‹ Souvenirs de Saint-Acheul et d'autres établissements français dirigés par les Pères de la Compagnie de Jésus depuis le mois d'octobre 1814 jusqu'au mois d'avril 1857, ou, Vies de plusieurs jeunes étudiants élevés dans les maisons d'éducationChapitre 62 sur 66 · I.AFORTE · texte numérisé non relu

I.AFORTE

«sommes- nous brouillés? » lui dit son condisciple. « Oh! comment veux -tu, » lui répondit-il aussitôt, « que « deux congréganistes puissent jamais se brouiller? »

Sa charité s'étendait hors du collège ; et cet amour pour les pauvres, dont il avait donné dès l'enfance des marques si touchantes, croissait en lui avec l'âge. Il consacrait à les soulager la moitié de la petite somme qu'il recevait chaque semaine pour ses menus plaisirs; et comme plusieurs élèves de la première division allaient, deux fois la semaine, pendant une des récréations, visiter de pauvres familles , il attendait impatiemment l'époque où on lui permettrait de le faire comme eux.

A l'une des dernières sorties qui précédèrent de près sa maladie, la portière de la maison demandait à sa mère, devant lui , s'il fallait laisser monter tous les pauvres, qui se présentaient en grand nombre. « Certaine- « ment, » répondit aussitôt Louis avec ce ton franc et ingénu qui lui allait si bien, « s'ils n'avaient pas besoin, « ils ne prendraient pas la peine de venir. »

Telle était la charité de Louis; ainsi faisait-il aimer la congrégation, en montrant sous ses traits les plus aimables la vertu qui convient à un serviteur dévoué de Marie. Mais nous n'aurions pas tout dit sur le sens qu'il donnait à la vertu d'un congréganiste, si nous ne parlions ici de sa fidélité aux petites choses et de son amour de la règle, par laquelle il édifiait ses condisciples et contribuait au bien général.

11 observait la règle par générosité chrétienne et par le sentiment de l'ordre. Il s'était fait une loi de ne jamais parler dans le temps où le silence est prescrit. Si quelque condisciple lui adressait la parole, Louis répondait le plus souvent par un signe de tète accompagné d'un sourire : s'il fallait parler, Louis avertissait aussi par signe son condisciple d'en demander la permission, sans quoi il ne disait pas un seul mot, si ce n'est dans des cas particuliers, où il lui était tout à fait impossible de faire autrement.

LAFORTE.

En récréation, il jouait pour faire plaisir à ses condisciples et pour pratiquer la règle; car il n'aimait pas certains jeux qui exigeaient trop de mouvement.

Louis portait dans toute sa conduite une grande délicatesse de conscience. On sait ce que le soin des petites choses a de significatif, pour donner souvent la preuve et imprimer comme le cachet non équivoque des plus solides vertus. Louis en était bien persuadé.

Un jour, on allait partir pour la promenade, un groupe s'était formé dans la cour, et on y parlait de la manière dont on faisait ses devoirs. 11 y eut de petits aveux qu'il eût été utile d'enregistrer. Tel lisait au commencement de l'étude, qui faisait son devoir après : lui restait-il assez de temps, il le faisait bien ; sinon il le bâclait. « Pour moi, » dit Louis qui avait jusque-là assisté à la conversation sans y prendre part, « il me serait im- « possible de lire, avec le sentiment que je n'ai pas fini « mon devoir. »

Lui arrivait-il quelquefois de n'être pas complètement en règle pour la classe, il s'en excusait avec simplicité auprès de son professeur, et il faisait son possible pour réparer ces légers manquements.

Durant sa première année de collège, il lui arriva une fois de participer légèrement à la dissipation de ses condisciples. Il écrivit aussitôt un billet à son professeur pour lui en demander pardon. Ce ne fut pas, de sa part, une formule banale d'excuses, comme en font quelquefois les écoliers, mais l'expression simple et franche du cœur de Louis , qui était réellement peiné d'avoir cause un léger déplaisir à son maître, et encore plus d'avoir manqué à la règle.

Pendant sa quatrième, le professeur, voulant réprimer un abus, avait défendu à ses élèves de faire des vers. Louis en avait mis deux à la fin de son cahier, mais il ajouta : « Mon Père, je les avais faits avant que « vous l'eussiez défendu. »

Outre le stimulant qu'il trouvait dans sa qualité de congréganiste, pour donner ainsi toujours l'exemple de

LAfORÏE.

la régularité, c'était bien là aussi, il faut le dire, le fruit de cette éducation simple et un peu sévère que le père de Louis avait donnée à ses enfants. Madame Laporte avait rempli parfaitement ses intentions à cet égard. On a remarqué que, pendant le séjour de ses enfants au collège, elle n'a jamais demandé pour eux de permissions ou de dispenses particulières sans de graves motifs; et l'on sait qu'elle ne prenait jamais de détermination à cet égard sans y avoir réfléchi mûrement, et sans avoir consulté Dieu dans la prière.

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