‹ Souvenirs de Saint-Acheul et d'autres établissements français dirigés par les Pères de la Compagnie de Jésus depuis le mois d'octobre 1814 jusqu'au mois d'avril 1857, ou, Vies de plusieurs jeunes étudiants élevés dans les maisons d'éducationChapitre 60 sur 66 · LA TOUTE · texte numérisé non relu

LA TOUTE

fois le saint homme, et cela le plus sérieusement du monde. Ce jugement de l'innocence et de la naïveté doit avoir ici son prix.

Le séjour de Louis dans le pays natal de sa mère lui procura une de ces jouissances exquises, dont le secret ne pouvait appartenir qu'à un cœur aussi pieux que le sien. Depuis longtemps il demandait comme une grande faveur, de visiter à Romans la maison où sa mère était née et avait passé une partie de son enfance. Lorsque ce bonheur lui fut accordé, il se hâta de parcourir cette maison dans tous les sens avec un intérêt qu'il serait difficile d'expliquer. « Que faisiez-vous dans cette pièce, « maman, » disait-il? « Où donc preniez-vous vos ré- « créations? Où était votre appartement?» Quanta la chambre où sa mère était née, il la considéra avec un respect évident. Ce fut alors une véritable dispute entre les enfants, à qui hériterait de celte précieuse maison. Tous la voulaient et voulaient l'habiter, mais avec la condition expresse qu'on n'y ferait aucune réparation à l'intérieur, quel que fût son délabrement, les uns et les autres se trouvant heureux de conserver ces lieux tels qu'ils étaient , en souvenir de leur mère et de leurs grands parents.

Dans son enfance bénie du ciel, Louis aimait déjà son Dieu du même amour simple et naïf qui lui faisait chérir ses parents. Il était rempli de pieuses industries qui devaient lui rappeler sa présence. Un jour (il avait alors à peu près huit ans , il montra à sa sœur un petit crucifix qu'il attachait le soir dans sa main, pour le baiser la nuit lorsqu'il se réveillait. Dès lors il plaçait devant lui pendant son travail des images pieuses, usage qu'il garda constamment au collège, où son exemple contribua à le rendre presque universel.

Tout jeune encore, il faisait déjà son mois de Marie avec son frère et ses sœurs. On se servait d'un livre intitulé Petit mois de Moi, ou Marie aimée et connue des enfants. Lorsque la lecture était faite , qu'on y avait ajouté le Souvenez-vous, on terminait par ce couplet :

LÀPORÎE.

Vois ta familk' recueillie, Qui t'appartient, qui te supplie1.

Ce sont tes enfants à genoux; Marie !

Jette le regard le plus doux.

Sur tous.

11 était touchant cFentendre ces cinq petites voix rainée de ces enfants n'avait pas onze ans, et la p'us jeune à peine deux) chanter toutes ensemble cette simple prière à Marie.

Louis était dans l'usage, ainsi que son frère et ses sœurs, d'offrir chaque soir une fleur à la sainte Vierge. Un vase spécial placé aux pieds de la statue de Marie, renfermait ces fleurs renouvelées tous les jours et choisies avec un grand soin. Louis s'occupait longtemps à l'avance de la sienne. Découvrait-il un bouton , une plante nouvelle, il en était transporté de joie. Il aimait particulièrement les fleurs blanches : la première rose blanche, les premiers lis étaient toujours présentés par ses mains. Mais s'apercevait-il que ses sœurs ou son frère avaient un grand désir d'offrir cettfe même fleur à Marie, il la leur cédait, préférant ainsi la charité au sa*crifice, ou plutôt trouvant dans la charité le sacrifice qu'il croyait le plus agréable à Marie. Chacun des enfants plaçait aussi ses bons-points aux pieds de la très-sainte Vierge, et la petite corbeille de Louis était toujours de beaucoup la mieux remplie.

De même qu'ils offraient les premières fleurs à la sainte Vierge, ils lui présentaient aussi les premiers fruits. La première fraise, la première groseille, la première cerise qu'on découvrait était aussitôt déposée à ses pieds. Aucun d'eux, dès l'âge le plus tendre et parlant à peine, n'a manqué de rendre ce petit hommage.

La raison chez Louis avait devancé l'âge. Un jour il avait pris à l'œil un mal subit, qui le faisait beaucoup souffrir, et quelqu'un dit devant lui : « Allons vite prier « Dieu pour qu'il le guérisse. » Louis reprit aussitôt :

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