‹ Souvenirs de Saint-Acheul et d'autres établissements français dirigés par les Pères de la Compagnie de Jésus depuis le mois d'octobre 1814 jusqu'au mois d'avril 1857, ou, Vies de plusieurs jeunes étudiants élevés dans les maisons d'éducationChapitre 61 sur 66 · I.ArORTE. ilo · texte numérisé non relu

I.ArORTE. ilo

a Tour moi, je ne veux pas demander ma guérison, « niais la volonté de Dieu. »

La vertu qui faisait dès lors le fond principal de son caractère était une simplicité et une candeur angélique. On lisait son àme dans ses yeux. Il racontait avec la même naïveté ce qu'il croyait avoir fait de bien et de mal. Les éloges et les distinctions qui flattent le plus un enfant, ne le trouvaient pas insensible ; car il avait un cœur fait pour l'émulation; mais sa belle simplicité était dès lors à l'épreuve de la tentation délicate et subtile de la vamte.

Exemples de famille. — Louis perd son père. — Il entre au collège.

Louis semblait devoir être un jour le chef de sa famille; et quelles traditions de foi, de piété, d'honneur et de vertus n'aurait-il pas à soutenir! Ces traditions remontaient à plusieurs générations. Sa grand'mère, son père, sa tante, d'autres parents encore, ont laissé de très-beaux exemples de charité et une véritable réputation de sainteté. Il était,. par sa mère, petit-neveu du père E... connu par une longue et glorieuse carrière de missionnaire et mort deux ans avant lui. Il avait toujours témoigné à cet oncle une vénération et un respect très-profond. Une de ses grand'tantcs, religieuse de la Visitation, est morte en odeur de sainteté. Il connut et il aima tendrement, durant son séjour en Dauphiné, un autre de ses parents aussi bon et affectueux en famille qu'il paraissait terrible quand il tonnait du haut de la chaire de vérité contre les pécheurs, prêtre vraiment saint, en qui l'on ne voyait, selon que l'heure le demandait, que la foi d'un zèle brûlant signalé par tant de conversions, ou la douceur d'une tendre charité. Ce paient était M. l'abbé 1»*", missionnaire apostolique, célèbre dans tout le midi par ses prédications, et dont on a imprimé la vie.

Ce fut M. B"* qui entendit la première confession de Louis. Cette grave action ne coûta point à cet enfant. Il

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s'en était fait une fête, non qu'il la traitât légèrement; il en avait compris le caractère, et le rôle du ministre sacré dans ce saint tribunal, exercé par un prêtre avec qui il usait d'une douce familiarité, ne lui apparaissait pas moins sous son véritable jour. « Mon cousin, » lui disait-il, «quand vous viendrez avec votre petit manteau « blanc, et que vous ouvrirez la petite porte, alors je « ne vous dirai plus : Mon cousin. » Après sa confession, il en parlait de nouveau ingénument. « Mon cou- « sin, » disait-il encore, «j'ai bien entendu tout ce que « vous m'avez dit, et je l'ai bien retenu. » Et il se mettait en devoir de le répéter. On aurait eu même une petite confession publique, si l'on n'eût fait observer au jeune pénitent qu'il n'était pas reçu d'en parler ainsi. Il semblait alors fort étonné de voir rire autour de lui ceux qu'édifiait sa simplicité.

Louis assista à la dernière maladie de l'excellent prêtre qui avait entendu sa première confession. 11 adressait à sa mère alors absente des bulletins très-réguliers d'une santé si précieuse, jusqu'au moment oii le danger étant imminent, madame Laporte accourut auprès de son parent moribond , pour être témoin d'une mort si précieuse devant Dieu.

Une perte plus douloureuse encore pour la famille de Louis suivit à peu de distance cette mort. Louis perdit son père le i juin 1852. Homme simple et droit, mais d'un très-rare bon sens et d'une haute vertu, il avait constamment donné à ses enfants les plus admirables exemples. Ses premières leçons avaient été pour leur apprendre à se vaincre et à donner. Il disait quelquefois, avec une candeur d'enfant, qu'il aurait eu naturellement de mauvais penchants, si sa mère ne les eût réprimés de bonne heure. H avait conservé une profonde vénération pour ses vertus, et une grande reconnaissance pour la manière un peu sévère dont elle l'avait élevé. Se vaincre, telle avait été l'étude de toute sa vie. Il l'avouait lui-même avec simplicité; et il était, en effet, parvenu à se dominer d'une manière si complète, qu'il

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aurait été impossible d'épuiser sa patience, malgré sa grande susceptibilité naturelle. Sa charité était sans bornes; mais il l'exerçait surtout dans le secret et sous les yeux de Dieu seul. Les pauvres qu'il assistait de préférence étaient ceux qui par eux-mêmes n'inspiraient aucun intérêt, ceux qui s'étaient montrés ingrats ou dont il pouvait avoir à se plaindre. Il a secouru d'une manière très-généreuse plusieurs familles qui lui avaient fait des torts considérables. Il visait à faire le plus de bien possible , et souvent il passait ses nuits au chevet des malades dégoûtants, leur faisant, avec l'aumône de ses soins, celle de ses bienfaits et de ses pieuses exhortations. On peut dire, en vérité, que tous ceux qui l'ont connu, l'ont aimé et estimé. Une mort inattendue, mais non imprévue, l'enleva en quelques heures à sa famille désolée. Il avait communié le dimanche précédent, et quelques instants avant celui où il se mit au lit pour ne plus se relever, on l'avait vu au pied du Saint-Sacrement. Il expira le lendemain, premier vendredi du mois. Lui qui avait toujours redouté la mort, la vit s'approcher avec la douce confiance du juste surpris dans l'exercice de ses devoirs.

Louis fut profondément affligé de cette perte , dont il ne pouvait encore comprendre toute l'immensité. Dès ce jour, il consacra à sa mère toute son affection fdiale, et chercha à adoucir sa douleur par un redoublement de prévenances et de soumission. On avait toujours remarqué en Louis, au physique et au moral, des traits frappants de ressemblance avec son père : il avait ses manières, son caractère, ses goûts, sa physionomie; seulement il possédait presque naturellement les vertus que M. Laporte n'avait acquises que par de longs et laborieux efforts. Dieu avait accordé à cet heureux père de transmettre comme héritage à son fds les mêmes vertus dont il avait enrichi sa propre vie : récompense si beMe d'un chrétien généreux et d'un père, qu'à peine on en concevrait une plus magnifique.

La mort de M. Laporte fut si prompte et si subite,

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que sa femme qui , à la première nouvelle de sa maladie, était accourue près de lui, n'arriva que pour rendre à ses dépouilles mortelles de tristes et derniers devoirs. ,

Cette mort faisait autour de madame Laporte un vide irréparable : elle laissait en même temps retomber entièrement sur elle seule la solution de la question délicate de Téducation de Louis. Louis, en effet, était devenu, à son insu, l'objet des plus vives préoccupations de ses parents. A l'éducation de famille devaient succéder bientôt les avantages, mais aussi les dangers du collège. Comment se séparer d'un enfant au cœur si parfait ? Combien l'heure où s'accomplirait ce sacrifice serait douloureuse de part et d'autre! A qui confier un tel trésor d'innocence? Qui remplacerait l'œil toujours ouvert d'un père et d'une mère chrétiens? Qui saurait conserver dans sa fraîcheur cette fleur des plus suaves sentiments?

Le collège de Mongré, naissant alors, s'offrit à la pensée de madame Laporte. Elle prit les conseils les plus éclairés et les plus dévoués. Ses perplexités allaient toujours croissant. Parmi les objections qui s'offraient à l'amour maternel, il en était une délicate : une mère qui, en éloignant ses fils de quelques heures seulement, croyait les perdre pour toujours, ne pouvait-elle pas se demander encore si elle ne verrait pas diminuer leur affection pour elle? Mais la confiance que madame Laporte avait placée dans les maîtres de son choix triompha enfin. Elle adressa sa demande au supérieur du nouveau collège, dont le local était alors si insuffisant, qu'on devait s'inscrire longtemps d'avance pour pouvoir être admis. Par une exception imprévue, les enfants de madame Laporte furent acceptés peu de temps après. Ce n'était pas tout à fait ainsi que leur mère l'avait entendu d'abord; elle ne s'était pas préparée à un sacrifice si prompt; mais elle vit dans cet ensemble de circonstances une manifestation de la volonté de Dieu, qu'elle cherchait uniquement. La pieuse mère se prépara et

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prépara aussitôt son Louis à une si douloureuse séparation.

Combien de fois l'enfant qui doit être un modèle dans un établissement chrétien, qui doit un jour s'attacher le plus à ses maîtres et à ses condisciples et les attacher à lui, est précisément celui qui montre les plus vives répugnances à franchir le seuil du collège! Il ne connaissait encore que les affections de famille.

Jamais il ne s'était éloigné jusque-là du foyer domestique et des yeux de sa mère. Aussi versa-t-il d'abondantes larmes lorsqu'il fallut quitter la maison paternelle. Mais ses maîtres, en admirant la bonté de son cœur et son exquise sensibilité, purent constater en même temps avec quelle docilité, enfant chrétien et obéissant, il sut se soumettre à la volonté de sa mère, qui était aussi pour lui la volonté de Dieu.

Louis au collège. — Sa première communion.

Louis entra au collège de Mongré, le 17 novembre 1852, avec son frère Laurent. Il était dans sa onzième année. Son frère était de deux ans plus jeune que lui. Les premiers jours de collège furent pénibles à Louis. Il lui en coûtait d'être séparé de sa mère. On le vit pleur, r plus d'une fois. Bientôt les égards dont l'entouraient ses condisciples pour lui faire oublier ses peines, l'étude à laquelle il se livrait avec application, les succès qu'il obtint dès le commencement dans la classe de sixième, calmèrent l'amertume de ses regrets. Cependant ses manières douces et aimables lui avaient gagné tous les cœurs. On ne l'appela plus que le bon Louis. Ce nom que ses condisciples lui donnèrent toujours depuis, est à la fois le plus bel éloge et l'expression la plus vraie des qualités du cœur qu'il avait reçues de Dieu, et que l'éducation maternelle avait si bien développées en lui.

Les maîtres de Louis eurent bientôt reconnu et apprécié sa vertu. Son professeur le proposait aux autres pour modèle ; mais Louis ne se prévalut jamais des

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marques d'estime et de confiance dont il était l'objet. Elles semblaient n'être pour lui qu'un motif de se montrer plus soumis, et plus modeste que tous les autres.

Dès les commencements, sa fidélité à observer le règlement de la maison avait été exemplaire. Voici un trait qui montre jusqu'à quel point était scrupuleuse son exactitude à cet égard. Ce fut à l'occasion de l'une des premières visites que lui firent ses parents. Ceux-ci attendaient le moment de la récréation. Louis vint à passer par hasard dans la cour et près d'une grille de fer qui servait de barrière. Les sœurs de Louis l'ayant aperçu, impatientes, lui faisaient signe de la main et l'appelaient par son nom. Louis, qui s'entendait appeler, et qui avait sans doute pressenti cette visite, Louis qui tressaillait au son de cette voix si connue, se tourne tout à coup vers ses sœurs avec son doux sourire, et se mettant le doigt sur la bouche, il fait signe que c'est encore le temps de l'étude et du silence, et reprend son chemin.

Vers l'époque où Louis entrait à Mongré, on s'occupait, pendant la retraite des élèves, de fonder dans la division des plus jeunes une association en l'honneur de saint Louis de Gonzague. Louis se hâta de demander à en faire partie. Il obtint facilement d'y être admis, et le jour de Noël, il prononçait son premier acte de consécration.

C'est ainsi qu'il débutait au collège. Ce fut pour ne jamais se démentir et ne cesser jamais d'être le modèle de ses condisciples, la consolation de ses maîtres, la joie ' de sa bonne mère.

Cependant le temps de la première communion approchait. Louis apporta dans la préparation à cet acte si important ce soin attentif que, dès sa plus tendre enfance, on lui avait appris à donner aux choses de Dieu et de son âme. Lui qui avait eu de si bonne heure le discernement de tout ce qui touche à la piété, était préparé de loin à discerner le pain des anges. On nous a conservé la lettre qu'il écrivait à sa mère vers cette époque.

« Je vous écris, ma chère maman, » lui disait-il,

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« pour vous demander mon extrait de baptême, et pour « vous dire que le beau jour de ma première commu- « nion est décidé pour moi... Je vous demande bien « pardon, ainsi qu'à toutes les autres personnes de la « maison, de toutes les sottises que j'aurais pu commet- « tre à leur égard. En partant de Lyon, et en pensant « que je ne vous verrais pas avant ma première commute nion, tantôt ça me faisait trembler, dans la crainte de « ne pas la faire assez bien, et tantôt va me faisait tres- « saillir de joie, en pensant au bonheur dont je serai « inondé, si j'ai le bonheur de la bien faire.... »

Louis reçut desa mère la touchante réponse dont nous citerons quelques extraits : c'est un document précieux, qui fera connaître la direction fortement chrétienne qui avait été donnée à l'éducation de Louis.

« Le plus beau jour de ta vie va dune se lever pour « toi, cher enfant, puisque te voilà admis au bonheur de « la première communion. Pourquoi faut-il qu'en ce «jour de grande joie une si douloureuse absence se « trouve à tes côtés? Combien ton père aurait été heu- « rcux de t'accompagner à la table sainte ! Lui, qui n'asa sistait jamais à une première communion d'enfants « qui lui étaient inconnus, sans verser des larmes d'at- « tendrissement , qu'aurait-il éprouvé, en voyant son « petit Louis qu'il aimait tant, se nourrir pour la pièce mière fois du Dieu de toute sainteté? Souvent j'ai « pleuré en pensant à ces choses, et peut être j'ai tort; « car la privation ne sera que pour nous. Dieu permet- « tra que du ciel, ton père jouisse de ce doux spectacle « en compagnie de ton saint patron, de ton ange garce dien, des anges et des saints qui s'en réjouiront avec « lui. Tu prieras de tout ton cœur pour que, si malheu- « reusement ce bon père était encore en purgatoire, « Dieu l'en retire en ce jour de grâce, et lui fasse pariace ger la félicité des saints. Tu demanderas de lui res- « sembler. Ton père, cher enfant, aurait mieux aimé ce mille fois mourir que de commettre un péché mortel. « Pour plaire à Dieu, il était disposé aux plus grands sa-

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« crifices. Dès sa jeunesse, il s'était tellement habitué à « se vaincre, que la pratique de la vertu lui était deve- « nue facile et semblait ne lui rien coûter. Il trouvait « très-naturel de se sacrifier en foute occasion au service « et au besoin du prochain. Il avait reçu ces nobles « exemples de sa mère et de sa sœur; il nous les a don- « nés à tous : tâchons de lui ressembler.

« On dit que Dieu ne refuse rien de ce qu'on lui de- « mande au jour de sa première communion. Voici donc « quelques grâces que je t'engagerais à solliciter d'une « manière particulière : pour toi d'abord, la grâce de a plutôt mourir que d'offenser Dieu mortellement; celle « de connaître et de suivre ta vocation. Ne demande pas « à Dieu de t'appeler à tel état de vie plutôt qu'à tel « autre, mais seulement de bien connaître et accomplir « sa volonté, quelle qu'elle soit, dans cette circonstance « décisive de ta vie. Demande que le bon Dieu nous « fasse la grâce à tous, de ne jamais rien faire contre sa « volonté... Enfin, prie Dieu de nous accorder à tous la « grâce d'une bonne et sainte mort, et de nous faire ex- « pirer, comme ton père, dans le cœur de Jésus.

« Tu déposeras toutes ces prières aux pieds de ton « aimable et saint patron Louis de Gonzague, que tu vas « prendre tout particulièrement pour modèle, et auquel « tu vas te consacrer de tout ton cœur, ainsi que je le « fais tous les jours pour toi. Cher petit, tu me demandes « pardon, ainsi qu'aux autres personnes de la maison, à v qui j'en ai fait part. Nous avons bien peu à te pardon- « ner. Tu as toujours été assez sage, et si quelques fautes « de légèreté ont pu t'échapper, comme il en écha; à « tout le monde, il y a longtemps qu'elles sont oubliées. « Je t'envoie donc, tendre enfant, non-seulement le par- « don de ces légères fautes, mais encore au nom de « Dieu, de ton père, et au mien, ma bénédiction, du « fond du cœur, en demandant au Seigneur qu'il veuille c< bien te combler de ses grâces les plus précieuses, et « faire de toi, non pas un homme ordinaire, non pas « même seulement un homme de bien selon le monde,

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« mais un saint et un grand saint. La vie de ce monde « est si courte. Ne pensons qu'à l'éternité...

« Adieu, bon et cher petit, je te laisse dans le cœur « de Jésus, dont nous célébrons le beau mois. C'est là « qu'il faut fixer notre demeure. Réjouis-toi en lui du « bonheur que tu auras dans quelques jours. Prie la « sainte Vierge de préparer elle-même ton cœur, pour « le rendre plus digne de recevoir ce divin sacrement. « Nous prions pour toi de tout notre cœur. Prie pour ta « mère. Le 1 1 juin 1853. »

Les paroles et les prières de sa mère, jointes aux bonnes dispositions de Louis, ne pouvaient manquer d'attirer sur lui les grâces de Dieu. Trois jours avant la première communion, il entra en retraite avec ses jeunes condisciples, dont il fut encore l'exemple dans cette circonstance. Pendant l'étude qui avait lieu dans le local séparé, en face d'un petit autel, en présence de l'image de Marie, Louis priait et préparait sa confession ; c'était le principal emploi de ses temps libres; il lisait peu. Dans les passages des divers exercices, durant le saint Rosaire qu'on récitait en se promenant, on aimait à le voir, les yeux baissés, les bras croisés sur la poitrine, ne paraissant occupé que de sa grande et unique pensée; on eût dit un ange; tel est le témoignage de ceux qui le virent alors, et nommément du Supérieur de la maison.

La veille du grand jour, il eut une courte entrevue avec sa mère dans la chapelle de la congrégation. Quand on l'avertit de la présence de sa mère, on remarqua qu'il se recueillit, et se disposa à cette entrevue, comme à l'un des préludes chrétiens de la plus sainte des actions; du reste, il témoigna la joie la plus vive dans ces courts instants; il était rayonnant, et son regard, toujours si candide, avait une expression de céleste bonheur. Son air radieux avait tellement frappé sessœurs, qu'elles ne se lassaient pas de redire avec leur mère : « .Mais « Louis ne semble plus être sur la terre. Qu'il est donc heureux! » Son frère et ses sœurs lui avaient donné chacun un objet de piété comme souvenir de ce beau

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jour, li les conserva toujours précieusement dans la suite : ils lui rappelaient de si heureux moments !

La première communion eut lieu le jour de saint Louis de Gonzague, patron de Louis et celui de la congrégation. Il avait toujours désiré, ainsi que sa pieuse mère, que cette grande action s'accomplit en un si beau jour. Lieu qui, pour exaucer de simples désirs que la piété inspire, sait ménager quelquefois des coups de providence, permit cette fois que divers incidents imprévus vinssent retarder l'époque de la première communion, et la déterminer en dehors de toutes les prévisions.

Le matin, dès leur lever, les nouveaux communiants comptaient les heures, les quarts d'heure, les minutes. Quand la cloche sonna la messe, ce fut chez tous un mouvement spontané, pour se rendre à l'église : on dut les retenir pour attendre les enfants de chœur qui devaient les y conduire en cérémonie.

On comptait dans les rangs de ces heureux enfants un autre ange que le bonheur de ce grand jour unit avec Louis, qu'une mort sainte délivra plus tard presque en même temps des misères de cette vie. Ce fut même Benoit Tarlet qui prêta sa voix à Louis et à tous les communiants, pour faire au nom de tous la consécration à Marie.

Louis outre dans la congrégation.

Les fruits d'une première communion si bien faite devaient se développer de jour en jour dans la suite de ta vie de Louis. Rien n'y contribua plus puissamment que les secours qu'il puisa au sein de la congrégation.

Nous avons dit que, pendant sa première année de collège, il avait été admis dans celle de saint Louis de Gonzague. Un an après en novembre 1853 , nous le trouvons revêtu de la charge de premier assistant. Son zèle pour le bien commençait à s'exercer. I! savait déjà répandre autour de lui le bon esprit et le bonheur qui le suit : c'était à ses yeux cet esprit d'union entre des frères

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loué par les saintes Écritures: Qaam bonum, et quam jucundum habitare fratres in unum !

Au mois de mai, l'année suivante, époiuc pour lui de nouvelles grâces, puisqu'il avait eu depuis peu le bonheur de recevoir le sacrement de confirmation, il fut élu préfet, et l'on peut dire que la congrégation ne fut jamais plus florissante qu'à partir de ce moment.

A la rentrée des classes du mois d'octobre 185 i, Louis passa dans la division des moyens qu'il devait édifier jusqu'à sa mort, et qui le considère aujourd'hui comme un protecteur dans le ciel.

11 se hâta de demander à faire partie de la congrégation de cette division; il en franchit rapidement les premiers degrés, grâce à l'opinion qu'on avait déjà conçue de lui; et le 8 décembre 1854, jour à jamais mémorable dans tout le monde catholique, par la proclamation du dogme de l'immaculée Conception, il se consacrait de nouveau à Marie au pied de ses autels.

Louis aimait les exercices communs de la congrégation comme des réunions de famille. Son cœur s'y trouvait à l'aise. Son attention aux instructions ne se démentit jamais, et son zèle à les mettre en pratique ('tait visible. 11 comptait les jours jusqu'à la réunion suivante. S'il y survenait quelque retard, Louis s'en plaignait doucement : « Mon Père, quand nous réunirez-vous donc?» disait-il au directeur. Il s'aftligeait lorsqu'il manquait une assemblée. Quelquefois il était malade et avait besoin de repos. Si c'était un jour de réunion, il préférait souffrir et ne pas se priver d'y assister.

S'oubliant toujours lui-même, mais plein d'attention pour les autres, il était le premier à remarquer ceux de ses frères qui n'étaient pas présents aux réunions et à proposer d'aller les avertir pour un exercice quV/s auraient été, disait-il, trop fâchés de manquer.

Dans les petites conférences où chacun contribue à l'édification de tous, en disant simplement ce qu'il pense sur le sujet proposé, Louis trouvait toujours le point le plus intéressant de la fête ou du mystère que

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L'on célébrait, la meilleure manière de s'y préparer 3 le fruit le plus pratique à en retirer. Il le disait en toute simplicité, brièvement, sans s'apercevoir que ce qu'il pensait était le meilleur.

Dans les conseils de la congrégation dont il a toujours fait partie et presque constamment au titre de premier assistant, il se distinguait par la sûreté de son jugement. Il donnait son avis sans prétention, et ordinairement tous l'adoptaient. Il se préparait avec soin aux fêtes de la congrégation. Sa conduite devenait encore plus édifiante et plus régulière les jours qui précédaient. Sa modestie, son recueillement à la messe qui était dite aux congréganistes portaient à Dieu : comme dignitaire, il occupait alors une place d'honneur, et l'on s'en réjouissait pour l'édification commune.

Il avait toujours recherché le bonheur de faire la sainte communion en union avec ses frères; et Dieu permit que, par une louchante coïncidence, il reçût les derniers sacrements un jour de la fête de la congrégation, où ses amis s'étaient approchés de la sainte Table, et avaient prié pour sa guérison.

L'affection que Louis portait à la congrégation ne pouvait être stérile pour sa perfection, dont elle réveillait sans cesse en lui le désir vif et sincère et surtout efficace : « -Mon Père, » disait-il un jour à son confesseur, « une chose me fait de la peine, c'est que je ne « fais aucun progrès dans la vertu, et vous savez qu'il « est dit : Celui qui n'avance pas recule. »

A la tin de la retraite annuelle du mois de novembre 1855, il écrivait à son professeur de l'année précédente : « Le Père qui nous a donné la retraite a orga- « nisé parmi nous trois bataillons en l'honneur de la « sainte Vierge. Il nous a dit toutes sortes de belles « choses. J'ai mis par écrit mes petites résolutions. Priez « le bon Dieu, mon Père, qu'il me fasse la grâce de les « tenir. Je veux maintenant me convertir pour tout de « bon. »

Mais cette perfection qu'il désirait, quelle idée essen-

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tielle et capitale s'en était-il formée? Ici encore, la congrégation avait été son école, et, comme on avait réduit le devoir d'un congréganiste à ces deux points essentiels : Se vaincre continuellement soi-même, et s'aimer beaucoup les lots les autres; Louis avait écrit cette devise sur son drapeau et semblait l'avoir toujours présente.

Il eut d'autant plus de mérite à entreprendre contre lui-même une guerre généreuse, qu'il semblait avoir reçu du ciel une excellente nature, mais où il entrait plus de douceur que d'énergie. Cependant on lui apprit de bonne heure qu'il faut combattre tous les jours pour la vertu, et que la matière de ce combat journalier ne manque à personne. Il était entré résolument dans cette voie, et , lorsqu'il apprit que c'était à ces mêmes luîtes que Marie l'appelait sous son aimable drapeau, il n'en éprouva ni découragement ni surprise. Voici comment il s'en exprimait lui-même en résumant des résolutions : « Pour aller à Lyon, il faut absolument prendre le che- « min de Lyon, et pour aller au ciel, il faut passer par « le calvaire. »

Mais suivons le développement de cette petite guerre intérieure qu'il se fit à lui-même, et que l'on pourrait dire grande, du moins par sa continuité et sa durée.

Malgré sa douceur naturelle, on avait remarqué dans son enfance qu'il montrait quelquefois de l'obstination; mais cette disposition avait été tellement combattue en lui, qu'il n'en restait plus tard aucune trace; il était, au contraire, d'une admirable obéissance, et toujours disposé à faire plaisir à tout le monde.

Il apprit aussi à souffrir tout sans se plaindre, à être toujours gai et content, de manière à faire croire à ceux qui s'en tenaient aux apparences, que la vertu ne lui coûtait rien.

11 ne voulait pas même qu'on le plaignit, ni que l'on s'inquiétât de lui. Il avait chaque hiver des engelures aux mains, mais il n'y faisait presque pas d'attention. S'il était malade, il fallait le deviner, et souvent même il refusait de prendre du repos, quand on l'y engageait : « Ce n'est

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rien^ » disait-il toujours avec sa sérénité ordinaire. Cependant, quelque soin qu'il mît à cacher ses souffrances, le mal l'obligeait quelquefois à garder le lit.

Un jour, c'était le jeudi saint, un de ses maîtres alla le visiter à l'infirmerie. Il le trouva souffrant, mais avec tout son calme et montrant la plus parfaite résignation. 11 avait son chapelet passé autour du cou : « Eh bien ! « Louis, comment allons-nous? — Comme ça, mon Père, « pas bien mal. — Et la tête? — Ah ! la tête me fait bien « passablement souffrir; mais ce n'est rien. » Et il accompagna ces dernières paroles d'un de ces regards et de ces sourires expressifs qui semblaient indiquer le bonheur qu'il éprouvait à souffrir. « Eh bien! lui dit le « Père, qu'est-ce qui vous fait sourire? qu'y a-t-il qui « vous rende si content? — C'est que nous sommes dans « la semaine sainte, et que vous savez bien ce que vous « nous disiez, que le bon Dieu fait souffrir ceux qu'il « aime, et qu'il a dit : Heureux ceux qui souffrent ! » Il ajouta avec son tour naïf : « Et puis le bon Dieu en « a bien enduré d'autres maux de tète, lui, quand on « lui frappait de grands coups de bâton sur sa couronne « d'épines. »

Cette vertu de mortification , Louis ne la montrait pas seulement dans certaines circonstances. Elle l'accompagnait en tout; et c'est précisément par là que nous pouvons juger qu'elle avait en lui pour principe le véritable esprit de force chrétienne. Détaché, par charité et par discrétion, de tout ce qui fait les délices de l'enfance, il était toujours prêt dans ses jeux à faire ce qui était agréable aux autres. Quand venait l'époque des étrennes, si impatiemment attendue des enfants, la mère de Louis avait de la peine à surprendre chez lui un désir.

Le directeur de la congrégation, attentif à suivre sur eet enfant béni les voies de la grâce, aiguillonnait souvent en lui ce désir de se faire une sainte violence, et , pour donner une application sûre à sa bonne volonté, il l'exhortait à avoir plus d'initiative pour le bien. Il lui citait l'exemple de son père qui s'était dépensé avec une

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générosité si chrétienne pendant toule sa vie, dans tontes sortes de bonnes œuvres. Louis paraissait vivement ému de ces paroles, et les derniers mois qu'il passa au collège, il déploya dans l'exercice du zèle une énergie qu'on ne lui connaissait pas encore, et qui grandissait tous les jours.

Une des armes les plus puissantes que Louis employa pour se vaincre fut, avec la prière fréquente, la fidélité à faire chaque jour son examen particulier, comme le recommandent les règles de la congrégation. 11 le faisait sur les défauts qu'il remarquait en lui-même, sur le travail, la fidélité à la règle, au silence, l'attention à faire plaisir à ceux qui vivaient avec lui, la charité, le soin de s'exciter lui-même et de ne rien donner à la négligence ou à l'apathie. 11 était toujours en état de rendre compte de cette guerre intérieure, de ses victoires, de ses défaites, et il était fidèle à réparer les échecs par quelque pénitence qu'il s'imposait.

En déclarant la guerre à l'amour-proprc, en se détachant de lui-même, Louis avait préparé la pleine expansion de cet amour chrétien pour lequel son cœur semblait si bien fait. Il fut aimé cl il aima plus encore, et sa charité fut aussi pure qu'elle était grande et universelle et pourtant réglée par l'ordre; car elle rayonnait de la congrégation comme d'un centre, d'abord sur tous ceux qui en faisaient partie comme lui, ensuite sur tous ses condisciples et enlin sur tous les hommes.

Chose rare! durant tout le temps qu'il a passé au collège, Louis fut également estime et chéri de tous ses condisciples sans exception. C'est que, de son côté, il les aimait sincèrement, et s'efforçait dans toutes les rencontres de leur faire du bien. Sa charité s'étendait à tous, et chacun, à en juger par les attentions et les prévenances dont il était l'objet de sa part, aurait pu se croire son meilleur ami. Il était si bon, si attentif à ne laisser échapper aucune occasion de rendre à lous les petits services qui dépendaient de lui, et il savait les relever par des manières si douces, des procédés si affa-

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bles! S'il avait quelques préférences, quelques attentions particulières, c'était auprès d'un condisciple qu'il voyait délaissé des autres et qui semblait d'un caractère moins propre à se faire aimer : il jouait avec lui et s'efforçait de lui faire oublier l'abandon où il le voyait. Il était ingénieux à distraire par des mots joyeux, et à ramener par de douces paroles celui qui avait quelque ennui. Souvent il ne s'en tenait pas là : il avertissait un des Pères de la maison, l'engageant à faire appeler l'enfant qui avait besoin d'être encouragé ou consolé.

Il se félicite quelque part, dans une lettre à sa mère, d'avoir pu procurer quelque plaisir à deux de ses condisciples : « Dimancbe, lui dit-il, j'ai eu un grand A, et « comme il y a une récréation particulière pour ceux « qui ont de bonnes notes, on m'a permis comme ré- « compense de choisir, pour les y mener avec moi, deux « élèves qui n'y avaient pas droit. »

Y avait-il un pardon à obtenir, une grâce à demander, c'était toujours Louis qui en était chargé, et il mettait tant d'insinuation et de douceur dans sa demande, il savait si bien présenter et faire valoir les raisons que son bon cœur lui suggérait, que rarement il se retirait avec un refus.

Un jour que son professeur avait été obligé d'imposer une assez forte punition à l'un de ses condisciples, Louis vient aussitôt après la classe demander la grâce du coupable. Le professeur déclare qu'il ne peut la lui accor- « der. Mais alors, mon Père, dit Louis, que faut-il qu'il « fasse pour vous faire oublier la peine qu'il vous a cau- « sée? — Qu'il accomplisse sa pénitence, et qu'il soit « plus sage à l'avenir. — Oh ! pour ça, c'est bien sûr qu'il « sera plus sage à l'avenir : vous avez bien vu comme il « pleurait et comme il est fâché? Permettez-lui de venir « vous faire ses excuses. — Plus tard, oui, mais pas aujourd'hui. — Oh! mon Père, aujourd'hui; il serait « trop désolé jusqu'à demain, s'il savait que vous fussiez « encore peiné. » Le professeur fit semblant de ne pas l'entendre et prenait ses livres pour sortir de classe.

LA PO RTE.

«Mais enfin, mon Père, reprit Louis, il faudra bien « pourtant que vous pardonniez. — Et pourquoi donc? « — Nous sommes dans le mois du sacré Cœur, et c'est « au nom du sacré Cœur que je le demande. » Cette persistance d'un bon cœur, fidèle disciple de celui de Jésus, devait triompher. Louis avait gagné son procès. « Allez, lui dit le maître, allez dire à votre condisciple « que je lui pardonne aux conditions que vous avez po- « sées pour lui. » Et Louis courut bien vite porter la bonne nouvelle.

Sa bonté et sa vertu lui avaient donné sur tous un ascendant dont il n'usa jamais que pour faire du bien. Il s'en exprimait avec une admirable naïveté à sa mère, dans une des visites qu'il en recevait : « Maman, » disait-il un jour de sa première année de collège, « lors- « que deux élèves sont brouillés,^ les débrouille; ils ont « la bonté de s'en rapporter à moi. »

11 donnait d'excellents conseils, avec son aménité ordinaire, à tous ceux avec qui il se trouvait en rapport, et en particulier à ceux des congréganistes qui lui avaient donné leur confiance, comme à leur ange gardien : c'était le plus grand nombre. Il a contribué certainement au progrès de plusieurs dans la vertu.

Jamais on n'entendit de sa bouche un mot de colère ou de mépris, jamais de parole aigre ou blessante. Ce n'est pas qu'il n'eût parfois des réparties vives et pi-* quantes; mais comme il avait soin de faire passer son esprit par son cœur, jamais personne n'eut lieu d'être blessé d'une seule de ses paroles.

11 apportait dans ses rapports cette politesse simple et franche qui est le caractère d'une bonne éducation, et les domestiques du collège avaient distingué eux-mêmes ses manières honnêtes.

Tout en lui respirait la bonté et une douce indulgence. Un jour, pendant l'hiver, à l'exercice de gymnastique, un de ses jeunes amis de congrégation froissa et écorcha par mégarde ses mains couvertes d'engelures. Louis ne put s'empêcher de pleurer : « Louis,

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