusque-là, comme on le pense bien, à la morale de Louis.

Les graves événements politiques de 1818 eurent leurs conséquences pour la famille de Louis. A celte époque critique, Lyon fut un instant, comme on le sait, en proie à la plus étrange perturbation. Monsieur Laporte crut prudent d'éloigner sa famille. Obligé pourtant de veiller de près à ses affaires, il se trouvait ainsi plus fréquemment qu'il ne l'aurait voulu, loin de ce qu'il avait de plus cher. Ces diverses séparations furent bien pénibles à Madame Laporte et à ses enfants. S'il était une circonstance capable d'adoucir cet exil, c'est qu'en se retirant en Daupbiné, madame Laporte se retrouvait dans son pays natal et au sein de sa propre famille, et puis Louis sut se faire son ange consolateur.

Lorsqu'?'/ eut appris à écrire, il s'avisa un jour d'adres ser cette épître consolatoire qui ne ressemble pas aux grands modèles du genre, mais qui n'en était pas moins capable d'obtenir son but. La mère de Louis fut bien surprise de trouver ces lignes sous sa serviette en se mettant à table : a Ça nous ennuie toujours bien que le « papa soit séparé de nous tous : il faut encore lui dece mander s'il veut venir; s'il ne veut pas, il faudra l'of- « frir au bon Dieu, et il nous exaucera. Maman, il y a « toujours des peines dans le monde; mais si nous som- « mes bien sages, nous irons dans le ciel; adieu, adieu, « ma cbère maman! »

Peu à peu une certaine babitude fut prise d'échanger des correspondances enfantines entre la pièce où l'on étudiait et le salon, et c'était toujours le même cœur et la même naïveté. La fièvre scarlatine ayant atteint la grande sœur et le petit frère à la fois, on se consolait par un moyen semblable de ne les voir plus, et les jeunes malades recevaient de fraternelles exhortations à la patience, des témoignages charmants d'amitié, l'assurance que leur petit jardin ne souffrait pas, niais qu'il était arrosé et cultivé par une main officieuse.

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Ce lut à Valence que commença sérieusement pour Louis l'œuvre importante de son instruction. Sa mère fut sou premier maître. Sous une si aimable discipline, son application et sa docilité lui firent surmonter rapidement les premières difficultés. Dès ses premières leçons d'écriture, on lui proposa pour but d'écrire à son père une petite lettre, et cet espoir le stimula si bien, qu'il put bientôt tracer tout au long ces paroles : « Papa, « Louis vous aime bien. »

Lorsqu'on en vint aux premiers exercices d'orthograpbe, madame Laporte prit une méthode simple et peutêtre trop peu pratiquée. Elle avertit son fils de copier bien attentivement une page qui fut mise sous ses yeux, en remarquant tout jusqu'à la ponctuation. Le lendemain on lui dicta la môme page, et il en écrivit la première moitié, sans faire plus d'une petite faute. Puis, comme si c'eût été déjà trop d'effort d'attention pour un enfant, il sema un peu plus libéralement les fautes sur le reste du travail.

Bientôt un ecclésiastique distingué par sa science et ses vertus, tout en laissant à la mère de Louis le soin plus intime de son éducation, se chargea de son instruction. 11 venait lui donner des leçons chaque jour. Le travail était récompensé par des bons-points, payés ensuite en argent. Son frère et ses sœurs étaient parfois obligés de rendre quelques bons-points; mais on ne se rappelle pas que Louis en ait jamais perdu, au moins par sa faute.

Louis passa à Valence, avec sa famille auprès de ses grands parents, les hivers de 1 8 19 à 1852. Laissons parler le respectable prêtre qui fut son maître durant ces trois années. « Je n'ai jamais eu que des éloges et des récom- « penses à lui donner; » écrivait-il quelques jours après la mort de Louis; « je n'ai jamais été obligé de lui faire « le moindre reproche, ni de lui infliger la plus légère « punition. Il me fallait, au contraire, modérer son arec deur pour le travail, et l'inviter au repos pour ménager « sa santé. Les bonnes dispositions de notre jeune Louis,

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« ses progrès rapides, nie faisaient concevoir les plus « belles espérances pour les siens, pour la religion, pour « la société qui a un si grand besoin d'exemples édifiants « et d'hommes vraiment chrétiens. 11 me semblait, qu'on « verrait briller en lui toutes les vertus que j'admirais « dans les membres de sa famille, qu'il ferait éclater la « même charité pour les pauvres, le même zèle pour le « triomphe de notre sainte religion. »

Cependant madame Laporte, ne voulant pas abdiquer ce qu'elle regardait avec raison comme la plus noble partie de l'apostolat des mères, s'occupait directement de l'instruction religieuse de ses enfants. Chaque jour elle les réunissait et leur faisait une explication du catécbisme. Louis y apportait une grande attention : on pouvait voir ensuite dans sa conduite les efforts qu'il faisait pour en profiter. Sa mère, s'associant à la pensée profondément chrétienne d'une grande reine, répétait souvent ces paroles : « Mes enfants, j'aimerais mieux vous « voir morts que de vous voir offenser Dieu. » Elles avaient fait sur Louis une profonde impression, et lorsqu'on l'interrogeait sur ce point , il savait bien vite répondre : « Maman, il vaut mieux mourir que d'olfen- « scr le bon Dieu. »

Jamais il n'employa l'argent qu'il gagnait par ses bonspoints à se passer quelques fantaisies : il gardait tout pour les pauvres, et la plus grande récompense qu'on put lui accorder, était de le conduire dans leurs réduits obscurs, y distribuer quelques secours. Entre ceux qu'il visitait d'ordinaire, durant son séjour à Valence, il y avait un pauvre aveugle père d'une nombreuse famille; et l'on vit Louis porter à ses enfants de petits gâteaux ou une orange qu'il donnait au plus sage. D'ailleurs, dès son plus bas-àge, Louis avait toujours employé tout son argent pour les pauvres et la Propagation de la Foi. Ul ou deux ans avant le départ pour Valence, on avait institué la petite corbeille où chaque Dimancbe, en recevant leurs bons-points, les enfants déposaient le sou demandé pour cette œuvre. Ils avaient alors de trois à

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cinq ans. A cette même époque, on leur proposa un jour, comme grande récompense, d'employer leur petite bourse à acheter des pâtisseries pour les enfants de la salle d'asile, et de les leur distribuer eux-mêmes. Ils furent enchantés. On alla ensuite payer le pâtissier, et la cérémonie fut un peu longue ; car Louis et son frère, qui avaient gagné leurs sous petit à petit et avec peine, les estimaient en conséquence; ils avaient eu soin d'envelopper chaque sou d'un papier séparé.

Toujours bon pour tous, cet admirable enfant était aimé de tous ceux qui l'entouraient : ses sœurs et son frère avaient pour lui une estime qui allait jusqu'à la vénération, et il possédait toute leur confiance. Leur mère avait établi une récompense pour celui qui, de l'aveu de tous, l'aurait le mieux méritée pendant la semaine. On finit par cesser; car Louis l'avait chaque fois, et ce n'était plus un concours. Lui-même, ne voulant point paraître plus sage que ceux qu'il aimait tant, demanda qu'on abolit cet usage qui faisait souffrir sa modestie et sa charité.

Dans une famille aussi chrétienne, entre cinq enfants qui ne surent jamais donner un chagrin sérieux à leurs parents bien-aimés, cette supériorité constante de Louis a de quoi étonner. Elle avait presque son danger. Madame Laporte le sentait, et bien qu'elle ne supposât aucun de ses enfants capable de jalousie , elle crut devoir un jour leur expliquer que les marques de préférence qu'elle semblait donner à Louis étaient commeun droit, mais qu'elles ne l'empêchaient pas d'avoir pour tous le même cœur de mère. Alors l'aînée de ces chers enfants comprit le rôle qui lui appartenait, et au nom de tous, elle rassura ainsi sa mère. Quelle douce scène d'intérieur! « Maman, » dit-elle, « une préférence comme « celle-là, fondée sur la vertu et le mérite, ne saurait « être désapprouvée par personne. Nous faisons comme « vous, puisque entre nous, c'est Louis que nous aimons « et estimons le plus. »

On entendit ses plus jeunes sœurs l'appeler quelque-

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