‹ Souvenirs de Saint-Acheul et d'autres établissements français dirigés par les Pères de la Compagnie de Jésus depuis le mois d'octobre 1814 jusqu'au mois d'avril 1857, ou, Vies de plusieurs jeunes étudiants élevés dans les maisons d'éducationChapitre 7 sur 66 · DE .M AT II A · texte numérisé non relu

DE .M AT II A

«la volonté de Dieu soit faite!» Je pus à peine lui répondre : « Celui qui nous a donné la vie est bien le « maître de la reprendre. » Dès lors il demanda plus souvent des prières : il se les faisait lire par sa mère. S'il en rencontrait une bien touchante : « Que celle-là « est belle ! disait-il; répétez-la, maman, je vous prie. »

Les douleurs du malade allaient toujours croissant. Nos larmes, les sanglots qu'il nous était impossible de contenir, ne l'avertissaient que trop qu'il n'avait pas longtemps à vivre. Il nous voyait pleurer, et retenait ses plaintes pour ne pas nous affliger davantage, La résignation qu'il avait manifestée pendant toute sa maladie, et surtout depuis sa première communion, ne se démentit pas un instant; il fut un modèle de patience et de soumission jusqu'au dernier soupir.

Une faiblesse inattendue nous fit craindre que l'heure fatale ne fût arrivée : il était sans connaissance. Notre premier soin fut d'envoyer avertir M. le curé pour lui administrer l'extrême-onction. M. le curé arrive; les prières commencent. A l'onction sur la poitrine, l'enfant, pour ainsi dire déjà mort, semble se ranimer pour recueillir toutes les grâces du dernier sacrement. 11 ouvre les yeux, regarde autour de lui, paraît étonné de ce qu'il voit, et dit à sa mère qui était à son côté : « Qu'estce ce que c'est, maman ? que fait-on? — C'est M. le curé, « répondit-elle, qui fait des prières pour toi et te donne « l'extrôme-onction. — C'est bien,» reprit l'enfant; et ses lèvres trouvèrent encore du mouvement pour joindre ses prières aux nôtres. Ce mieux subit nous paraissait une sorte de résurrection. Nous eûmes quelques lueurs d'espérance; il est si doux de se flatter! Mais bientôt elles se dissipèrent : les douleurs devinrent plus violentes et ne lui laissèrent plus de relâche. Pleurer, regarder le ciel pour y porter les regards d'Eugène, ou les y suivre, était le seul soulagement qu'il fût en notre pouvoir de lui donner.

Le soir du 26 avril un redoublement de fièvre survint, ce devait être le dernier : aussi la lutte qui s'établit

PE MATH A

entre les efforts de la nature et la violence du mal futelle terrible. Pendant la longue et cruelle nuit que dura cette crise : « Bon Dieu, Jésus! Marie !... Seigneur, ayez « pitié de moi ! » étaient les paroles qui expiraient sur ses lèvres. Nous demandions à Dieu de calmer ses douleurs.

Le 27, à dix heures du matin, la force de la fièvre se ralentit. Eugène, réduit à une extrême faiblesse, paraissait moins souffrant. Ce calme continua tout le jour et se prolongea dans la nuit. 11 était onze heures du soir : nous nous tenions en silence près du lit de ce cher enfant, craignant de troubler un sommeil apparent, lorsque nous cessâmes de l'entendre respirer. Nous nous précipitâmes vers lui. Hélas ! il n'était plus, il venait de s'endormir du sommeil des justes : il avait cessé de souffrir, et nos souffrances recommençaient plus vives qu'auparavant, mais dans le Seigneur. Eugène était heureux, et nous ne sentîmes que le malheur de l'avoir perdu. L'espoir seul d'aller nous réunir à lui dans la céleste Jérusalem soutiendra désormais notre vie. Puisse l'affliction qui nous accable nous mériter le pardon de nos fautes et la grâce du salut! Demandez-la pour nous à Dieu, demandez-lui surtout de me faire persévérer dans les saintes résolutions que j'ai prises pour le reste de mes jours : elles seules peuvent m'assurer le ciel.

Blangfort, le lo mai 1820.

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